Des survivantes du cancer du sein mettent de la pression sur le gouvernement du Québec pour qu’il s’assure que les femmes soient directement informées de leur densité mammaire dans leur rapport de mammographie et des risques associés aux seins denses.
Des survivantes du cancer du sein mettent de la pression sur le gouvernement du Québec pour qu’il s’assure que les femmes soient directement informées de leur densité mammaire dans leur rapport de mammographie et des risques associés aux seins denses.

Densité mammaire et cancer du sein: informer directement les femmes

Des survivantes du cancer du sein mettent de la pression sur le gouvernement du Québec pour qu’il s’assure que les femmes soient directement informées de leur densité mammaire dans leur rapport de mammographie et des risques associés aux seins denses.

Ce type de renseignement qui peut être partagé dans les résultats d’examens d’imagerie « peut sauver des vies », signale l’organisme Seins denses Canada, qui précise aussi que la plupart des Canadiennes ignorent leur densité mammaire et les implications liées aux seins denses, dont des risques accrus de cancer. 

Un sein dense possède plus de tissus glandulaires que de graisse. Il est difficile de cerner une tumeur lors d’une mammographie chez une femme qui a les seins denses puisque la tumeur et la densité sont de ton blanc dans l’image.

Seins denses Canada demande donc à Québec que soit ajouté une ligne identifiant la catégorie de densité mammaire dans le résultat d’examen envoyé à chaque femme après une mammographie ainsi qu’un pamphlet explicatif sur les risques associés aux seins denses, a expliqué Jennie Dale, directrice générale de l’organisme.

« Cette ligne peut potentiellement sauver la vie d’une femme ou faire une différence sur la rapidité à détecter un cancer, ce qui lui permettrait ainsi d’éviter des traitements de chimiothérapie, plusieurs chirurgies ou une mastectomie. C’est une petite demande qui ne coûte rien », a expliqué Mme Dale.

La Dre Jean Seely, cheffe du département de radiologie de mammographie à l’Université d’Ottawa, appuie la démarche de Seins denses Canada.

« Les femmes qui ont les seins denses peuvent avoir une fausse assurance à la suite d’une mammographie normale. Elles ne savent pas que leurs seins sont denses et elles ne savent pas qu’un cancer peut être manqué lors d’une mammographie. Les femmes doivent être mieux sensibilisées concernant la nécessité de subir un autre test et d’être plus vigilantes à propos de leurs seins », a expliqué la Dre Seely. 

La densité mammaire est classée en quatre catégories. On appelle «seins denses» les seins appartenant aux catégories C et D, soit dont la densité est supérieure à 50 %. 

Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) a indiqué par courriel que « l’information sur la densité mammaire est systématiquement incluse sur le rapport de mammographie envoyé au médecin traitant ».

Le problème, signale Annie Slight, une Montréalaise survivante du cancer du sein, est que son médecin ne l’avait pas informé de sa densité mammaire ni parlé des implications à la suite d’une mammographie qui s’était avérée négative.

« Les médecins ne sont pas tenus de nous en parler, et le gouvernement n’agit pas pour que ça devienne une procédure comme aux États-Unis et dans d’autres provinces canadiennes où ça commence à être mandaté que les femmes soient informées de leur densité mammaire », a expliqué Mme Slight.

« Même si on m’avait dit que j’avais les seins denses, je n’aurais pas su ce que ça impliquait. Il y a un gros manque d’information, un gros manque de transparence », a-t-elle ajouté.

Le MSSS indique qu’il travaille actuellement au développement d’une solution qui permettra à tous les rapports de mammographie d’apparaître au Carnet santé Québec afin que toutes les femmes puissent le consulter. 

« Ce développement requiert des modifications importantes au système d’information du Programme québécois de dépistage du cancer du sein (SI-PQDCS). Ces modifications seront intégrées lors de la prochaine refonte du SI-PQDCS, dont l’implantation est prévue débuter au printemps 2021 », a indiqué le ministère.

Mais c’est trop peu, trop tard avec un délai « complètement inacceptable », selon Mmes Slight et Dale, alors qu’environ 40 % des femmes de 40 ans et plus ont les seins denses. On évalue à environ 350 000 le nombre de Québécoises ayant cette condition.

« Ce n’est pas ce que nous cherchons et ce n’est pas ce que d’autres provinces font », a indiqué Mme Dale, soulignant l’importance que les femmes soient informées directement dans la lettre qui leur est envoyée après leur mammographie.

« L’information au Québec est déjà sur le rapport qui va au médecin, alors qu’est-ce qu’on attend pour le dire aux femmes ? », a lancé Mme Slight.

L’organisation a fait et continue de faire pression sur les autres provinces canadiennes, et les efforts portent fruit. Trois provinces, soit la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et la Colombie-Britannique, informent toutes les femmes de leur densité mammaire et des implications de leur condition. 

Trois autres provinces, soit l’Ontario, le Manitoba et la Saskatchewan, n’informent que les femmes ayant la catégorie de seins les plus denses, « ce qui en laisse des centaines de milliers dans le noir », a cependant déploré Mme Dale.

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Un cancer du sein est 4 à 6 fois plus présent chez la femme à haute densité mammaire.

DENSITÉ MAMMAIRE ET CANCER DU SEIN

  • Les seins denses comptent plus de 50 % de tissus fibreux et de glandes ;
  • Un cancer du sein est 4 à 6 fois plus présent chez la femme à haute densité mammaire ;
  • Chez les femmes à haute densité mammaire, les mammographies sont moins précises et vont manquer plus de 50 % des cancers présents, car les amas cancéreux et la densité s’affichent tous les deux en blancs ;
  • Les cancers sont souvent découverts en stage déjà avancé chez les femmes à haute densité mammaire. La survie de la victime est affectée par un diagnostic tardif ou manqué ;
  • Une femme avec les seins denses a la chance de se protéger en étant vigilante et en examinant elle-même sa poitrine entre chaque examen de détection ainsi qu’en optimisant un style de vie à moindre risque comme en faisant de l’exercice, en surveillant son poids et en réduisant la consommation d’alcool.

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Annie Slight

L'HISTOIRE D'ANNIE

Annie Slight a découvert une petite masse sur son sein droit en 2012, cinq mois et demi après une mammographie n’ayant décelé rien d’anormal. 

Constatant que la masse grossissait, Mme Slight est retournée voir son médecin et a dû subir des examens additionnels. 

Une échographie et une biopsie ont par la suite détecté un cancer, soit un an et demi après la mammographie. Elle avait 42 ans. C’est à ce moment qu’on l’a informé qu’elle avait les tissus denses, et que la tumeur était camouflée puisque les tissus et le cancer apparaissent blancs sur les images. Le cancer était donc invisible.

Le diagnostic ayant été retardé, Mme Slight a dû subir 16 traitements de chimiothérapie, plusieurs opérations, une mastectomie et de la thérapie physique. 

Un diagnostic retardé a accru le besoin pour des traitements agressifs et des chirurgies.

Mme Slight n’avait jamais entendu parler de densité mammaire avant d’avoir obtenu les résultats de son échographie. 

Elle avait consulté son dossier médical et c’est là qu’elle a vu que le médecin avait indiqué le degré de densité mammaire, mais que ce dernier ne lui en avait jamais fait part ni parlé des implications.

Mme Slight a rencontré la ministre de la Santé, Danielle McCann, à deux occasions pour lui parler de l’importance de donner directement toutes les informations aux femmes qui ont les seins denses. «Elle se montrait très réceptive, mais il n’y a pas de plan concret», a déploré Mme Slight.