Le palais de justice de Québec

Délit de fuite: une jeune conductrice s’est forgé une histoire et elle l’a crue. Pas le juge...

La conductrice Josianne Lebrun s’est forgé une histoire et elle l’a crue. C’est la conclusion à laquelle arrive le juge Sébastien Proulx de la Cour du Québec en déclarant la jeune femme coupable de délit de fuite ayant causé des lésions corporelles à un piéton qui marchait sur un trottoir de Sainte-Foy.

L’accident est survenu au petit matin le 22 juillet 2017. Josianne Lebrun, 18 ans, avec seulement quelques mois d’expérience derrière le volant, roule sur le chemin Saint-Louis, à la hauteur des ponts, en direction du centre-ville.

Son VUS blanc dévie de sa voie, déborde sur la piste cyclable et embarque sur le trottoir où marchent Jean-François Gendron, 25 ans, avec un ami et un berger allemand.

La conductrice heurte violemment M. Gendron, dont le corps est projeté à plusieurs mètres. Le jeune homme est retrouvé par son ami sur un stationnement d’édifice à logements, les vêtements déchirés et un soulier en moins. Le piéton souffrira pendant des mois de graves blessures à la tête et aux hanches.

Selon l’ami, qui a été témoin de la collision, le VUS blanc ne s’est jamais arrêté.

Un «nid-de-poule»

Josianne Lebrun a expliqué devant le tribunal qu’elle avait été victime d’un moment d’assoupissement et qu’elle avait cru que sa roue avait plongé dans un nid-de-poule. Elle décide de revenir chez elle.

Dans une bretelle d’autoroute, elle s’endort de nouveau pendant une seconde. Son véhicule percute la glissière de sécurité, dit-elle.

Arrivée chez elle à Cap-Rouge, l’étudiante constate les dégâts au véhicule, avec, notamment le rétroviseur droit quasi arraché. Elle se précipite dans la maison pour trouver de la colle. Le lendemain, elle refait son trajet à deux reprises pour, dit-elle, comprendre ce qui s’est passé.

Elle prend aussi un rendez-vous au garage pour le 24 juillet. C’est lorsqu’elle entendra parler dans les médias des recherches policières pour trouver le conducteur d’un véhicule semblable au sien qu’elle se rapporte à la police. Elle et sa famille ont collaboré depuis le début à l’enquête.

Josianne Lebrun a insisté sur le fait que si elle avait compris qu’elle avait frappé Jean-François Gendron, elle se serait arrêtée pour aider.

Après avoir entendu le procès et révisé toute la preuve, le juge Sébastien Proulx de la Cour du Québec en arrive au même constat que la poursuite; il était impossible pour la conductrice d’ignorer qu’elle avait frappé un être humain.

Les dégâts à la voiture sont sans équivoque, fait remarquer le juge. « Il aurait dû subsister un doute dans l’esprit de l’accusée : un nid-de-poule ne brise pas un miroir et une portière situés à plus d’un mètre du sol », fait remarquer le juge Proulx.

Le juge a noté plusieurs invraisemblances dans le témoignage de l’accusé. Le comportement de l’accusée après la collision démontre aussi, selon le juge, qu’elle connaissait la gravité de l’événement.

« L’accusée s’est forgé une histoire qu’elle a racontée par la suite à sa famille, à ses amis, aux agents de la paix et à la justice », conclut le juge Proulx.

Les représentations sur la peine auront lieu au cours de l’hiver.