Joseph Rouleau lors de l'inauguration, en 2001, du complexe culturel portant son nom à Matane. Il était en compagnie du député de Matane, Matthias Rioux, et du maire de Matane, Maurice Gauthier.

Décès de Joseph Rouleau: nombreuses réactions dans sa ville natale de Matane

MATANE — Les réactions étaient nombreuses dans la ville natale de Joseph Rouleau, samedi, au lendemain de son décès. Non seulement le chanteur lyrique de réputation internationale n'avait jamais oublié qu'il était né et qu'il avait grandi à Matane, mais il se plaisait à le rappeler n'importe où dans le monde lors d'entrevues dans les médias. Il ne manquait pas non plus de se le rappeler à lui-même avant d'entrer en scène en disant: «Maman, que je suis donc loin de Matane!»

C'est ce qu'il avait raconté à l'hebdomadaire local La Voix du dimanche, lors de l'un de ses derniers passages dans son alma mater en février 2003, alors qu'il avait été invité à venir couper une chaîne symbolique marquant l'inauguration de la chaîne culturelle de Radio-Canada à Matane. 

Deux ans auparavant, soit le 9 juin 2001, Joseph Rouleau était revenu à Matane pour inaugurer, avec beaucoup d'émotion, le complexe culturel qui porte son nom. Toujours selon La Voix du dimanche, le chanteur d'opéra s'était exclamé : «Cet honneur me touche profondément. C'est une des plus belles journées de ma vie.» 

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Cet hommage le touchait d'autant plus que le Complexe culturel Joseph-Rouleau est situé sur la même rue que la maison où il a grandi, en bordure de la rivière Matane. Lors d'un entretien obtenu avec lui en 2011, Joseph Rouleau m'avait confié que ce qu'il aimait le plus de sa région d'origine, c'était «le fleuve et tout simplement le fait d'être Matanais, d'avoir grandi sur l'avenue Saint-Jérôme». La résidence familiale n'existe plus; elle a été ravagée par les flammes.

Pour le maire de l'époque pendant laquelle a été construit le nouveau complexe culturel, il était tout à fait naturel de donner le nom du lieu à Joseph Rouleau. «Ça a été facile de faire accepter le nom de ce personnage de calibre international qui était, de plus, un bon Matanais, indique Maurice Gauthier. On n'a eu aucune critique.» Selon M. Gauthier, M. Rouleau était aussi content que la firme d'architectes choisie pour la conception de l'édifice soit celle d'Anne Carrier, également originaire de la région.

À la demande du maire, l'artiste était revenu à Matane le 27 juillet de la même année pour chanter à l'église Saint-Jérôme, accompagné de l'Orchestre symphonique de l'Estuaire de Rimouski. Il s'agissait d'un concert-bénéfice au profit du temple.

Au même endroit, toujours en 2001, le chanteur d'opéra avait reçu un doctorat honoris causa de l'Université du Québec à Rimouski. Il s'était alors estimé l'homme le plus chanceux du monde d'être consacré docteur dans l'église où il avait été baptisé en 1929. «Ce moment de grande joie restera gravé dans ma mémoire pour le reste de mes jours», s'était-il exclamé lors de la remise de cet honneur, le 10 novembre 2001. Il avait aussi chanté avec l'Harmonie de Matane en 1984, qui célébrait son 50e anniversaire.

«Comme les autres enfants»

Clémence Philibert a côtoyé Joseph Rouleau lorsqu'ils étaient enfants. «Je l'ai bien connu parce qu'il était un de nos voisins, raconte la dame de Matane, aujourd'hui âgée de 92 ans. Il habitait une grosse maison blanche à trois étages, avec beaucoup de fleurs devant.» C'est d'ailleurs au dernier étage de cette vaste résidence que vivait Jean-Yves Le Boutillier qui, plus tard, deviendra le mari de Mme Philibert. 

Le père de Joseph Rouleau était contracteur. Il a été l'un des premiers ingénieurs forestiers diplômés de l'Université Laval. Il a aussi été maire de Matane dans les années 1930. «Ses enfants n'allaient pas à l'école avec les autres enfants, se souvient Clémence Philibert. Un précepteur leur faisait la classe à la maison. Ils étaient huit enfants. Je les ai tous connus.»

«Les Rouleau étaient comme les autres enfants, continue la nonagénaire. Ils allaient à la rivière. Il y avait une île en arrière de chez les Rouleau, où il y avait du foin d'odeur.»

Quand elle était enfant, Clémence Philibert jouait davantage avec Jacqueline Rouleau, la sœur de Joseph. Une anecdote lui remonte d'ailleurs à l'esprit : «Les garçons jouaient ensemble et ils étaient ratoureux. Joseph et son frère Jacques nous racontaient qu'en arrière de la grosse grange, il y avait un sauvage qui avait été enterré là. Jacqueline et moi, on essayait de déterrer l'endroit jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que ce n'était pas vrai!» La dernière fois que Mme Philibert a revu son ancien voisin, c'était en 2001, lors de l'inauguration du complexe culturel. «Il m'avait reconnue», souligne-t-elle.


« Jos, c'était un petit gars de chez nous. Il était resté simple, le Méphisto »
Maurice Gauthier, ancien maire de Matane

Joseph Alfred Pierre Rouleau avait 14 ans lorsqu'il a quitté Matane avec sa famille pour aller vivre à Montréal. «Il était parti jeune, mais il était toujours resté en contact avec quelques personnes de Matane, souligne l'ex-maire Gauthier. Quand il venait à Matane, il faisait sa tournée.»

Les deux hommes communiquaient ensemble environ aux deux ans. «Je lui envoyais une carte à Noël et, quand j'allais à Montréal, on allait parfois manger ensemble au restaurant. «Jos, c'était un petit gars de chez nous. Il était resté simple, le Méphisto», rigole Maurice Gauthier en faisant référence au rôle tenu par Joseph Rouleau dans l'opéra Faust de Charles Gounod.

Témoignages

À Matane, l'annonce de son décès a enflammé les réseaux sociaux. «Aujourd’hui est décédé l’un de nos illustres Matanais, a écrit vendredi le maire de Matane, Jérôme Landry, sur sa page Facebook. Merci, M. Rouleau, pour votre exceptionnelle contribution aux chants lyriques. Vous avez rayonné partout sur la planète. Sincères sympathies aux proches.» 

«Un grand de l’art lyrique nous quitte, a gazouillé le député de Matane-Matapédia et chef du Parti québécois par intérim, Pascal Bérubé. Ce Matanais de naissance aura chanté partout dans le monde et a fait notre fierté. […] Mes meilleures pensées à sa famille et ses proches.» 

«J'ai eu la chance de l'avoir comme professeur de chant à l'UQAM de 1985 à 1987, a écrit Martin Thibault, originaire de Matane et enseignant à la Commission scolaire Marie-Victorin, sur la rive sud de Montréal. Un grand prof et un grand homme! Reposez en paix, M. Rouleau!»