Le premier ministre François Legault a poursuivi sa tournée économique en Californie, lundi, une journée marquée par des rencontres avec plusieurs acteurs de l'industrie cinématographique.
Le premier ministre François Legault a poursuivi sa tournée économique en Californie, lundi, une journée marquée par des rencontres avec plusieurs acteurs de l'industrie cinématographique.

De passage à Hollywood, Legault s’engage à mieux soutenir l’industrie cinématographique en 2020

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
LOS ANGELES - De passage dans La Mecque du cinéma américain, Hollywood, le premier ministre François Legault s’est engagé lundi à mieux soutenir financièrement l’industrie cinématographique québécoise en 2020.

En mêlée de presse, lundi matin, il a dit que des annonces seraient faites dans les mois qui viennent en vue de «bonifier» l’aide de l’État à la production de films et de séries.

«Il faut plus produire au Québec. Il faut plus exporter ce qu’on produit au Québec», a-t-il fait valoir.

En parallèle, il veut créer les conditions favorables pour augmenter le nombre de tournages étrangers produits au Québec.

En mission pour quatre jours en Californie, M. Legault passe la journée de lundi à multiplier les rencontres avec les dirigeants des Majors américains afin de les inciter à donner un caractère plus stable et permanent à leur présence au Québec pour le tournage de leurs productions.

Il aimerait bien, par exemple, voir Netflix ouvrir un bureau à Montréal.

Risque-t-on de voir plus souvent Brad Pitt et Bradley Cooper arpenter les rues de Montréal, en marge du tournage de leur prochain succès au box-office?

C’est du moins ce que souhaite le premier ministre, a-t-il dit, en marge de ses rencontres avec quelques-uns de ceux qui sont reconnus pour tirer les ficelles du cinéma hollywoodien et qui décident où se feront les tournages.

Il veut surtout les inciter à changer d’approche, en leur demandant de s’engager à s’installer pour plusieurs tournages à Montréal, au lieu d’y aller à la pièce, procurant ainsi une certaine stabilité d’emploi aux techniciens québécois qui gravitent dans cette industrie.

En échange, le premier ministre serait disposé à offrir aux producteurs américains des mesures fiscales avantageuses, sous forme de crédit d’impôt ou autre, ce qui pourrait les convaincre de préférer Montréal à ses deux rivales, Toronto et Vancouver.

Un partenariat pour Rodeo FX

Une firme québécoise de production d’effets spéciaux, Rodeo FX, installée à Los Angeles, a annoncé lundi avoir conclu un partenariat avec Netflix pour devenir le partenaire principal de la production de la quatrième saison de la populaire série Stranger Things. Du coup, entre 100 et 150 emplois sont confirmés. Rodeo FX avait déjà conçu les monstres de la saison 3.

Le monde du cinéma est un des trois enjeux de la mission, avec l’avenir de la bourse du carbone et la recherche de partenariats à conclure entre le monde universitaire et celui de l’industrie.

Année après année, il se tourne toujours davantage de films étrangers au Québec. Mais le premier ministre croit qu’on pourrait faire davantage pour donner un caractère plus «permanent» à ce secteur d’activité en pleine expansion.

«Ce que je veux essayer de faire avec les compagnies de production - Walt Disney, Sony, Netflix - c’est de leur dire: pourquoi vous ne venez pas de façon un peu plus permanente, plutôt que de venir par projet?», avait-il ajouté dimanche, en disant qu’il était prêt à offrir aux géants américains du cinéma «de meilleurs avantages financiers», s’ils sont disposés en retour à garantir «un certain nombre d’emplois sur un certain nombre d’années».

L’idée consisterait à leur remettre une partie des revenus fiscaux additionnels dans les coffres de l’État engendrés par des tournages étrangers procurant «100-200 emplois, au moins sur une période de trois à cinq ans», a calculé le premier ministre, qui ne se fixe pas d’objectif précis, en termes de nombre de tournages idéal à atteindre au Québec dans les années qui viennent.

Pour le trésor québécois, les retombées économiques de ces productions cinématographiques étrangères ne sont pas négligeables.

Et le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec croit lui aussi qu’elles pourraient être encore plus importantes. Le Bureau veut voir les dépenses de tournages étrangers à Montréal atteindre un total de 700 millions $, en 2022. L’an dernier, elles ont frôlé les 400 millions $.

Déjà, pour les attirer chez nous, les producteurs étrangers ont droit à des crédits d’impôt qui peuvent atteindre jusqu’à 36 pour cent des dépenses, principalement sur le coût de la main-d’oeuvre.

Par rapport à ses deux rivales canadiennes, Montréal a plusieurs atouts, selon M. Legault. La ville offre un milieu «créatif», sans compter ses deux «immenses» studios, Montréal Grandé et Mels, et son expertise reconnue dans le secteur des effets spéciaux.

Le taux de change, très avantageux pour les Américains, peut aussi peser lourd dans la balance.

Lundi, M. Legault rencontre donc en rafale les dirigeants de Netflix, de Sony Pictures Studios, Universal Studios et de Walt Disney, pour voir s’ils seront réceptifs à ses arguments.

Sur l’heure du midi, il cassera la croûte avec le réalisateur de la série télé à succès «Petits secrets, grands mensonges», Jean-Marc Vallée, devenu une valeur sûre à Hollywood, comme en témoignent les prix Emmy reçus pour son travail ces dernières années.

En soirée, il prend la route de San Francisco pour poursuivre sa mission dans la Silicon Valley mardi.