Une quarantaine d’étudiantes en soins infirmiers sont libérées de leurs cours pour aller travailler.

De l'UQAC à l’hôpital

(Louis Tremblay) – Le module de sciences infirmières de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) fait sa part pour aider l’hôpital de Chicoutimi à régler son problème de pénurie. Il a mis en place des moyens qui vont permettre de libérer une quarantaine d’étudiantes inscrites au DEC-BAC et qui bénéficiaient d’un congé de l’hôpital pour compléter leur formation universitaire.

Selon la directrice du module de premier cycle des soins infirmiers, Carole Dionne, la demande a été faite par la directrice de soins de l’hôpital de Chicoutimi tôt vendredi matin. Il était impossible pour l’université de tout simplement suspendre les cours pour une période de deux semaines et les reprendre à la fin de la session.

«Les étudiants au DEC-BAC sont des étudiants qui ont déjà leur droit de pratique. Le programme qu’ils poursuivent leur permettra d’obtenir un baccalauréat. Nous avons des étudiants qui proviennent de tous les établissements de la région et les cours d’été reprennent dès la fin de la session. On doit aussi tenir compte de l’organisation des laboratoires. La demande du CIUSSS représentait tout un défi d’organisation», précise la directrice du module.

Les professionnels de l’UQAC ont travaillé une bonne partie de la journée à rassembler les différents moyens techniques pour en arriver à libérer les étudiants sans nuire à leur programme de formation tout en maintenant les cours. Les professeurs ont ainsi accepté de donner les cours tout en étant filmés.

«Les cours seront déposés sur un site sécurisé et les étudiants vont pouvoir les visionner quand ils vont être en mesure de le faire. Il reste la question des laboratoires à organiser et nous allons trouver des solutions puisque nous croyons qu’il est important de donner un coup de main au CIUSSS puisque nous avons d’excellentes relations avec l’organisation. C’est aussi intéressant pour nous de relever ce défi», reprend Carole Dionne.

Soulagement

La décision de l’UQAC a été accueillie avec un certain soulagement par le Syndicat des professionnelles en soins de santé du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean affilié à la FIQ. Le syndicat estimait cette mesure à une vingtaine de personnes, mais l’UQAC parle de 40 étudiants. 

Les professeurs s’attendaient déjà à un taux plus élevé d’absence dans les cours la semaine prochaine puisque des étudiants à l’emploi de l’hôpital de Chicoutimi avaient déjà avisé qu’elles s’absenteraient pour réintégrer le travail. 

La présidente du syndicat, Julie Bouchard, a salué la décision de l’université. Cette décision permettra de donner un peu de répit aux équipes qui doivent maintenir les services avec le recours systématique au temps supplémentaire obligatoire.

«C’est vraiment une bonne nouvelle. Des fois, avec de grosses organisations, on se heurte à des murs. Cette fois, l’université a bien répondu. En plus, l’employeur a été en mesure de rappeler au travail une dizaine d’infirmières en congé maternité et leur confiera des tâches qui respectent les limitations de leur retrait préventif. Elles vont être en mesure de donner un bon coup de main», a ajouté la présidente.

Difficile ailleurs aussi

Julie Bouchard a indiqué au Progrès que la situation est aussi difficile dans les hôpitaux de Dolbeau-Mistassini et Roberval où les équipes sont très petites. Les lits de débordement ont été fermés à Jonquière et l’activité est intense à l’urgence de la Baie.

D’autre part, la direction du CIUSSS n’a pas décelé de changement majeur par rapport au portrait de la situation fait jeudi. Il est toujours question, selon l’agente d’information Amélie Gourde, de 65 quarts de travail en temps supplémentaire obligatoire pour traverser la fin de semaine. Entre le 1er janvier et vendredi, les gestionnaires de Chicoutimi avaient eu recours à 100 quarts de travail en temps supplémentaire obligatoire pour maintenir les équipes de soins.

En plus des 40 étudiants qui rentrent au bercail pour deux semaines et des 10 infirmières en congé maladie rappelées au travail, le CIUSSS a procédé à l’embauche de six infirmières. Aucune rupture de service n’a été annoncée pour le moment dans les hôpitaux de la région. 

Assurance salaire

À la demande du Progrès, le CIUSSS a établi les taux d’assurance salaire pour la catégorie des employés «infirmière et infirmière auxiliaire». Il se situe à 10 % pour ce type d’emploi alors qu’il est de 8,45% pour la moyenne de tous les corps d’emploi du CIUSSS. Il est toutefois impossible de dire si ce taux d’absentéisme compte pour beaucoup dans la pénurie actuelle de personnel infirmier.

Le résultat de «circonstances exceptionnelles», selon le ministère

(Myriam Gauthier) – Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) estime que la surcharge de travail des infirmières connue à l’hôpital de Chicoutimi est le résultat de «circonstances exceptionnelles» liées aux éclosions de grippe et à la «température hivernale difficile». Des mesures ont été mises en place afin d’améliorer la situation.

«La direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean est en action pour régulariser la situation actuelle afin de revenir à un contexte plus normal», a indiqué par courriel Marie-Claude Lacasse, aux relations avec les médias pour le MSSS, après que Le Progrès ait déposé une demande auprès de l’attachée de presse du ministre Gaétan Barrette, vendredi.

Mesures mises en place

Des mesures ont par ailleurs été mises en place à l’hôpital de Chicoutimi afin «d’améliorer la stabilité des équipes de travail et améliorer la situation».

Les mesures énumérées incluent diverses mesures d’organisation du travail, du recrutement à l’étranger, des révisions des formations initiales et continues, la gestion des cohortes et des places de stage, la gestion prévisionnelle de la main-d’oeuvre et touchent également le climat des organisations, «afin de retenir les travailleurs».

Il est ajouté que la planification des effectifs d’infirmières est effectuée annuellement par le ministère et qu’un suivi avec les établissements est réalisé périodiquement en fonction de certains indicateurs de gestion.

«Cela inclut notamment le temps supplémentaire et l’utilisation de la main-d’oeuvre indépendante pour les infirmières», a précisé Mme Lacasse.