Une mère de trois enfants est tombée entre les mains de proxénète.

Dans le filet d’un proxénète gatinois

Même une mère de trois enfants, fonctionnaire fédérale bien placée dans une vie rangée, n’est pas à l’abri d’un proxénète en puissance qui rêve de copier le cliché du rappeur proxénète clinquant entouré de ses « bitchs ».

Le mot, dur, a pourtant été utilisé lors de l’enquête sur la remise en liberté d’un proxénète de Gatineau, Danny Bastien, 29 ans.

Connu à Ottawa et à Gatineau, Danny Bastien a rapidement plaidé coupable à de graves chefs de traite de personne, du côté québécois de la rivière des Outaouais, cette semaine.

La preuve de la Couronne étalée à l’enquête sur remise en liberté, mercredi, semble avoir mis en échec Danny Bastien.

Chambre d’enfant

Au moins sept femmes de l’Outaouais se disent victimes de son réseau de prostitution, dirigé avec un présumé complice, Jonathan Ward (libéré en attendant son procès), et l’ancienne conjointe de Danny Bastien.

Aussi accusée dans cette affaire, cette mère, fonctionnaire apparemment sans histoire, se dit victime de violence conjugale de la part du même individu.

Décrite par les « filles » de M. Bastien comme étant la secrétaire du proxénète en ascension, la femme aurait été sous l’emprise de cet homme, d’au moins dix ans son cadet.

En dépression, séparée et en congé de maladie, elle serait tombée amoureuse de M. Bastien, pour ensuite glisser vers les bas-fonds de la violence liée au trafic de personnes, et la consommation de cocaïne à outrance.

Même la chambre à coucher de sa plus jeune fille a parfois servi à des clients et des escortes, sous les ordres présumés de Danny Bastien.

« Faire la file »

Le réseau était actif de Cornwall à Niagara Falls, en passant par Gatineau et Ottawa.

Les « filles » pouvaient recevoir ou visiter 3, 5, 10 et même 15 clients par jour.

D’ailleurs, une des femmes retenues pour donner des « services sexuels » a tenté de se suicider dans un hôtel de Niagara Falls, où Bastien et ses présumés complices l’avaient amenée.

Le présumé proxénète aurait ensuite organisé tant de rendez-vous pour cette victime, que les nombreux clients auraient « fait la file » dans le stationnement d’un hôtel de la région de Niagara Falls.

Les filles ne gardaient qu’une partie des recettes, environ 50 %.

« Selon les plaignantes, a expliqué le sergent-détective Stéphane Lizotte, du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), M. Bastien instaurait un climat de peur et de compétition afin que les filles travaillent plus. »

Il aurait dit à son groupe qu’il avait l’intention de rattraper une femme qui avait pris la fuite, à Cornwall, dans l’Est ontarien, pour l’attacher à un arbre, dans une forêt, et la laisser à elle-même, afin que cela serve d’exemple aux autres prostituées.

« M. Bastien avait le rêve d’être un gangster, d’avoir plusieurs ‘bitchs’ et d’écrire des chansons de rap », a raconté le sergent-détective Lizotte.

L’enquêteur a décrit M. Bastien comme étant un homme à la jeunesse tranquille, marquée par le Sport-études. Une blessure à un œil l’a cependant empêché de poursuivre ses activités de gardien de but au hockey, et de lanceur au baseball.

La suite des choses semble s’être envenimée jusqu’à son arrivée derrière les barreaux.

Le SPVG a contacté la police d’Ottawa, qui a relié cette affaire à d’autres dossiers dans la capitale.

Le même modus operandi a servi à recruter des femmes (début vingtaine, vulnérables financièrement) en leur offrant de faire de l’argent rapidement.

Des sites comme Backpage.com (fermé par le FBI) et d’autres sites d’escortes locaux ont servi, comme c’est souvent le cas, de plateforme d’exploitation sexuelle des femmes.