Comportements inappropriés au travail: plus de la moitié des travailleurs témoins

Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
MONTRÉAL — Il y a encore du boulot à faire au pays: plus de la moitié des femmes et des hommes ont été témoins de comportements sexuels inappropriés comme des attouchements et des blagues à caractère sexuel dans leur milieu de travail l’an dernier.

Sans surprise, les femmes ont été plus nombreuses à en avoir été la cible, selon une récente enquête de Statistique Canada, la première jamais réalisée sur la sécurité dans les espaces publics et privés. Plus de 43 000 personnes ont répondu à ce questionnaire en 2018.

Cette enquête est particulièrement importante pour deux choses: d’abord, elle devrait combler des lacunes statistiques en matière de violence fondée sur le sexe, car elle ratisse plus large en incluant des comportements qui ne sont pas nécessairement criminels selon le Code criminel. Mais elle fournit aussi un éclairage plus poussé sur les agressions sexuelles: comme ces crimes sont très peu souvent rapportés à la police par les victimes, les statistiques à ce sujet ne reflètent pas l’ampleur de la situation.

En ce qui concerne les comportements sexuels inappropriés en milieu de travail, 53 % des travailleuses et 56 % des travailleurs en ont été témoins en 2018. Près du tiers des femmes en étaient la cible comparativement à 17 % des hommes.

Par comportements sexuels inappropriés, il est question ici d’attentions sexuelles non désirées, d’attouchements, d’avoir été insulté ou maltraité en raison de son genre, d’outrage à la pudeur et de blagues à caractère sexuel - cette dernière catégorie étant la plus fréquemment rapportée par les hommes comme par les femmes.

Selon l’enquête, le type de milieu de travail a eu une incidence sur les comportements rapportés.

Dans un milieu à majorité d’hommes, quatre femmes sur dix (39 %) ont déclaré avoir été victimes de comportements inappropriés. Cette proportion baisse à 28 % dans un milieu où il y a autant d’hommes que de femmes et est similaire à ce qui se produit dans un milieu majoritairement féminin (27 %).

Ce que l’enquête ne révèle toutefois pas est si des collègues de travail sont intervenus pour faire cesser un geste ou rabrouer un propos inapproprié.

Tant les femmes que les hommes ont été affectés par les comportements sexuels non désirés vécus dans un lieu public, comme dans la rue, dans un bar ou un restaurant, ou dans les transports en commun. Cela dit, la prévalence des comportements sexuels non désirés dans les lieux publics était plus de deux fois supérieure chez les femmes (32 %) que chez les hommes (13 %) en 2018. Tant chez les femmes que chez les hommes qui ont subi ces types de comportements, un étranger de sexe masculin en était le plus souvent l’auteur.

De façon plus générale, l’enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés précise que 32 % des femmes et 13 % des hommes ont subi un comportement sexuel non désiré dans un lieu public l’an dernier.

Les types les plus courants de comportements sexuels non désirés subis par les femmes en public étaient les attentions sexuelles non désirées (25 %), les attouchements non désirés (17 %) et les commentaires non désirés au sujet de leur sexe ou de leur genre (12 %).

Tant chez les femmes que chez les hommes, les personnes de 15 à 24 ans ainsi que celles qui n’étaient pas hétérosexuelles étaient les plus susceptibles de subir un comportement sexuel non désiré en public.

Sur une base régionale, Statistique Canada a observé que la proportion de femmes qui ont été victimes de violence à Terre-Neuve-et-Labrador et au Québec était inférieure de 4,3 % à la proportion notée à l’échelle nationale.