La conservation des milieux naturels est la meilleure façon de protéger la biodiversité et de faire face aux changements climatiques, soutient la biologiste Kim Marineau.

Cinq mesures pour améliorer le bilan vert des villes

La Ville de Granby planche sur son plan vert 2.0. Elle invite ses citoyens à participer à la réflexion en complétant un sondage proposant 27 mesures pour améliorer son bilan environnemental. Les répondants peuvent également y aller de leurs suggestions. Nous avons sondé cinq spécialistes, qui s’intéressent à autant de domaines distincts, pour qu’ils identifient chacun la plus importante mesure à inclure dans le futur plan d’environnement de la Ville. Leurs conseils s’adressent à l’ensemble du monde municipal, soutiennent-ils.

1. Identifier et protéger les milieux naturels

La Ville de Granby doit se doter d’un plan de ses milieux humides, hydriques et naturels et « surtout l’appliquer », répond sans hésitation Kim Marineau, présidente de Biodiversité Conseil, une firme spécialisée en évaluation environnementale et de milieux naturels.

Tous les milieux naturels de valeur de la municipalité doivent être identifiés et doivent être protégés, insiste la biologiste. « Si les dirigeants municipaux sont sérieux, s’ils veulent préserver la biodiversité, c’est ce qu’il faut viser », soutient-elle.

Outre l’identification des milieux naturels, le plan doit inclure des mesures pour les protéger, des cibles à atteindre, des échéanciers ainsi que des outils pour valider le chemin parcouru. Un budget doit être prévu pour acquérir des milieux naturels tout comme une banque de terrains à échanger pour les obtenir.

La Ville doit se fixer comme objectif de protéger 17 % de son territoire, comme l’exige la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, note Mme Marineau. Certes, fait-elle remarquer, c’est le gouvernement du Canada qui est signataire de cette entente internationale. Les municipalités ont toutefois un important rôle à jouer pour atteindre cet objectif d’ici 2020, dit-elle.

« C’est ce qui va nous permettre de passer à travers les changements climatiques et nous assurer de bien veiller à la santé de nos citoyens », explique-t-elle.

Le nombre de jours de collecte des bacs noirs (déchets) doit être limité à 12 par année, croit Marlène Hutchinson, spécialiste de la gestion des matières résiduelles. Cela va inciter les citoyens à mieux trier leurs matières en utilisant leurs bacs bleu et brun.

2. Tarifer les déchets

Recourir à la tarification incitative pour les citoyens réduira le volume de matières résiduelles envoyé à l’enfouissement, soutient Marlène Hutchinson, présidente de Cycle Environnement, une firme qui aide les municipalités et les entreprises pour mieux gérer leurs matières résiduelles.

Le concept de la tarification incitative repose sur le principe du pollueur-payeur. En limitant le nombre de jours de collecte de bacs de déchets à 12 par année, les municipalités qui adoptent cette approche encouragent leurs citoyens à mieux trier leurs matières résiduelles. Cela se traduit par une réduction des matières jetées aux poubelles. Ceux qui refusent de bien utiliser leurs bacs de recyclage et de compost devront payer une taxe de gestion des matières résiduelles plus élevée que les citoyens qui participent.

Il s’agit d’une question d’équité fiscale entre citoyens, souligne Mme Hutchinson. « Depuis quelques années, on s’aperçoit que les taux de détournement n’augmentent pas vraiment. Si on veut responsabiliser les citoyens et améliorer les taux de détournement, la tarification incitative est une bonne façon d’y arriver. »

La Ville de Beaconsfield, le Canton de Potton et plusieurs municipalités dans les provinces anglophones du Canada et en Europe ont adopté la tarification incitative. « Ici au Québec, ça tarde. Les élus ont peur de la réaction des gens », indique Mme Hutchinson.

La Ville de Granby doit faire le bilan des gaz à effet de serre produits sur son territoire et se fixer un objectif «ambitieux et réaliste» de réduction, dit le chimiste Marc Olivier.

3. Effectuer un bilan des gaz à effet de serre

La Ville de Granby doit faire un bilan des gaz à effet de serre (GES) produit sur son territoire, croit Marc Olivier, chargé de cours à la maîtrise en environnement à l’Université de Sherbrooke. Un tel bilan, explique le chimiste, qui s’intéresse aux grands problèmes de pollution atmosphérique, permettra à la Ville de se fixer un objectif « chiffré, ambitieux et réaliste » de réduction dans un horizon de dix ans et de se donner les moyens pour y arriver.

La lutte aux GES n’est pas du seul ressort des gouvernements centraux, insiste M. Olivier. « Les municipalités n’ont pas tous les moyens que les autres paliers [de gouvernement] ont, mais elles peuvent faire bouger les choses, poser des actions et faire progresser la société », estime-t-il.

Parmi les moyens à mettre en place pour réduire les GES, M. Olivier suggère l’électrification des véhicules municipaux (lors de leur remplacement) et ceux de transport en commun, l’installation de bornes de recharge le long des rues commerciales pour les véhicules électriques, le remplacement dans les édifices publics des huiles de chauffage par des énergies renouvelables comme le gaz naturel renouvelable et la biomasse. Les usines, entreprises et commerces sur le territoire doivent être invités à entreprendre également cette transition énergétique pour atteindre l’objectif fixé, ajoute l’universitaire.

« Le bilan va nous donner la quantité de nos GES de l’an 0. On pourra ensuite, avec les années, calculer où nous sommes rendus et si nos mesures sont efficaces », conclut M. Olivier. La Ville de Montréal compte être carboneutre en 2050, a-t-il souligné. Un tel objectif est à la portée de villes plus petites, croit-il.

La densification des quartiers existants, surtout ceux près du centre-ville, est impérative pour qu’une ville améliore son bilan environnemental, affirme l’urbaniste Jean-François Vachon.

4. Densifier la Ville

Une meilleure occupation du territoire demeure une priorité pour toute ville qui souhaite améliorer son bilan environnemental, assure l’urbaniste Jean-François Vachon. Il est possible de relever ce défi en mettant en place une stratégie de densification démographique qui met l’accent sur le cadre bâti, notamment le centre-ville, dit ce conférencier et ancien directeur du service de l’urbanisme de la Ville de Bromont.

La stratégie de densification doit reposer sur des mesures encourageant la construction résidentielle dans le périmètre du centre-ville, un accès à des logements abordables et une circulation facile et sécuritaire pour les piétons et les cyclistes.

« Le but, c’est de créer un milieu de vie intéressant pour que les gens veuillent y habiter. Tout doit être pensé pour assurer des déplacements actifs des gens de ce quartier », explique-t-il. Ce dynamisme suscitera un engouement pour la rénovation des bâtiments et des habitations, dit-il. Les commerces de proximité vont suivre, assure-t-il.

« Le problème des municipalités, c’est leur étalement. Maintenant, quand on vit dans un nouveau quartier, on doit prendre notre automobile pour faire nos courses. Il n’y a rien de durable là-dedans. Oui, on peut construire des habitations écologiques, mais on doit arrêter l’étalement et plutôt densifier », soutient M. Vachon.

Le projet de revitalisation du centre-ville de Granby semble emballant, a dit M. Vachon. Il fonctionnera si une densification démographique accompagne le tout, dit-il. « Il faut bien cibler les enjeux et se demander quelles mesures on peut mettre en place pour redonner vie à ce secteur. On ne revitalise pas un centre-ville pour attirer les touristes ou pour plaire aux cyclistes. On le fait pour créer un milieu de vie. »

La réduction des pertes dans les réseaux de distribution d’eau potable des municipalités doit être une priorité, insiste Réjean De Ladurantaye, chargé de cours à la maîtrise à l’Université de Sherbrooke.

5. S’attaquer aux fuites d’eau

La perte d’eau potable dans le réseau d’aqueduc demeure un grave problème environnemental dans les municipalités, signale Réjean De Ladurantaye, chargé de cours à la maîtrise à l’Université de Sherbrooke. Trouver ces fuites et les réparer devrait être leur priorité, soutient-il.

Les Québécois sont les plus grands consommateurs d’eau au Canada, rappelle M. De Ladurantaye. Ils en consomment 573 litres par jour, selon les données du ministère des Affaires municipales, soit 28 % de plus que la moyenne canadienne. Or, des réseaux d’aqueduc désuets se traduisent par des pertes importantes d’eau potable.

Ces pertes ont des impacts importants parce qu’ils obligent les municipalités à filtrer plus d’eau que nécessaire, ce qui augmente les coûts, dit M. De Ladurantaye. De plus, un grand volume de l’eau potable perdu finit dans les réseaux d’égout, entraînant là aussi des coûts à l’usine d’épuration des eaux usées, ajoute-t-il. « Regardez le mauvais état de nos routes. C’est en raison d’un laisser-aller. Imaginez l’état des infrastructures qu’on ne voit pas », dit-il.

La nouvelle Stratégie québécoise d’économie d’eau potable 2019-2025 vise à réduire de 20 % la quantité d’eau potable distribuée par personne. Pour y arriver, un changement de comportement de consommation est nécessaire, opine M. De Ladurantaye. Cela s’est toujours avéré difficile, a-t-il aussitôt renchéri. La meilleure façon, selon lui, d’améliorer le bilan en terme de préservation de l’eau potable est de colmater les brèches dans les réseaux de distribution.

Dans sa dernière stratégie, celle de 2011-2017, Québec avait comme objectif de les réduire de 20 %. L’objectif n’a pas été atteint. D’importants investissements doivent être réalisés dans les réseaux d’aqueduc pour atteindre cette cible, pense M. De Ladurantaye.