Lundi, Stéphane, Jeff, Donovan, Normand et Sammy, ont obtenu leur diplôme d’études secondaires des mains de la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest. Ils sont accompagnés du directeur général du centre L’Envolée, Nicolas Bédard (à gauche).

Cinq diplômés d'exception

C’est une remise de diplômes toute spéciale qui a eu lieu lundi après-midi dans les bureaux de la députée de Brome-Missisquoi Isabelle Charest. En effet, ce n’est pas tous les jours que des étudiants reçoivent leur équivalence d’études secondaires (EES) des mains de la ministre déléguée à l’Éducation, encore moins après avoir surmonté leur décrochage scolaire pendant leur séjour au centre de traitement des dépendances L’Envolée.

Lundi, Jeff, Normand, Sammy, Donovan et Stéphane ont gradué. Âgés de la jeune vingtaine à la mi-cinquantaine, les membres du quintette n’étaient pas peu fiers de cet accomplissement, que plusieurs d’entre eux ont repoussé durant des années avant de finalement s’atteler à la tâche.

Pour ces hommes suivis pour traiter leur dépendance à la drogue ou à l’alcool, la thérapie était sans aucun doute l’environnement le plus favorable pour reprendre et terminer leurs études secondaires. « Tu vas là pour replacer ta vie et de prendre en main », explique Stéphane.

« C’est un plus à notre thérapie, renchérit Normand. C’est une chance qu’on a eue. Ça fait des années que je voulais le faire, mais je le reportais tout le temps. »

De réussir son Test d'équivalence de niveau secondaire (TENS) ouvre des portes pour le futur. Certains, comme Jeff, envisagent de poursuivre un diplôme d’études professionnelles en vente et une attestation de spécialisation professionnelle en représentation.

Stéphane pourra pour sa part espérer grimper les échelons au sein de la compagnie qui l’emploie. « On regarde pour que je puisse aller me perfectionner en début d’année prochaine, explique-t-il. Je n’ai jamais été heureux comme ça dans ma vie ! »

Dans d’autres cas, la reconnaissance permet tout simplement de décrocher un emploi et de briser le cercle vicieux dans lequel certains étaient empêtrés. « Le contexte économique est aussi favorable en ce moment, soulève Nicolas Bédard, directeur général de L’Envolée. Ça aide, car la problématique qu’on constate à la sortie de thérapie, c’est que la personne retourne chez elle. Si elle n’occupe pas d’emploi, c’est plus facile de reprendre ses mauvaises habitudes. »

Engouement

Sur les huit membres de cette première cohorte, seuls ces cinq candidats ont décroché leur diplôme. Deux reprendront leur formation plus tard, et un autre s’est trouvé en situation d’échec.

Ils seront treize à boucler la boucle à la prochaine session de cours. L’effet de contagion y est pour beaucoup. « Les autres nous voyaient aller et ça leur a donné le goût ! », affirme Stéphane.

M. Bédard, qui préside également la Coalition des organismes communautaires en dépendance, croit que le modèle pourrait être implanté ailleurs et connaître un succès semblable. « Notre chance à nous, c’est d’être très près géographiquement de la commission scolaire. C’était facile pour déplacer les élèves », dit-il.

Mais les frais de 75 $ imposés à chaque étudiant ont de quoi freiner leurs ardeurs, a ensuite souligné le directeur à la députée. « Il y a d’autres commissions scolaires dont les tests d’équivalence sont gratuits, relève-t-il. Pour cette fois-ci, on a décidé de couvrir les coûts pour ne pas pénaliser les gens. Si c’était gratuit, on pourrait l’élargir à un plus grand nombre de pensionnaires. »

Inspiration

La ministre Charest, qui fait de la lutte au décrochage scolaire l’un de ses chevaux de bataille, était époustouflée par le cheminement des cinq nouveaux diplômés. Au cours de la rencontre, l’élue n’a pas manqué de les féliciter à plusieurs reprises et de leur dire à quel point leur parcours était inspirant.

L’initiative du centre de thérapie n’a pas mis longtemps à inspirer Mme Charest, qui a tout de go réfléchi à voix haute. « Et si vous, messieurs, deveniez des mentors pour les autres qui voudraient faire comme vous ? », a-t-elle demandé à ses invités.

La perspective de voir le projet de L’Envolée faire des petits n’est pas exclue dans le futur. « De voir des succès comme ceux-là, ça sonne une cloche, a-t-elle ensuite affirmé à La Voix de l’Est. C’est une façon de rejoindre une clientèle qui a longtemps été laissée pour compte. »