Cette photo, prise sur la rue Roussel, illustre bien la problématique des seuils de porte trop épais.

Chicoutimi, tu te fous de moi ?

Par définition, un handicap est une limitation dans l'accomplissement d'activités courantes ou l'exercice d'un rôle social. Ainsi, le handicap se définit par la relation d'une personne avec son environnement. Saguenay est-elle suffisamment adaptée et accessible pour favoriser l'accès aux services et la pleine participation à la vie de la communauté ? Ou, à l'opposé, les barrières culturelles, physiques et sociales y sont-elles trop nombreuses ? Le journaliste et chroniqueur Julien Renaud, qui se déplace en fauteuil roulant motorisé, a parcouru les artères principales de la ville pour établir un portrait de la situation par arrondissement. Premier arrêt : Chicoutimi. 1 de 3

CHRONIQUE / Chicoutimi, tu m’insultes ! Si je me fie à mon expérience sur le terrain, tu sembles juger que les personnes qui se déplacent en fauteuil roulant ne méritent pas d’être prises en compte ! Tu sais, 48 % de tes commerces ne sont pas accessibles. Et que dire de tes services municipaux ? Si je comprends bien, tu veux que je reste chez moi ? C’est dégradant.

Impossible de rentrer dans un commerce sur deux !

J’ai roulé pendant six heures dans les centres-villes de Chicoutimi, lundi, pour constater leur niveau d’accessibilité. J’ai commencé par le quartier du Bassin, puis j’ai fait la rue Roussel, à Chicoutimi-Nord, avant de retraverser le pont Dubuc pour parcourir la Racine.

Dans le quartier du Bassin, je pouvais pénétrer dans deux commerces sur six (33 %) ; sur la rue Roussel, neuf établissements sur 26 (35 %) ; et sur la rue Racine, 52 boutiques sur 90 (58 %). Chicoutimi, ton score final est de 63/122, pour 52 %. Je suis obligé de te faire redoubler !

vignette:La Bijouterie Fortunat Gagnon n’est pas accessible, mais son propriétaire, empathique, se déplace dans votre voiture!

Sur la rue Racine, reconnue comme étant le repère gastronomique de la capitale régionale, seulement 60 % des restaurants sont accessibles ! Le haut de la Racine est pire que le bas.

Et ces statistiques pourraient être encore bien moins reluisantes ! J’ai utilisé comme seul critère l’accès à l’intérieur du commerce, mais la plupart n’ont pas de bouton pour l’ouverture automatique des portes. Ouvrir une porte – parfois lourde et avec un ressort de tension – en étant assis dans un fauteuil, ce n’est pas de tout repos ! Mes épaules peuvent le confirmer ! En faisant des portes un critère de base, le pourcentage global chuterait sous la barre de 10 %. Scandaleux, non ?

De plus, l’intérieur de plusieurs endroits n’est pas réfléchi pour y circuler en fauteuil. C’est sans parler des toilettes adaptées – si tu en trouves une, tu y vas, même si tu n’as pas envie !

Analysons un peu ces statistiques. Souvent, les centres-villes sont situés sur de vieilles artères. Ainsi, contrairement aux centres commerciaux ou aux boutiques avec entrées indépendantes, les bâtiments ont été construits à un moment où les normes étaient beaucoup plus souples et moins inclusives.

Aussi, cette situation déplorable ne traduit pas nécessairement une mauvaise volonté des commerçants. À titre d’exemple, le propriétaire de la Bijouterie Fortunat Gagnon, sur la rue Roussel, est sorti de son commerce et m’a expliqué qu’il conclut parfois des ventes dans le véhicule de ses clients ! Je pense aussi au restaurant La Cuisine, qui possède une rampe mobile, au même titre que l’Hôtel Chicoutimi. Mais ça, il faut le savoir et il faut appeler. À force de sortir, on découvre les efforts déployés par les commerçants.

Mais il y a des contre-exemples dans des constructions récentes. Je pense à la fois où j’ai perdu une pièce de fauteuil en essayant de franchir le seuil de la porte d’entrée d’une animalerie du boulevard Talbot !

La Ville et ses corporations des centres-villes devraient réserver une enveloppe pour rendre accessibles ces endroits mal pensés. Souvent, une plaque métallique suffit. Corrigeons la situation une fois pour toutes ! Coûte que coûte !

La Ville : « Ayoye, tu m’fais mal ! »

Parlant de l’administration municipale, elle aussi, elle coule son année ! Et pas à peu près !

L’hôtel de ville n’est pas adapté, à l’exception de la cour municipale et du bureau des infractions, si quelqu’un vient ouvrir la porte latérale ; le bureau de l’arrondissement est au niveau du sol, ce qui le rend accessible, mais il faut franchir trois portes non automatiques ; le Centre des arts et de la culture, c’est deux portes à tirer et à pousser ; le bureau de Promotion Saguenay possède une porte automatique, mais il y a un seuil impossible à surmonter en fauteuil ; les toilettes de la Zone portuaire ne sont pas accessibles de l’extérieur et la seule porte avec rampe permettant leur accès a été condamnée par une pile de chaises et de tables ! Ladite porte est d’ailleurs verrouillée quand le hangar est inanimé, alors que tous les citoyens « sans handicap » peuvent accéder aux toilettes en tout temps de l’extérieur, n’ayant qu’à franchir deux marches !

C’est absurdités par-dessus aberrations ! Cela traduit un manque de volonté et de considération flagrant. La honte et la dérision étaient palpables chez les employés municipaux croisés.

La Ville a aussi la responsabilité d’entretenir les rues et trottoirs pour permettre la circulation de tous. J’ai pourtant fini mon périple avec des maux de dos et de coccyx !

Autre accroc : le Carrefour jeunesse-emploi n’est pas accessible en fauteuil roulant.

Parmi les rares bons coups, la bibliothèque est parfaitement accessible, et les nouvelles infrastructures et l’offre du parc de la Rivière-du-Moulin méritent un A+.

À l’opposé des services municipaux, les établissements fédéraux et provinciaux remplissent les normes, bien qu’à l’hôpital de Chicoutimi et qu’au Cégep de Chicoutimi, par exemple, les stationnements sont, à mon avis, insuffisants et parfois trop étroits. Le CLSC, lui aussi, laisse à désirer, l’accès se faisant par le Carrefour Racine et par une porte non automatique.

Concernant les grands incontournables de Chicoutimi, la majorité des infrastructures sont accessibles, à des degrés variés.

En rafale, la plupart des églises sont accessibles via des rampes ; le centre Georges-Vézina peut servir d’exemple ; l’Université du Québec à Chicoutimi répond parfaitement aux critères ; le Théâtre Banque Nationale est bien aménagé ; le Palais de justice est facile d’accès ; La Pulperie est bien équipée ; et trois hôtels sur quatre offrent des chambres adaptées.

Enfin, malheureusement, le Musée de la Petite Maison Blanche, emblème de la ville, ne peut être visité en fauteuil roulant.

La semaine prochaine : Jonquière ! Fera-t-il mieux ?