Ces gels désinfectants qui puent

«Je me demande quel parfum de désinfectant pour les mains je vais porter aujourd’hui», blaguait cette semaine sur Twitter Béatrice Martin, alias Coeur de pirate. C’est vrai que la pandémie nous a fait passer de Chanel à Purell pour le meilleur et pour le pire.

Avec une simple publication Facebook sur l’odeur des gels assainissants, la rédactrice en chef du Soleil Valérie Gaudreau a pu constater, dans une avalanche de commentaires, l’étendue de la gamme des odeurs épouvantables. Les internautes y sont allés de propositions pour décrire le phénomène, allant de «jus de fond de poubelle en canicule» à «haleine de tequila de lendemain de veille».

En allant faire les courses, l’auteure de ces lignes a aussi eu droit à des textures qui passent de beaucoup trop liquides, à «mottonneuses», pour finir avec un bel effet collant qui reste tout le long de son magasinage.

Mais comment se fait-il que certains de ces désinfectants soient aussi déplaisants?

Place à la science!

Dans une entrevue «cours de chimie 101», le chimiste et professeur titulaire à l’Université Laval, Normand Voyer, rappelle qu’il y a deux grands types d’alcool: l’éthanol et l’isopropanol. L’éthanol peut provenir de deux sources: la source de fermentation et la source pétrochimique. La deuxième peut parfois sentir mauvais, mais elle est rarement utilisée.

En temps normal, l’éthanol des gels désinfectants provient de la fermentation et a une odeur qui s’apparente à celle de la vodka. Donc presque neutre. Par contre, pendant la pandémie, il y a eu une pénurie de ce type d’éthanol, dit «pur», qui a poussé Santé Canada à accepter des «alcools dénaturés» pour la production de gels désinfectants. «Ce sont des solutions d’éthanol qui contiennent toutes sortes d’additifs qui peuvent avoir des odeurs et des arômes différents», ajoute le chimiste.

Notre système olfactif va capter les molécules volatiles qui s’émanent du gel et notre cerveau va décoder l’odeur à laquelle cela nous fait penser (ce qui explique l’odeur familière de vieille tequila).

Et les grumeaux dans tout ça?

Pour ce qui est de la texture désagréable de certains nettoyants pour les mains, nous nous sommes tournés vers l’expertise des Laboratoires Omy spécialisés dans la personnalisation de cosmétiques naturels et végans au Québec, qui a commencé à produire du désinfectant à cause de la pandémie.

Selon Rachelle Séguin, présidente de l’entreprise et chimiste, la première raison de la présence de grumeaux serait unmélange de deux désinfectants dans la même bouteille. «Disons qu’ils ont fini un désinfectant et qu’ils en remettent un nouveau dans la même bouteille, une réaction entre les deux produits peut créer des grumeaux», explique-t-elle.

Sinon, si le produit n’a pas été utilisé pendant un certain temps, une partie peut sécher à la surface, ce qui va créer cette sensation désagréable sur les mains. De plus, si vous visitezplusieurs boutiques, les fines pellicules de gélifiant qui se créent sur les mains après chaque lavage peuvent réagir entre elles et provoquer ce désagrément. En gros, on ne s’en sort pas!

Mais vers quel produit se tourner?

Les deux chimistes s’entendent sur le fait qu’il faut toujours vérifier si le produit que l’on utilise a un numéro de NPN (numéro de produit naturel), qui prouve que sa recette a bien été approuvée par Santé Canada. «Le problème, c’est que ce n’est pas toujours le bon produit qui est à l’intérieur», note Rachelle Séguin en parlant des grosses bouteilles à l’entrée des magasins. Même si les ingrédients du produit se doivent d’être indiqués sur le contenant, on ne sait pas quel produit le commerçant a mis en remplissant la bouteille une seconde fois par exemple. «Les gens, pour leur propre sécurité, devraient en trainer un qui leur convient, surtout s’ils ont la peau sensible ou une allergie quelconque», ajoute-t-elle.

Pour sa part, Normand Voyer tient à préciser que le plus important dans un désinfectant, c’est son efficacité et la façon dont on l’utilise. «Ce n’est pas ce qu’il sent ton gel qui est important, c’est qu’il y ait 60 à 85% d’alcool dedans et que tu badigeonnes toutes les surfaces de tes mains avec pendant au moins 20 secondes «, indique Normand Voyer. «C’est pour ça que les fabricants de Purell sont vraiment bons. Parce qu’ils rajoutent un épaississant qui fait que l’évaporation de l’alcool est diminuée et donc c’est plus facile de se désinfecter les mains durant 20 secondes «.Une recette bien gardée par la compagnie américaine depuis sa création.