Catherine Dorion devant l’œuvre <em>Par-delà les branches</em>, gravée sur la façade du centre communautaire Mgr-Marcoux, dont une partie représente la carte de Québec.
Catherine Dorion devant l’œuvre <em>Par-delà les branches</em>, gravée sur la façade du centre communautaire Mgr-Marcoux, dont une partie représente la carte de Québec.

Catherine Dorion: réhabiliter la force des aînés

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
La pandémie trace le portrait le plus fragile de nos personnes âgées. On voudrait les envelopper dans du papier bulle pour ne plus les casser. Mais pour Catherine Dorion, une solution à cet isolement s’avère justement de réhabiliter la force de nos aînés. Et de l’incarner dans des politiques intergénérationnelles, entre autres dans le logement.

«Arrêtons de parler des aînés comme d’un fardeau et du monde qui ne va pas bien! Ils sont écœurés de se faire voir comme des maganés qui n’ont plus rien à donner», affirme la députée de Québec solidaire (QS), assise sur un banc du parc Bardy, dans le secteur Maizerets de Limoilou.

Beau soleil, du vent, pas trop chaud. Temps idéal pour une femme enceinte de 38 semaines. L’élue de la circonscription provinciale de Taschereau, au centre-ville de Québec, a reçu Le Soleil dans son nouveau quartier. Elle vient d’y emménager dans plus grand pour attendre la venue de son troisième enfant.

Mme Dorion amorcera son congé de maternité le 31 août. Mais déjà, elle ne fréquente plus le parlement. Et s’en tiendra loin pendant encore six mois. Petite révolution dans l’univers parlementaire, alors que l’on vient juste d’installer des tables à langer dans les salles de toilettes de l’Assemblée nationale.

Ses collègues solidaires Sol Zanetti (Jean-Lesage) et Émilise Lessard-Therrien (Rouyn-­Noranda–Témiscamingue), qui a accouché le 28 juin, seront aussi en congé parental cet automne.

Habitation multigénération

Québec solidaire et Catherine Dorion réfléchissent au lien entre les générations depuis un bon moment. Plus que 38 semaines.

«La plupart des parents de jeunes familles, si leurs propres parents n’étaient pas là, ils seraient dans le trouble», s’esclaffe celle qui parle par expérience, étant déjà maman de fillettes de huit et bientôt six ans.

«Les vieux ne sont pas un fardeau! La grande majorité occupe une place très importante et a envie de s’impliquer, poursuit-elle. On l’a vu aussi avec les organismes communautaires pendant le confinement. Ils ont perdu la plupart de leurs bénévoles, souvent des retraités, et pouvaient difficilement fonctionner.»

De là l’idée de déployer des politiques pour rapprocher les différentes générations d’une famille ou d’une communauté.


« Les vieux ne sont pas un fardeau! La grande majorité occupe une place très importante et a envie de s’impliquer. On l’a vu aussi avec les organismes communautaires pendant le confinement. Ils ont perdu la plupart de leurs bénévoles, souvent des retraités, et pouvaient difficilement fonctionner »
Catherine Dorion, députée de Québec solidaire

QS demande la création d’un programme panquébécois géré par la Société d’habitation du Québec pour faciliter l’achat, la construction ou la transformation d’immeubles, de plex ou de maisons intergénérationnelles.

Belle façon de garder les aînés à la maison plus longtemps.

Les programmes existants relèvent des municipalités et sont inégaux d’un endroit à l’autre.

Pour ceux qui n’ont pas l’argent ou la famille, Mme Dorion et son parti proposent la création de coopératives d’habitation intergénérationnelle pour la «mise en commun des capacités et des besoins de chacun».

Favoriser l’implication

Elle demande de plus que le gouvernement provincial débloque des sommes pour favoriser l’implication bénévole des aînés dans leur communauté. Dédier une enveloppe pour tisser les liens entre les personnes âgées d’un quartier et leur centre communautaire, l’école du coin, etc.

«Par exemple, sous la supervision des éducatrices du service de garde, on aurait des aînés qui viennent à l’école donner des cours individuels aux enfants. Du tricot ou du piano, mettons. Ou des aînés qui donnent des cours de français aux immigrants qui viennent d’arriver. Ça se fait déjà, mais ça doit venir avec une poussée politique qui encourage et fait connaître ces actions», indique la députée solidaire.

«Il y a plein d’aînés qui ont des solutions, qui sont encore en forme. Il y a des leaders là-dedans et plein qui ont du temps, enfin!»

La population de Taschereau est plus vieille que la moyenne québécoise avec 14,2 % de ses citoyens âgés de 70 ans et plus, contre 12,3 % pour l’ensemble du Québec. L’âge moyen dans Taschereau est de 45,4 ans, quatre ans de plus que la moyenne provinciale de 41,4 ans.

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TRAMWAY: «ÇA ME FAIT DE LA PEINE»

Le gouvernement Legault voudrait enterrer le projet de tramway à Québec qu’il ne s’y prendrait pas autrement, selon Catherine Dorion.

«La CAQ tient le projet dans ses mains et se dit : “Je vais m’organiser pour qu’il ne passe pas avant les élections municipales [de 2021] et je vais miser sur mon bon cheval aux municipales”», affirme la députée de Québec solidaire dans la circonscription de Taschereau, au centre-ville de Québec.

<em>Le Soleil</em> a rencontré Catherine Dorion au parc Bardy, dans Maizerets, quartier où elle vient d’emménager.

La semaine dernière, l’administration de la Ville de Québec a demandé un feu vert le plus rapide possible de la part du gouvernement provincial afin de passer à la prochaine étape d’appel de propositions.

La réponse est venue cette semaine de deux ministres, celui des Transports et celle responsable de la Capitale-Nationale. Qui vont attendre le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avant de franchir le prochain pas. Rapport attendu au plus tard le 5 novembre.

Comme l’appel de propositions dure de 12 à 14 mois, les prochaines élections municipales, le 7 novembre 2021, pourraient prendre à Québec l’allure d’un référendum sur le tramway.

«Ça me fait de la peine», laisse tomber Mme Dorion. «Pourquoi tout à coup, on dit : “Faut que ce projet-là passe aux élections”? On ne fait pas ça pour les projets routiers! Mais il y a eu une campagne poussée ou même peut-être menée par les animateurs des radios privées, qui disent : “Ce projet-là, on le coule.” Ils sont des influenceurs politiques très puissants dans la ville.»

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Le projet est loin d’être parfait, reconnaît la députée solidaire. Raison de plus pour l’améliorer et non de le détruire, croit-elle.

«Les gens de Québec qui veulent le tramway, qui veulent une ville avec plus de transport actif et de transport en commun, va falloir qu’ils s’activent. Ceux qui veulent juste une ville plus humaine, moins bruyante, plus simple doivent se mobiliser», dit-elle.