Cas extrême de cruauté envers des animaux

SHERBROOKE — La délibération n’a pas été longue pour reconnaître Joseph-David Charles coupable de cruauté envers les animaux à Lac-Mégantic.

Au terme de son procès tenu récemment, l’homme de 29 ans a été reconnu coupable d’avoir omis de fournir à trois animaux les aliments, l’eau, l’abri ainsi que les soins convenables et suffisants à deux chiens et un chat.

Le juge Conrad Chapdelaine de la Cour du Québec a même retenu à partir de la preuve accablante qui lui a été présentée que Charles avait causé la mort de l’un des deux chiens trouvés dans son logement de Lac-Mégantic.

Ce facteur aggravant sera retenu contre lui lors des observations sur la peine qui se dérouleront en mars 2019.

Les inspecteurs de la SPA de l’Estrie avaient dû intervenir de toute urgence le 31 janvier dernier pour porter secours aux trois animaux amaigris à la suite d’une plainte d’une personne de l’entourage de Charles.

Les deux chiens et le chat se trouvaient dans un état critique. Ils ont été transportés dans un refuge pour recevoir les soins de vétérinaires.

L’un des deux chiens, un boxer croisé d’à peine quatre ans, qui pesait 16 kilos alors que le poids normal est de 35 kilos, a dû être euthanasié.

Une vétérinaire est venue témoigner au procès pour expliquer l’état des animaux qui ont été retrouvés dans un état squelettique. L’état de déshydratation fortement avancé dans lequel se trouvait l’un des chiens ainsi que sa faible température corporelle indiquait que le chien était tout simplement en train de mourir.

Affamés durant au moins six semaines

Les trois animaux ont été évalués en fonction d’une échelle surnommée « état de chair » où l’obésité extrême est de 9/9 alors que la normalité est à 5/9. Le boxer croisé, qui a été euthanasié a été évalué à 0/9, une première dans la carrière de la vétérinaire qui a vu l’animal.

L’autre chien de race Teckel a reçu 2/9 sur l’échelle et ne pesait que la moitié de son poids normal. Quant au chat, il a été placé à 3/9 sur l’échelle.

Dans son témoignage en défense, l’accusé a tout nié avant de mentionner du bout des lèvres qu’il avait oublié de nourrir ses animaux quelques jours. Selon la vétérinaire entendue au procès, il a fallu au minimum six semaines sans nourriture pour les animaux atteignent une telle condition.

Dans sa décision, le juge a indiqué qu’il ne croyait aucunement la version de l’accusé en ajoutant qu’il considérait qu’il avait commis ces gestes volontairement.

Il a aussi reproché à l’accusé de ne pas avoir saisi la perche tendue par la SPA qui était entrée en contact avec lui à la mi-janvier.

L’accusation d’avoir abandonné en détresse ou volontairement négligé ou omis de fournir les aliments, l’eau, l’abri et les soins convenables et suffisants à un animal est passible d’une peine maximale de 5000 $ ou d’un emprisonnement de six mois.

Joseph-David Charles demeure en liberté sous conditions à la suite de son plaidoyer de culpabilité. Un rapport présentenciel a été demandé dans son dossier.

Étant donné que cette accusation se trouve au sommet des crimes envers les animaux, la procureure aux poursuites criminelles Me Isabelle Dorion pourrait demander une peine d’incarcération.

C’est Me Julie Beauchemin qui assure la défense de l’accusé.

Joseph-David Charles a refusé de l’aide

Joseph-David Charles n’a pas saisi la bouée de secours lancée par les inspecteurs de la Société protectrice des animaux de l’Estrie (SPA-Estrie) qui ont communiqué avec lui deux semaines avant la saisie des animaux retrouvés dans un état rachitique.

La porte-parole de la SPA-Estrie, Geneviève Cloutier, affirme qu’il ne faut pas hésiter à demander de l’aide si des difficultés financières ou toute autre raison empêchent un propriétaire de nourrir ses animaux.

« Nous préférons aller chercher les animaux plutôt que de les laisser dépérir. Dans ce cas-ci, l’homme avait refusé notre aide. Il est difficile de comprendre pourquoi les gens font ça. Nous lui avions offert de prendre une entente avec Lac-Mégantic pour aller chercher les animaux », confirme Geneviève Cloutier.

Des condamnations criminelles rendues contre des personnes qui maltraitent les animaux demeurent un facteur qui incite à la dénonciation de telles situations.

« Rendre publics ces cas peut faire avancer les mentalités. Nous pouvons constater l’importance de la dénonciation afin de sortir des animaux de tels milieux où leur vie est mise en danger », signale Mme Cloutier.

Outre Joseph-David Charles, deux autres personnes ont été condamnées pour des cas extrêmes de cruauté envers les animaux en Estrie au cours des derniers mois.

En septembre dernier, Stéphane Houle de Coaticook a été condamné à quatre mois de prison ferme pour avoir négligé deux chiens et un chat durant plus de cinq mois.

Dans un autre dossier de cruauté envers les animaux, Mathieu Savignac a été condamné à quatre mois à purger dans la collectivité après avoir reconnu avoir volontairement négligé de fournir à son chien les soins convenables et suffisants en plus de l’avoir abandonné en détresse.

« Nous sommes contents que les peines soient de plus en plus importantes. Les tribunaux reconnaissent la gravité de ce type de crime envers les animaux. Dans le cas de Joseph-David Charles, il y a eu condamnation très rapidement, soit moins d’une année après le début du dossier », signale Geneviève Cloutier de la SPA-Estrie.

Cette troublante affaire de cruauté envers les animaux avait été révélée à la mi-janvier par la Société protectrice des animaux (SPA) de l’Estrie et Charles a été reconnu coupable en décembre.