Le ministre Pierre Dufour a annoncé mercredi, à Québec, le déploiement de la stratégie pour les caribous forestiers et montagnards. L’exercice mettra à profit les régions forestières avec un virage majeur en matière de transparence de la part du gouvernement du Québec.

Caribous forestiers: une stratégie d’ici 2023

QUÉBEC — Les gouvernements du Québec et du Canada s’entendent pour la mise en place d’une stratégie de rétablissement de l’habitat du caribou forestier d’ici 2023. Le ministre québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), Pierre Dufour, met les régions à contribution pour mener à bien cette démarche.

L’annonce a été faite mercredi, à Québec, en présence des représentants des municipalités, des syndicats, de l’industrie, des groupes écologistes (Nature Québec) et d’une haute fonctionnaire d’Environnement et changements climatiques Canada.

Le ministre a attiré l’attention sur des éléments majeurs de cette annonce. Ils concernent l’entente intervenue avec le gouvernement fédéral qui fait baisser la pression de plusieurs crans. « Cette entente se fait dans le respect des compétences provinciales », a précisé Pierre Dufour, tout en annonçant le maintien des approvisionnements actuels jusqu’en 2023.

Le ministre n’est pas allé jusqu’à promettre qu’il n’y aura pas d’impact sur les approvisionnements forestiers en 2023, mais insiste sur la volonté du gouvernement caquiste de mettre en place des mesures qui n’auront aucun impact économique. À la limite, Québec prévoit un programme de compensations financières pour supporter l’industrie advenant des impacts dans certains secteurs.

Le gouvernement a annoncé dans son dernier budget une enveloppe de 16 M$ pour compenser d’éventuels déplacements de chantiers forestiers si la situation l’exige.

Le ministre espère que la stratégie qui sera retenue puisse émaner des régions forestières du Québec et entend écouter attentivement ce qu’il entendra lors de sa prochaine tournée. « Nous voulons que la stratégie puisse faire l’objet de discussions franches et ouvertes », a soutenu le ministre lors d’un entretien avec Le Quotidien.

Cette tournée comprend la formation de comités régionaux des différents intervenants forestiers. Ces comités vont participer à la préparation de la stratégie québécoise. Le ministre sort ainsi le dossier des groupes restreints composés de fonctionnaires du ministère et de certains groupes de pression et chercheurs.

« Dans le contexte d’une stratégie globale s’inscrivant selon une vision tenant compte de tous les enjeux forestiers, nous désirons prendre les moyens nécessaires pour protéger les caribous forestiers et montagnards. Une vision que nous souhaitons collaborative et partagée au sein de la société québécoise, notamment grâce à l’apport des principaux acteurs concernés », a déclaré le ministre pendant son allocution tout en réitérant l’importance d’un équilibre entre la protection et la vitalité économique des régions forestières du Québec.

L’autre virage important dans tout le dossier du caribou forestier concerne la transparence du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Le gouvernement va mettre en ligne un nouveau site qui permettra aux citoyens de suivre l’évolution des travaux du gouvernement et surtout d’obtenir toutes les données pertinentes.

Le ministère publiera donc intégralement les rapports des inventaires aériens sur l’état des hardes. Québec entend d’ici l’an prochain avoir un portrait global des différentes hardes afin de mieux adapter les mesures de protection quand elles sont nécessaires.

Sur le plan scientifique, Québec a commandé une nouvelle étude sur l’impact des perturbations dans l’habitat du caribou. L’inventaire du caribou de 2012 dans le secteur du Pipmuacan, le plus perturbé du Québec, qui confirmait que la population avait pratiquement doublé, avait soulevé des questions importantes quant à cette problématique.

D’autre part, Québec ouvre aussi un nouveau volet scientifique avec l’hypothèse d’un impact sur les hardes provenant des changements climatiques. Ce qui rejoint l’opinion du biologiste Claude Villeneuve, spécialiste des changements climatiques, qui considère improbable que l’on puisse retrouver dans la forêt boréale d’aujourd’hui les mêmes conditions que celles qui prévalaient en 1850 alors que tout le Nord-est américain (le Maine, le Québec et l’Ontario) était sous l’influence de la fin de la petite ère de glaciation.

Quant aux stratégies de conservation, elles comprennent sensiblement les mêmes que celles développées par le gouvernement. Il reste maintenant à déterminer la façon d’appliquer ces stratégies et leur intensité dans la forêt boréale commerciale.

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RÉACTIONS

• Le portait le plus exact possible des hardes de caribous. La FIM-CSN entend veiller aux intérêts des travailleurs pendant tout le processus de développement de la stratégie qui sera mise en place à partir de 2023.

• La Société pour la nature et les parcs (SNAP) a qualifié de décevante la stratégie annoncée par le gouvernement du Québec pour la protection du caribou forestier en raison des échéanciers. L’organisme estime que Québec préconise trop les discussions et n’applique pas assez rapidement de mesures de protection. La SNAP invite le gouvernement à mettre en place les mesures intérimaires déjà annoncées et soutient que la planification à la pièce ne suffit pas.

• Le Syndicat Unifor accueille favorablement l’annonce du ministre Pierre Dufour. Selon Renaud Gagné, l’annonce de mercredi comporte un changement de cap intéressant de la part du gouvernement qui veut préconiser l’équilibre entre la protection du caribou et l’économie. Unifor soulève toutefois des questions sur le support prévu pour les entreprises affectées par d’éventuelles mesures. Le syndicat questionne le gouvernement sur ce qu’il adviendra du sort des travailleurs qui pourraient se retrouver dans des situations difficiles avec la mise en place de mesures.