En utilisant des véhicules motorisés sur les plages, les campeurs abîment les écosystèmes et favorisent l’érosion et le glissement de la plage.
En utilisant des véhicules motorisés sur les plages, les campeurs abîment les écosystèmes et favorisent l’érosion et le glissement de la plage.

Camping sauvage: Gaspé place ses plages sous surveillance

Au prise avec un problème de camping sauvage qui ne cesse d’empirer, la Ville de Gaspé durcit le ton. Elle financera la coordination de groupes de bénévoles afin de patrouiller les plages de la municipalité en martelant un seul message : respectez nos plages.

«C’est pas vrai que nos plages vont continuer à se faire démolir. On ne va pas endurer ça encore longtemps», lance le maire de Gaspé, Daniel Côté. Dans les dernières semaines, il a dû intervenir à de nombreuses reprises dans ce qui s’appelle maintenant «le dossier des plages».

Depuis le déconfinement, les plages gaspésiennes sont prises d’assaut par des campeurs sauvages, créant beaucoup de mécontentement. Détritus, irrespect des lieux et utilisation de véhicules sur des milieux fragiles irritent notamment les riverains. Le maire a même qualifié certains secteurs des plages de «litières humaines».

La brigade sera formée de bénévoles de la communauté et devrait débuter ses opérations au cours des prochains jours. «On a déjà eu des messages de gens intéressés et on a notre première rencontre ce soir», explique le directeur général de Destination Gaspé, Stéphane Sainte-Croix. La ville a accordé une enveloppe de 10 000$ à l’organisme pour qu’il pilote ce projet.

Si la forme des interventions n’est pas tout à fait arrêtée, M. Sainte-Croix envisage que la brigade fasse une tournée en soirée et une en matinée, moments où les nomades s’installent et quittent la plage. «On veut sensibiliser les gens dans les moments les plus sensibles, soit l’arrivée et le départ. La cible, c’est vraiment la sensibilisation. On veut jaser avec le monde pour leur expliquer pourquoi on aime et on veut préserver nos plages, pas leur taper sur les doigts», ajoute-t-il.

Un problème qui prend de l’ampleur

Malgré ses nombreuses manœuvres, notamment l’installation d’affiches de prévention ou encore la coordination d’une intervention avec le ministère de l’Environnement et la Sûreté du Québec, M. Côté voit le problème prendre de l’ampleur et la grogne être de plus en plus forte dans la population. «Il y a trop de gens qui s’en foutent complètement, note Daniel Côté. Des gens campent littéralement devant les affiches d’interdiction!»

Le maire de Gaspé, qui est aussi vice-président de l’Union des municipalités du Québec, dénonce la lourdeur des procédures pour avoir le contrôle de la plage, par exemple via la négociation d’une entente de gestion des plages, comme c’est le cas dans seulement cinq MRC au Québec. «C’est pas vrai qu’on va porter sur nos épaules municipales un dossier où on n’a pas la marge de manœuvre légale pour agir!», laisse tomber le maire.

Celui-ci dénonce aussi un manque de ressources pour les municipalités qui doivent prendre la responsabilité des plages de leur territoire malgré elles. «Un des enjeux, c’est qu’on manque de ressources. De ressources humaines, financières, légales et techniques», déplore-t-il. Tout comme les citoyens, l’administration municipale se sent dans un cul-de-sac. «On a les mains liées dans un carcan légal. On ne peut pas inventer des pouvoirs qu’on n’a pas», explique M. Côté.

Indignation unanime

À l’instar de la population, de nombreux acteurs se sont prononcés afin de demander aux campeurs et aux différents paliers de gouvernement de se pencher sur la problématique. La nation micmaque de Gespeg, notamment, appuie Gaspé dans ses revendications et demande au gouvernement d’être plus proactif afin de protéger les plages.

«Sur les plages, le bois échoué, si important pour freiner les dommages de l’érosion, est brûlé sans conscience des conséquences. Certains oiseaux migrateurs sont dérangés à outrance sur leurs lieux de nidification. On ne compte plus les importants amoncellements de déchets qui jonchent les cours d’eau, les plages, et même les stationnements des haltes routières», note la nation dans un communiqué.

La députée péquiste de Gaspé, Méganne Perry Mélançon, déplore aussi la situation sur les plages de la péninsule. «Malgré qu’il soit permis par la Loi de camper sur les terres publiques, des débordements sont notés cette année et la situation est préoccupante», écrit-elle dans une publication Facebook.

La ville de Gaspé compte plus de 145 kilomètres de littoral sur son territoire.