Simon Genest-Mainguy, directeur général de l’entreprise Calèches Québec, dit avoir l’impression de s’être fait avoir dans les négociations avec ses employés.

Calèches Québec cesse ses opérations

L’entreprise Calèches Québec, dont les employés sont en grève depuis le 26 juillet, cessera ses opérations à la fin du mois d’octobre. Le directeur général de l’entreprise, Simon Genest-Mainguy, jette l’éponge en révélant avoir «perdu confiance» envers le comité de négociation et les délégués syndicaux représentant ses employés.

C’est la première fois que le dirigeant de Calèches Québec accepte de se confier plus largement à un média, lui qui n’avait presque pas commenté la situation depuis le déclenchement de la grève de ses cochers. M. Genest-Mainguy ne voulait pas «laver son linge sale en public». Mais la tournure des événements et la volonté de rectifier les faits l’ont finalement fait sortir de son silence.

«On a l’impression que tout a été tramé pour faire tomber l’entreprise», confie le directeur général de Calèches Québec, rencontré par Le Soleil au bureau de l’entreprise. M. Genest-Mainguy déplore avant tout l’attitude des deux délégués syndicaux, les cochers Vincent Boissonneault et Jacques Gignac, pendant les négociations. 

Lors de la conclusion de la dernière entente de principe, «les deux délégués m’ont dit que ça passerait et qu’ils étaient d’accord [avec l’entente], mais même eux ont voté contre», s’indigne le dirigeant, précisant que «le syndicat [des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce] et le ministère du Travail leur avaient proposé d’accepter l’entente». «Pour moi, c’est un gros morceau.»

M. Genest-Mainguy va plus loin en signalant que «ce n’est pas un hasard si aucun permanent du syndicat [TUAC] n’a témoigné dernièrement, ils ne contrôlent pas leurs membres». «Ce syndicat-là est noyauté, je ne peux pas voir autrement […] J’ai perdu confiance envers le comité de négos et les deux délégués. [Il y en a un qui] trame quelque chose avec quelqu’un qui va me racheter par en arrière», s’insurge le directeur général, en faisant référence à MM. Boissonneault et Gignac.

Avis de licenciement

Joint en début de journée lundi, le délégué syndical Vincent Boissonneault a indiqué au Soleil que Calèches Québec avait fait parvenir à ses employés cochers et palefreniers un avis de licenciement collectif «il y a quelques jours», indiquant par le fait même que l’entreprise cessait ses activités. 

S’il dit avoir d’abord été «éberlué» par ce rebondissement, M. Boissonneault a par ailleurs confié qu’il travaille avec d’autres sur la formation d’une coopérative afin que les cochers puissent poursuivre leurs activités. «On en est aux étapes préliminaires, à monter notre plan d’affaires. On va se mettre à la recherche de financement au cours des prochaines semaines», signale le délégué syndical, qui travaille pour Calèches Québec depuis 10 ans. 

Selon Vincent Boissonneault, la direction de Calèches Québec n’a «ni la compétence, ni la capacité, ni la volonté réelle d’opérer cette entreprise-là» et ne se surprend pas des difficultés financières qu’elle connaît. 

Questionné à savoir si la coopérative en gestation souhaiterait se porter acquéreur des chevaux et calèches que possède Calèches Québec, le délégué syndical a répondu que cela dépendrait si l’entreprise «souhaite vendre à un prix raisonnable».

De son côté, Simon Genest-Mainguy a révélé avoir déjà été contacté par une personne intéressée à acheter son entreprise. «Il y a deux mois et demi environ, c’est venu à mes oreilles qu’il y aurait un ancien propriétaire de calèches qui allait éventuellement communiquer avec nous autres pour acheter notre entreprise et qu’on allait se faire enfirouaper avec ça. C’est un ami très, très, très proche [du délégué syndical] Jacques Gignac», signale M. Genest-Mainguy, sans le nommer. 

Le directeur général de Calèches Québec ajoute avoir finalement reçu cet appel la semaine dernière et avoir eu une rencontre. «J’ai rencontré déjà cette personne-là qui m’a dit être intéressée à acheter mon entreprise et qu’elle avait déjà des partenaires d’affaires. Je ne lui ai pas dit que ce n’était pas à vendre et je ne lui ai pas dit que c’était à vendre, j’ai écouté.»

S’il indique ne pas savoir ce qu’il va se passer dans les prochaines semaines, le dirigeant de Calèches Québec confie avoir «l’impression de me faire fourrer, en bon québécois, malheureusement». «Je pense que le but c’était d’écraser l’entreprise et de se servir du syndicat pour amener l’entreprise en conflit de travail où l’argent ne rentre plus […] Ça fait quatre ans qu’on injecte de l’argent dans l’entreprise et qu’on est déficitaires, à un moment donné, ça n’a plus de bon sens», conclut-il.

Rappelons que Calèches Québec possède 14 des 17 permis de calèches à Québec.