Brancher le Québec... au plus vite!

De son domicile, le président de la Fédération québécoise des municipalités (FMQ), Jacques Demers, a appelé Le Soleil à partir de son téléphone fixe.

«Mon cellulaire ne rentre pas», déplore le maire de Sainte-Catherine-de-Hatley en ajoutant qu’en soirée, sa connexion Internet flanchait toutes les 20 minutes.

«Il faut débrancher le routeur et puis le rebrancher pour que la connexion se remette en marche, avant qu’elle ne nous abandonne une nouvelle fois 20 minutes plus tard. Avec trois adolescents dans la maison, disons que ça cause quelques frustrations.»

Sainte-Catherine-de-Hatley, ce n’est pas au bout du monde. La municipalité de 2600 habitants — sa population grimpe à plus de 4000 durant la saison estivale — est située tout juste entre Sherbrooke et Magog.

«Lorsqu’une famille ou une entreprise désire s’installer chez nous, la première chose qu’elle demande, c’est l’état de la connexion Internet. À regret, nous sommes obligés de lui répondre que certains secteurs plus isolés de la municipalité ne bénéficient pas des services Internet haute vitesse. Si vous désirez faire du travail à domicile, vous êtes mieux de ne pas vous établir dans certaines zones de notre belle municipalité.»

La FMQ, qui représente les intérêts des municipalités locales et régionales, n’a rien à redire contre le programme Québec branché du gouvernement du Québec. Ou très peu.

«Il reste encore un bon bout de chemin à parcourir», commente Jacques Demers. «Lorsqu’un gouvernement décide de brancher un territoire, il doit le faire au complet. Pas à la pièce comme il fait actuellement. Et le critère de rentabilité ne doit pas influencer la décision d’une entreprise de télécommunication et des gouvernements de fournir les services Internet haute vitesse dans des coins de pays moins peuplés du territoire.»

C’est pourquoi la FQM demande aux partis politiques qui croiseront le fer lors de la campagne électorale de s’engager à «pourvoir le Québec d’un plan de développement d’accès à la téléphonie cellulaire qui fera en sorte d’assurer une couverture complète des régions et des municipalités.»

Selon elle, «les régions doivent pouvoir bénéficier des mêmes occasions favorables que les grands centres en matière de développement économique, de qualité d’infrastructures, de même que de branchement à Internet et au réseau cellulaire. C’est une condition essentielle pour assurer le développement de leur plein potentiel.»

Enveloppe de plus de 100 millions $

Le programme Québec branché a été lancé en décembre 2016 pour que les citoyens et les entreprises des régions rurales et éloignées puissent avoir accès à des services Internet haute vitesse de qualité à un coût comparable à celui observé en milieu urbain.

Pour le gouvernement, un service Internet haute vitesse prévoit un débit de téléchargement d’au moins 5 mégabits par seconde (Mbps) et un débit de téléversement d’un moins 1 Mbps.

À partir d’une enveloppe d’un peu plus de 100 millions $, Québec contribue au financement des infrastructures numériques de distribution.

Il le fait en collaboration avec le gouvernement fédéral qui a accouché d’une initiative similaire. Le programme Brancher pour innover d’Ottawa prévoit des investissements de 500 millions $ d’ici 2021.

En avril 2017, le gouvernement du Québec évaluait qu’il y avait plus de 340 000 foyers dans la Belle Province qui étaient mal ou non desservis.

Québec branché est un programme temporaire dont les 88 projets approuvés — sur les 247 analysés — doivent être achevés au plus tard le 31 mars 2021.

Alors que le gouvernement du Québec estime qu’un service Internet haute vitesse prévoit un débit de téléchargement d’au moins 5 Mbps et un débit de téléversement d’un moins 1 Mbps, la FQM avance que c’est trop peu.

Elle s’inspire de la décision du CRTC qui vient de rehausser le seuil minimal de téléchargement à 50 Mbps. «Nous sommes encore loin de ça», juge Jacques Demers.

«Le seuil minimal fixé par le CRTC représente une cible pour 2021», répond le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Alimentation dans sa documentation sur le programme Québec branché.

«Aujourd’hui, plusieurs télécommunicateurs sont en mesure d’offrir des débits de l’ordre de 50 Mbps en téléchargement, mais dans plusieurs régions en milieu rural, un tel débit représente, pour le télécommunicateur en place, des investissements de rehaussement d’équipement de distribution assez importants.»

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Programme Québec Branché en chiffres

102 millions $
Investissement prévu par le gouvernement du Québec

87 millions $
Investissement prévu par les promoteurs

88
le nombre de projets approuvés

84 295
le nombre de foyers ciblés

4387
le nombre d’entreprises ciblées

Source: Ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation

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Comme sur un chemin de gravier...

«C’est comme si vous rouliez sur un chemin de gravier alors que tous vos compétiteurs filent à vive allure sur l’autoroute !»

Pour Bruno Leblanc, directeur des affaires provinciales pour le Québec à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), voilà comment on peut expliquer la différence, pour une PME, d’avoir une connexion Internet haute vitesse ou pas.

«Nous sommes déjà dans l’ère digitale et l’accès à la haute vitesse, c’est la base pour une entreprise», avance M. Leblanc.

À l’instar de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), la FCEI, qui compte 110 000 membres au pays, lève son chapeau au gouvernement du Québec pour la création du programme Québec branché.

«Le Québec va dans la bonne direction, mais il serait préférable qu’il pèse un peu plus sur l’accélérateur», affirme le représentant de la FCEI au cours d’un entretien avec Le Soleil.

«Il y a encore trop de zones, dans nos villes et villages, qui n’ont pas encore accès à la haute vitesse», ajoute Philippe Mailloux, directeur général du CLD de Lotbinière. «Je pense, notamment, à des producteurs agricoles qui ne peuvent pas robotiser leurs opérations puisque la fibre optique ne se rend pas à eux.»

Compétitivité menacée

En 2016, un sondage réalisé par la FCEI auprès de 950 de ses membres révélait que 30% des chefs d’entreprise estimaient que leur connexion Internet est trop lente, trop chère ou instable.

«À savoir pourquoi leur entreprise n’avait pas une meilleure connexion, plus de la moitié d’entre eux ont répondu qu’il n’y avait tout simplement pas de meilleur service disponible dans leur région», signale Bruno Leblanc.

Et les conséquences peuvent être dramatiques pour les PME et miner leur efficacité opérationnelle et leur compétitivité.

«Les propriétaires de PME nous ont dit qu’une mauvaise connexion Internet restreignait leur accès aux technologies Web permettant d’améliorer leurs opérations, rendait difficile le maintien d’une bonne communication avec les clients et les employés et limitait la capacité à vendre les produits en ligne», énumère Bruno Leblanc.