Le 53e Salon international de l'aéronautique du Bourget se déroulera sur fond de rumeurs entourant ce qui attend le programme des CRJ de Bombardier — qui a grandement contribué à sa croissance dans les années 90.

Bombardier au Bourget: la fin d'une époque?

Le 53e Salon international de l'aéronautique du Bourget, qui prendra lundi son envol à proximité de Paris, pourrait marquer la dernière visite de Bombardier comme joueur dans l'aviation commerciale.

Ce rendez-vous international réunissant les plus importants acteurs de l'industrie aéronautique se déroulera sur fond de rumeurs entourant ce qui attend le programme des CRJ de l'avionneur québécois — qui a grandement contribué à sa croissance dans les années 90.

Divers reportages ont suggéré que Le Bourget pourrait constituer l'occasion d'annoncer une transaction entre Bombardier et Mitsubishi, qui ont confirmé des discussions à propos de ce programme.

En ce qui a trait à Bombardier, une entente confirmerait son retrait de l'aviation commerciale, après avoir cédé le contrôle de la C Series (rebaptisée A220) à Airbus puis vendu les avions à hélices Q400 pour 300 millions $US.

Toutefois, depuis que Mitsubishi a confirmé son intérêt pour le CRJ, elle a indiqué son intention de dévoiler, à Paris, son avion qui doit justement concurrencer cet appareil. Le MRJ, qui sera dorénavant appelé SpaceJet, devait effectuer son entrée en service en 2013, mais son développement a été marqué par d'importants retards.

Tournée d'adieu

Selon le directeur du groupe d'études en management des entreprises en aéronautique à l'UQAM, Mehran Ebrahimi, Le Bourget pourrait en quelque sorte représenter une «tournée d'adieu» pour le constructeur d'avions et de trains en raison de sa volonté de délaisser le secteur de l'aviation commerciale.

À son avis, la société devrait profiter de son passage dans l'Hexagone pour continuer d'expliquer qu'il était nécessaire, afin d'assurer sa pérennité, d'effectuer un virage plus prononcé vers le secteur des avions d'affaires.

«Ils vont certainement mettre l'accent sur la famille de jets d'affaires, dont le Global 7500, a-t-il expliqué, au cours d'une entrevue téléphonique. Bombardier va renforcer son expertise dans ce secteur.»

La première présence de Bombardier au Bourget remonte à 1987, alors que la compagnie avait dépêché un avion d'affaires Challenger 601.

Cette année, le seul appareil de l'avionneur qui sera présent en sol français sera le Global 7500 — le jet d'affaires au coeur de son plan de redressement. L'an dernier, au Salon international de l'aéronautique de Farnborough, au Royaume-Uni, on pouvait voir un CRJ, un Q400 ainsi qu'un jet d'affaires Global 6000.

«Si le plan de Bombardier fonctionne, la compagnie sera davantage (...) à des événements destinés aux avions d'affaires comme les salons Ebace (Suisse) et de la National Business Aviation Association, a estimé l'analyste Richard Aboulafia, de la firme américaine Teal Group, au cours d'une entrevue téléphonique. Il n'y aura pas vraiment de raisons de continuer d'aller au Bourget et à Farnborough.»

Interrogé, un porte-parole de Bombardier, Simon Letendre, a indiqué par courriel que dans la foulée du virage effectué vers les avions d'affaires, la société n'avait pas remis en question sa présence au Bourget ni à Farnborough.

S'il convient que la présence de l'avionneur ne sera plus ce qu'elle était, M. Ebrahimi estime que la compagnie devrait néanmoins continuer à se faire voir lors du plus important salon aéronautique de l'année.

«Le Bourget et Farnborough sont d'excellentes vitrines, a-t-il estimé. Si Bombardier n'était pas là, cela pourrait envoyer un mauvais message, comme si l'entreprise n'était plus vraiment dans le coup.»

Le directeur du groupe d'études en management des entreprises en aéronautique à l'UQAM a rappelé que Bombardier, grâce à sa participation minoritaire dans le programme de l'A220, pourra continuer à tirer profit si des commandes sont annoncées, ce qui, à son avis, devrait se produire.

Des observateurs estiment qu'il est possible que le transporteur américain à bas prix Spirit Airlines décide d'annoncer une commande qui pourrait dépasser 100 appareils. L'A220 serait parmi les finalistes considérés.

En début d'année, les transporteurs JetBlue et Moxy, qui avaient annoncé des engagements l'été dernier à Farnborough, ont confirmé des commandes fermes pour 120 appareils, alors que le transporteur national de Vanuatu a commandé quatre avions en février.

Comme cela est souvent le cas, Québec et Ottawa seront présents au Bourget.

Le ministre québécois de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, des représentants d'Aéro Montréal, ainsi que de nombreuses compagnies du secteur québécois de l'aérospatiale, prendront part à l'événement. Du côté fédéral, c'est le ministre de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, qui a été désigné.