Jean-Philippe Blanchette est arrivé avec un grand sac rempli de vêtements, sachant qu’il était pour prendre le chemin de la détention.

Blanchette au pénitencier pour 30 mois

Jean-Philippe Blanchette, coupable d’avoir conduit avec un taux d’alcool supérieur à la limite permise causant la mort de sa conjointe Kathleen Haché-Binette, prend le chemin du pénitencier pour 30 mois. Le juge lui impose également une interdiction de conduire de deux ans à sa sortie de prison.

L’homme de 37 ans, du chemin de la Réserve, a écouté attentivement la décision du juge Denis Jacques, de la Cour supérieure du Québec. Le magistrat a mis moins de 24 heures pour rendre la sentence dans ce dossier qui remonte au 15 août 2014.

Le magistrat a précisé qu’une peine de 30 mois de détention s’inscrit dans les sentences considérées comme clémentes (18-36 mois), mais qu’il a tenu compte du contexte de cette soirée fatidique. La peine doit être proportionnelle à la gravité des infractions et au degré de responsabilité de l’accusé.

« Ce qui s’annonçait comme une soirée d’amoureux pour célébrer six mois de fréquentation s’est plutôt terminé en drame », a d’abord mentionné le juge Jacques.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) demandait de 48 à 60 mois de détention, alors que le criminaliste Luc Tourangeau optait plutôt pour une sentence de 18 mois.

« La suggestion de la défense ne répond pas aux principes de dénonciation et dissuasion et ne tient pas compte de l’antécédent judiciaire », a lancé le juge avant de rendre la sentence.

« Du côté de la Couronne, la suggestion est trop sévère en raison des circonstances de cet accident. La peine imposée ne changera rien à la situation et ne ramènera pas Kathleen Haché-Binette », a indiqué le magistrat.

Dans sa décision, le juge Jacques a retenu que l’accusé a présenté un rapport présentenciel positif, qu’il représente un risque de récidive amoindri, qu’il est un actif pour la société, un père de famille et un bon employé.

Mais il ajoute qu’il a un antécédent de conduite avec les facultés affaiblies (garde et contrôle) et qu’il n’a pas suivi les règles de la sécurité routière par la suite. Il présentait un taux d’alcool de .142 le soir du drame, il a conduit en sachant qu’il avait consommé et une personne est décédée des suites de sa conduite fautive.

Rappel

Le juge de la Cour supérieure du Québec a précisé que l’accident est survenu vers 21 h 30, à la noirceur, et que le conducteur s’est trompé de chemin au retour. Le véhicule, aux pneus surdimensionnés, est tombé dans un ravin d’une dizaine de mètres, a fait quelques tonneaux et s’est écrasé au bas de cette pente de 68 pour cent de dénivelé. 

« Il voulait aller rejoindre la voie publique. Il n’y avait aucune indication sur le site. Le véhicule s’est retrouvé au bas du ravin. Il s’agissait d’une activité commune qui s’est terminée avec des conséquences dramatiques. »

« La victime et le conducteur n’étaient pas attachés. La tête de Kathleen Haché-Binette a frappé une barre métallique, lui causant un traumatisme crânien », a rappelé le juge.

Juste avant que Jean-Philippe Blanchette ne soit reconduit par un constable spécial vers le bloc cellulaire, le juge lui a souhaité bonne chance.

« Merci », a répondu l’accusé.

Francine Haché, la mère de la victime Kathleen Haché-Binette, accepte la sentence de 30 mois imposée par le juge.

«Ça ne ramènera pas ma fille»

« Comme le grand-père de Laurence (la fille de la victime) l’a dit, personne n’est gagnant. Ça ne ramènera pas ma fille, même s’il avait eu cinq ou six ans. Je voulais la justice et je l’ai eue. C’est ce que l’on voulait et j’accepte ce que le juge a donné comme sentence », a commenté Francine Haché, la mère de Kathleen Haché-Binette, quelques minutes après le prononcé de la sentence.

« Il n’y a aucune joie, pas de “youppi”. Il n’y a pas de satisfaction. Ça ne ramènera pas ma fille. La peine de 30 mois est satisfaisante. En tant que mère, j’ai un peu d’empathie », poursuit Mme Haché, qui a répété qu’elle aurait aimé que l’accusé y pense à deux fois avant de prendre le volant ce soir-là.

Mme Haché espère que les conducteurs qui prennent le volant après avoir bu, un fléau dénoncé encore une fois par un juge, comprendront.

« La loi a prévu que c’était à .08. S’ils ont mis ça à .08, c’est qu’ils savent qu’après ça, ce n’est pas aussi vite dans le cerveau, c’est lent et on ne pense pas pareil », note Mme Haché.

« Les gens se croient invincibles. Je sais ce que je fais, je sais où je m’en vais, se disent-ils. Ils pensent savoir qu’ils sont capables. Mais les facultés sont affaiblies dans le cerveau. Ce n’est pas pareil. Les gens ne comprendront jamais, à moins d’avoir des lois sévères », indique-t-elle.

Avocats satisfaits

Tout en admettant que la peine aurait pu être plus sévère ou plus clémente, les procureurs Jean-Sébastien Lebel (Couronne) et Luc Tourangeau (défense) croient que la peine est appropriée.

« C’est une peine qui respecte les paramètres jurisprudentiels et qui entre dans la première fourchette de peine. Il ne faut pas oublier que les circonstances dans lesquelles Kathleen Haché-Binette a trouvé la mort sont assez exceptionnelles. Ce n’est pas un cas où les circonstances sont très aggravantes. Il n’y a pas de vitesse, l’activité s’est déroulée dans un terrain déjà accidenté et dans des conditions risquées. Nous ne sommes pas dans un cas où un chauffard roule à 200 kilomètres à l’heure et qui auraient fauché trois piétons », de dire Me Lebel.

Du côté de la défense, Me Luc Tourangeau croyait que sa suggestion de 18 mois de détention lui apparaissait appropriée.

« On aurait pu espérer quelques mois de moins, mais dans l’ensemble, je pense que nous sommes satisfaits de cette décision. Le juge a fait l’exercice adéquat d’analyser les circonstances de ce dossier-là. Elles étaient particulières en raison de l’antécédent judiciaire et surtout le décès de Mme Haché-Binette », a admis Me Tourangeau.

« M. Blanchette a fait face à la situation depuis le début. Il a eu l’occasion de donner ses explications et il comprend très bien la situation. Il est conscient de la gravité et surtout que c’est un drame et que ça va lui demeurer en tête toute sa vie », a commenté le criminaliste.