Alexandre Bissonnette a été arrêté à proximité de la bretelle menant au pont de l'île d'Orléans.

Bissonnette au 9-1-1: «c'est moi qui étais à la mosquée»

— 9-1-1 Ville de Québec?

— Euh, oui, c’est moi qui étais à la Mosquée tantôt.

— Pardon?

— J’ai dit c’est moi qui étais à la Mosquée tantôt.

— C’est vous le tireur?

— Oui.

Jamais le répartiteur Simon Labrecque, avec ses deux années d’expérience, n’a paru désarçonné par l’appel d’Alexandre Bissonnette, à 20:09 le 29 janvier 2017, soit moins de 15 minutes après la tuerie, alors que des dizaines d’appels de victimes et de citoyens déferlent à la centrale 9-1-1.

D’une voix calme et ferme, Simon Labrecque va établir un lien avec le tueur et le garder en ligne durant 50 minutes, le temps que les policiers organisent son arrestation. Et ce n’est pas tâche facile car tout ce que Bissonnette veut, c’est sortir de son véhicule et s’enlever la vie.

Sur les conseils du répartiteur, Bissonnette immobilise le Mitsubishi RVR de son père dans une bretelle d’autoroute, près du pont de l’île d’Orléans. Le jeune homme répète qu’il veut se rendre. Rapidement, Bissonnette parle de sortir du véhicule pour se suicider avec le pistolet Glock qu’il a lancé sur la banquette arrière. «Alex tu restes avec moi, tu me le jure? Tu ne te tires pas une balle dans la tête», insiste Simon Labrecque.

Bissonnette n’en démord pas. «Les policiers vont me tirer de toute façon!» Bien sûr que non, répond le répartiteur.

Après six minutes de conversation, Simon Labrecque demande au jeune homme «pourquoi tu as fait ça?». Bissonnette répond tout simplement qu’il ne file pas.

Bissonnette confie à son interlocuteur qu’il a bu de l’alcool. Plus tard, il s’en veut d’avoir bu. Lors de son arrestation, les policiers sentent une odeur d’alcool sur leur suspect.

«J’ai pas blessé personne?»

À quatre reprises au cours de la conversation, Alexandre Bissonnette demande s’il a fait des blessés. «Je veux savoir!»

Simon Labrecque élude la question, en disant qu’il n’a pas eu le temps de se renseigner et que les policiers pourront bientôt répondre à ses questions.

Une main sur le volant, l’autre sur son téléphone, Alexandre Bissonnette attend impatiemment les policiers. «Je veux sortir, je veux que ce soit fini! C’est terminé pour moi, ok?»

Le répartiteur Simon Labrecque répond à ses questions et le calme. «Si tu fais exactement ce qu’on va te dire, ça va bien aller. Tu vas coopérer?» À chaque fois, Bissonnette répond docilement «ok».

Par moment, Bissonnette pleure et gémit. Plus tard, il a un rire nerveux.

Durant de longues minutes, le répartiteur fait patienter le meurtrier en lui parlant de ses études en sciences politiques, de ses activités.

Alexandre Bissonnette raconte être un joueur d’échecs depuis l’adolescence. Son jeu d’échecs en bois est encore sur la banquette arrière du Mitsubishi.

Bissonnette dit à Simon Labrecque qu’il a déjà passé un test pour devenir répartiteur pour les ambulances. Il a plutôt choisi un emploi chez Héma-Québec.

Simon Labrecque accompagne Alexandre Bissonnette jusqu’à ce que les policiers lui demandent de sortir du véhicule.

Tout comme les deux premiers policiers à intervenir sur les lieux de la tuerie, le répartiteur Simon Labrecque a reçu une citation d’honneur de la Ville de Québec pour son sang-froid exemplaire.