Coupable de conduite dangereuse causant la mort, l’agent François Laurin a pris le chemin de la prison, mais a été libéré une heure plus tard.

Aussitôt emprisonné, aussitôt libéré

Aussitôt emprisonné, aussitôt libéré. Un agent de la Sûreté du Québec en Outaouais qui a reçu une sentence de 12 mois de prison pour avoir provoqué la mort d’Éric Rompré, lundi, a été libéré une heure plus tard, à Gatineau.

Coupable de conduite dangereuse causant la mort, l’agent François Laurin a pris le chemin de la prison dans la minute suivant le prononcé de la sentence du juge Maurice Parent, de la Cour du Québec. Toutefois, la Cour d’appel, le tribunal supérieur, l’a libéré sous certaines conditions, 60 minutes plus tard.

Le Droit a obtenu une copie de cette décision de la Cour d’appel.

L’avocat du policier en Cour d’appel, Me Tristan Desjardins, a déposé une « requête pour mise en liberté et suspension d’exécution de la peine. »

Autrement dit, la sentence qui devait être imposée lundi par la Cour du Québec est suspendue en attendant les conclusions de la Cour d’appel. 

Lorsque François Laurin a été déclaré coupable en janvier 2017, l’avocate de la défense, Me Nadine Touma, a interjeté appel du verdict sur la culpabilité de son client.

Entre-temps, le juge Parent a rendu sa sentence, alors que la contestation du verdict de culpabilité n’avait pas encore été entendue en Cour d’appel.

Le père de la victime, Richard Rompré, s’attendait à une telle décision de la Cour d’appel. « Pas surpris, dit-il. On savait qu’il faisait déjà appel du verdict sur la culpabilité. »

2012

François Laurin a percuté la petite Mazda d’Éric Rompré et de sa conjointe Marie-Ève Bossé, le 16 juin 2012, sur la route 148, près de Papineauville. Éric Rompré a perdu la vie et Mme Bossé a été grièvement blessée.

Le couple se rendait au Rockfest de Montebello, sur la route 148, quand la voiture de police a percuté leur petite Mazda, le 16 juin 2012.

Le policier répondait à un appel d’assistance à un collègue aux prises avec un homme intoxiqué, et filait à 182 km/h dans une zone de 90.

« Il n’y avait aucune justification pour que l’accusé adopte une pareille conduite téméraire, a commenté le juge Maurice Parent, lundi. L’appel pour lequel (le policier) répondait n’impliquait aucun danger important pour la vie ou la sécurité de qui que ce soit. L’accusé doit en assumer les conséquences. »

François Laurin n’a jamais parlé pendant son procès.

Lundi, il a gardé le même silence lorsque le juge lui a imposé une peine de 12 mois de prison, assortie d’une période de probation de deux ans, de 100 heures de travaux communautaires, et de la confiscation de son permis de conduire pour 30 mois.

DU PARDON FACILE AU PARDON AMER

Richard Rompré et Linda Noonan, avaient les yeux rougis par la tristesse, à leur sortie de la salle d’audience. «Déçue», dit Mme Noonan, étouffant un sanglot.

Les parents d’Éric Rompré pleurent encore ce jeune homme amoureux, plein d’avenir, tué dans une collision provoquée par le policier de la Sûreté du Québec François Laurin en 2012, à Papineauville.

François Laurin a reçu une sentence de douze mois de prison, lundi, au palais de justice de Gatineau. Cette sentence a toutefois été suspendue une heure plus tard par la Cour d’appel, qui doit trancher sur la validité de la déclaration de culpabilité.

Peu importe, ces procédures judiciaires ne redonneront pas Éric à sa famille.

Les parents de la victime sont tristes. Et très amers.

«Nous venons d’une famille de policiers, a raconté Richard Rompré. On savait que ce policier ne se levait pas le matin en disant ‘Je vais aller tuer quelqu’un’. C’est un accident.»

M. Rompré a contacté le supérieur du policier Laurin, dans les jours suivant l’accident. M. Rompré voulait transmettre le message indiquant que sa famille lui pardonnait.

«Ça, c’était avant l’enquête préliminaire et de savoir exactement tout ce qui s’est produit, a raconté Richard Rompré. Quand on a su que l’intervention n’était pas nécessairement une intervention d’urgence, que ce n’était pas nécessaire de rouler à 182 km/h... Le comportement du policier, qui s’est présenté comme une victime et qui n’a jamais exprimé aucun remords pendant le processus judiciaire... Ça fait qu’aujourd’hui, on a beaucoup de difficulté à pardonner.»