Simon Durivage animait la table ronde composée de Jean-Philippe Ménard, de la Banque canadienne de développement (BDC), de l’économiste Marc Duhamel et professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières, et de François Dubeau, du ministère du Tourisme.

Aucune donnée ne mesure l’impact du repreneuriat

MONTRÉAL — Si les statistiques sur les intentions de céder et de reprendre une entreprise existent, il n’y a rien de concret concernant les réalisations en repreneuriat. Il n’y a aucun moyen d’avoir un portrait fiable de cette réalité économique. Cette absence de données autant pour le Québec et le Canada qu’à l’international nuit aux développements des connaissances.

Pire encore, estime l’économiste Marc Duhamel et professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières, il n’y a pas moyen de mesurer l’effet du repreneuriat sur la création de richesse, encore moins de connaître les impacts sur les gains de productivité, sur l’innovation, ou sur la pérennité des entreprises.

«Nous devons pouvoir évaluer les enjeux et les impacts économiques du repreneuriat», clamait M. Duhamel lors de sa présentation pendant la table ronde du matin au Sommet international du repreneuriat qui se tenait au Palais de congrès de Montréal jeudi. 

Toutefois, le professeur Duhamel travaille actuellement sur une étude avec le Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ) pour que des données soient accessibles pour 2017 avec un suivi pour les années à venir.

De son côté, Jean-Philippe Ménard, de la Banque canadienne de développement, soulignait les pièges à éviter du côté des cédants, car ils ont tendance à planifier leur sortie de l’entreprise trop tard ou ils le font dans un sentiment d’urgence qui nuit au transfert de la compagnie à d’autres dirigeants.

«Il faut non seulement bien planifier tout ce qui touche aux finances et aux ressources humaines, mais tout ce qui est nécessaire pour sécuriser le patrimoine de la compagnie», précise-t-il. 

L’industrie touristique

Parmi les secteurs économiques touchés par la nécessité d’assurer la relève des entreprises, il y a le secteur touristique, que ce soit l’hôtellerie, la restauration, le voyage ou les loisirs. D’ailleurs, le CETEQ a développé dans la dernière année un volet d’accompagnement pour ces types d’entreprises.

François Dubeau, du ministère du Tourisme, a insisté sur le potentiel énorme à saisir pour les repreneurs dans un univers qui génère 15 milliards $ de recettes annuellement pour quelque 32 000 entreprises au Québec. L’impact est de 9,9 milliards $ en produit intérieur brut pour 2,5 % de l’activité économique.

«Ces compagnies sont en croissance, expose-t-il. Plusieurs ont un chiffre d’affaires d’un million $ et comptent entre 50 et 100 employés. Cependant, un seul entrepreneur sur cinq a prévu sa relève alors que dans les prochaines années, 28% des entrepreneurs auront vendu, transféré ou fermé leur commerce.»

À la suite d’une entente avec le ministère du Tourisme, le CTEQ aura deux conseillers en transfert spécifiquement pour l’industrie touristique.

Nouveau fonds

Les repreneurs d’entreprise auront bientôt accès à un fonds d’investissement que créera le gouvernement du Québec avec une mise de 10 millions $ provenant en partie du Programme d’aide à la gestion entrepreneuriale du Québec et 15 millions $ des partenaires financiers,

Le Fonds de transfert des entreprises du Québec (FTEQ) sera administré par Investissement Québec avec la participation du Fondaction de la CSN, du Fonds de solidarité de la FTQ et de Desjardins tout en comptant sur la collaboration du Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ).

En même temps, le gouvernement a reconduit le mandat du CTEQ jusqu’en 2022 avec un financement de 16 millions $ pour continuer son travail d’accompagnement des cédants et des repreneurs dans le processus de repreneuriat.

Le CTEQ pourra compter sur l’aide de l’Institut du leadership pour la certification des conseillers en transfert d’entreprise qui travailleront dans les firmes comptables, les bureaux d’avocats ou comme indépendant. Cela permettra d’augmenter la force de frappe du CTEQ.

Vincent Lecorne, président-directeur général du CTEQ, a en même temps confirmé que le prochain Sommet international du repreneuriat aura lieu dans la région de Québec en 2019.