Le journaliste Antoine Trépanier à son arrivée au poste de police.

Aucune accusation contre le journaliste arrêté par la police de Gatineau

Aucune accusation criminelle ne sera déposée contre le journaliste de Radio-Canada Antoine Trépanier, arrêté la semaine dernière par le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) à la suite d’une plainte pour harcèlement criminel. Le chef Mario Harel reconnaît que l’arrestation n’aurait pas eu lieu si l’état-major avait été informé le soir même de la plainte, puisque le policier «n’a pas évalué correctement la situation».

La décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) est tombée en milieu d’après-midi, jeudi. «Après examen du rapport d’enquête produit par le [SPVG] à la suite de l’arrestation d’un journaliste de Radio-Canada», il a été conclu «qu’aucun acte criminel n’a été commis», a fait savoir le DPCP dans un bref communiqué.

Il n’y aura donc «aucune accusation criminelle» déposée dans ce dossier, a précisé le DPCP en soulignant que «la plaignante a été avisée du résultat de l’analyse du dossier» avant que cette décision ne soit rendue publique.

Antoine Trépanier avait été arrêté le mardi 13 mars, en fin de soirée, après que la directrice générale des Grands frères Grandes soeurs de l’Outaouais (GFGSO), Yvonne Dubé, eut porté plainte contre lui pour harcèlement criminel. Le journaliste de Radio-Canada Ottawa-Gatineau, qui avait été libéré le soir même sous promesse de comparaître, travaillait sur un reportage ayant révélé que Mme Dubé «s’est faussement présentée comme avocate et a pratiqué le droit sans autorisation», en 2011 et 2012.

En point de presse en réaction à la décision du DPCP, le chef du SPVG s’est engagé à faire «rapidement les ajustements» pour qu’une telle situation «ne se reproduise plus». Mario Harel a expliqué que «dans ce dossier, le policier a travaillé sur la seule foi des échanges qui ont eu lieu avec la victime ainsi que de sa déclaration». «Force est de constater que le policier n’a pas évalué correctement la situation, a-t-il dit. [...] La décision rendue par le DPCP confirme que les éléments de base qui constituaient une infraction n’étaient pas réunis.»

Devant ce constat, le SPVG a émis une directive pour que sa direction soit informée «sans délai de tout événement ou incident impliquant un journaliste», tandis qu’un «outil de référence» sera développé pour que les policiers puissent «mieux connaître les pratiques, les usages et les droits de la profession de journaliste».

L’arrestation d’Antoine Trépanier serait-elle survenue si la direction du SPVG avait été avisée de la plainte le soir même? «À la lumière du dossier [...], avec l’intervention que j’ai faite auprès des policiers, je pourrais vous dire que non», a laissé tomber le chef Harel.

Le SPVG n'a par ailleurs «aucune enquête en cours présentement concernant un méfait public» dans le dossier de la plainte déposée par Mme Dubé, a fait savoir M. Harel.

ANTOINE TRÉPANIER RÉAGIT

Antoine Trépanier s'est dit soulagé qu’aucune accusation ne sera déposée contre lui, mais il reste très amer contre la police de Gatineau. Des recours ne sont d’ailleurs pas écartés par son employeur.

«Quelle semaine», a laissé tomber d’entrée de jeu le journaliste, en conférence de presse jeudi après-midi dans les bureaux de Radio-Canada.

«Dans les dernières heures, j’ai pris connaissance de la décision du DPCP à mon sujet. Je tiens à le remercier d’avoir fait ses devoirs, et d’avoir pris le temps nécessaire pour rendre une décision juste dans les circonstances», a continué le reporter de 28 ans.

«La dernière semaine a été extrêmement difficile à bien des égards. Jamais durant mon reportage sur la directrice générale des GFGSO n’ai-je pensé un seul instant que ça se terminerait par une arrestation au SPVG», a ajouté M. Trépanier.

Antoine Trépanier était flanqué du directeur de Radio-Canada Ottawa-Gatineau, Yvan Cloutier, lors de la conférence de presse. L’employeur a toujours plaidé, à la suite de l’arrestation de son journaliste, que ce dernier «avait fait un travail irréprochable, dans le respect des normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada», a souligné M. Cloutier.

«Nous avons toujours cru la version d’Antoine, et nous aurions évidemment souhaité que cette version ait été entendue par la police avant qu’elle ne procède à son arrestation. Nous avons appuyé Antoine dès les minutes qui ont suivi son arrestation. Nous l’avons appuyé toute la semaine parce que nous savons que la liberté de presse doit être défendue bec et ongle par tous ceux qui ont les moyens de le faire», a tenu à préciser M. Cloutier.

L’arrestation du journaliste a fait les manchettes d’un bout à l’autre du pays, le SPVG s’attirant de sévères critiques de la part de juristes et de la communauté journalistique.

Le conseil d’administration des GFGSO avait pour sa part annoncé, lundi, qu’il accordait encore toute sa confiance à Mme Dubé, qui est donc encore en poste comme directrice générale de l’organisme.