Shana Dubé, une jeune femme de 18 ans de La Baie, raconte son combat contre l’anxiété et la dépression. Elle croit qu’il faut en parler davantage pour briser les tabous, encore bien présents au sein de la société.

Au-delà des tabous

« J’avais vraiment une belle vie, jusqu’à ce que tout pète. » Shana Dubé, une jeune Baieriveraine de 18 ans, est sortie de l’ombre, il y a quelques jours, en publiant une vidéo sur sa chaîne YouTube. La jeune femme tenait à raconter son combat contre l’anxiété et la dépression, qui l’a menée vers la pensée suicidaire, il y a de ça un an. Hospitalisée en pédopsychiatrie à l’été 2018, Shana Dubé espère que son témoignage brisera certains tabous, encore bien présents lorsqu’on parle de santé mentale.

Shana Dubé était en cinquième secondaire lorsque tout a commencé à chavirer. Touchée par l’anxiété depuis la tendre enfance, l’adolescente n’était plus en mesure de contrôler ni son stress ni son angoisse, qui se sont traduits en anxiété généralisée, en crises de panique, puis en dépression. La jeune femme a cessé d’aller à l’école au printemps, tellement elle était paralysée par son mal-être. C’était en avril 2018.

« J’ai toujours vécu de l’anxiété de performance, même lorsque j’étais au primaire. Mais ça allait bien, j’avais une belle vie, un chum qui me supportait, une meilleure amie et des parents qui étaient là pour moi. Mais un moment donné, vers la fin de l’année scolaire, c’était trop. Je travaillais sur le défilé de mode de l’école et j’ai tout abandonné, car les crises de panique et mon anxiété ne me lâchaient plus. Je me faisais plein de scénarios dans ma tête, j’angoissais sur tout, je devenais méchante et contrôlante », se souvient la jeune femme, qui a alors commencé à avoir des idées noires.

Shana Dubé, une jeune femme de 18 ans de La Baie, raconte son combat contre l’anxiété et la dépression. Elle croit qu’il faut en parler davantage pour briser les tabous, encore bien présents au sein de la société.

Elle en a fait part à ses parents. « Ma mère m’a presque amenée de force à l’urgence, car ça n’allait pas du tout. Il fallait que je voie un spécialiste », raconte Shana, qui consultait déjà une psychologue pour traiter son anxiété de performance. À ce moment, elle ne prenait pas de médication pour soigner ses troubles anxieux.

« À l’urgence, on m’a dit que c’était des crises d’adolescence et une forme de caprice. En sortant de là, j’étais tellement découragée, je me suis dit que même à l’hôpital, on ne pouvait pas m’aider », explique Shana Dubé.

À ce moment, les idées suicidaires se sont faites encore plus pesantes sur la jeune femme, qui venait à peine de célébrer ses 17 ans. « Je pensais à des plans. Je ne suis pas passée à l’acte, mais un jour, je me suis mis une ceinture autour du cou pour voir ce que ça faisait. Je ne suis pas allée plus loin, mais j’y pensais de plus en plus. Tout ce que je voulais, c’est que ça arrête. Et dans ma tête, je n’allais plus jamais revenir heureuse comme avant. Je restais à la maison, dans ma chambre. Je m’isolais et je ne voulais plus sortir. Je mangeais moins, je ne faisais que dormir ou bien je ne dormais pas », explique celle qui a demandé à ses parents, quelques semaines après sa première visite à l’urgence, de retourner à l’hôpital. Elle voulait de l’aide pour s’en sortir.

Shana Dubé a lancé une chaîne YouTube au cours de la dernière année. Sa plus récente vidéo parle de troubles anxieux et de suicide.

C’est à ce moment qu’elle a été hospitalisée en pédopsychiatrie, à l’hôpital de Chicoutimi. Elle y est restée quelques jours, puis a pu retourner chez elle. Mais elle a eu un suivi serré, puisqu’on lui a prescrit un antidépresseur et un anxiolytique, pour qu’elle arrive à sortir la tête hors de l’eau.

La médication faisant son effet après quelques semaines, Shana Dubé a commencé à aller mieux au milieu de l’été, vers le mois de juillet. « Ç’a duré un bon trois mois à vraiment mal aller. Je ne pensais jamais que ça irait mieux. Mon hospitalisation et la médication m’ont sauvé la vie. Je ne sais pas si je serais ici pour en parler si je n’avais pas eu ça », confie la jeune femme.

Shana Dube

« Au début, j’étais gênée de dire que j’avais des problèmes et que j’avais été hospitalisée en psychiatrie. J’étais gênée aussi de dire que je prenais de la médication, mais il ne faut pas avoir honte. »
Shana Dubé

Livrer un témoignage pour aider les autres

Un an plus tard, Shana a publié une vidéo via sa chaîne YouTube, dans laquelle elle explique en détail ce qui s’est passé au cours de la dernière année. Elle l’a fait pour qu’on parle davantage de santé mentale et de suicide chez les jeunes. Pour que ceux et celles qui souffrent n’aient pas honte d’en parler.

« Au début, j’étais gênée de dire que j’avais des problèmes et que j’avais été hospitalisée en psychiatrie. J’étais gênée aussi de dire que je prenais de la médication, mais il ne faut pas avoir honte. Si on est malade, on prend un remède. C’est la même chose avec la maladie mentale. Je voulais faire une vidéo avec un témoignage que j’aurais aimé entendre quand ça allait vraiment mal. Je voulais que les gens comprennent que ça peut s’arranger et qu’on peut guérir. C’est certain que j’ai peur de replonger, mais ça m’a aussi fait du bien d’en parler un an plus tard. Et si je peux aider ne serait-ce qu’une seule personne, je vais me dire mission accomplie », a expliqué Shana Dubé, qui a reçu plusieurs messages de félicitations, mais aussi des confidences d’autres personnes.

« Je ne veux pas avoir honte de ce que j’ai vécu », a confié la jeune femme.

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LE SPORT, LES ARTS ET LA ZOOTHÉRAPIE

Le sport et les arts ont beaucoup aidé Shana Dubé dans son combat contre l’anxiété et la dépression. Pratiquant le vélo de montagne et l’entraînement extérieur, la jeune femme s’est également beaucoup investie dans sa chaîne YouTube, où elle propose aux internautes des trucs modes et beauté, entre autres. Ce projet a eu un effet thérapeutique pour Shana, qui a d’ailleurs décidé de poursuivre ses études collégiales en Art et technologie des médias, au Cégep de Jonquière. 

« Me lancer dans ce projet de capsules m’a vraiment permis de me concentrer sur autre chose et de me changer les idées. J’aime beaucoup le maquillage et la mode, alors j’en fais des vidéos. Ça me passionne », souligne Shana Dubé, dont les vidéos impliquent parfois son petit frère, très présent pour sa grande soeur. 

Une vidéo fort amusante montre d’ailleurs le jeune garçon tentant de maquiller sa soeur, avec le résultat qu’on s’imagine. « C’est un moyen de m’exprimer, une forme de thérapie », souligne celle qui a également adopté un chien pour l’aider dans sa lutte contre l’anxiété. Le petit chien saucisse Cartouche est venu s’ajouter à Boby, un labrador croisé avec un golden de 10 ans.

« La zoothérapie m’a aussi beaucoup aidée. Prendre soin d’un animal apporte beaucoup », précise celle qui fera son entrée au département d’Art et technologie des médias à l’automne. Elle aimerait se diriger vers le domaine de la publicité ou celui du journalisme. Mais à son âge, elle n’est pas encore complètement certaine de ce qu’elle désire faire plus tard. 

« Disons que ma chaîne YouTube m’a montré que j’aimais le domaine des communications », a-t-elle ajouté. 

Son entourage a applaudi sa démarche de témoigner de ses épreuves via Internet, mais aussi dans le journal. « Mes parents me trouvent courageuse et ils sont fiers de moi. Mon petit frère a aussi beaucoup été là pour moi », confie Shana Dubé.