Attentes dépassées pour Bombardier

MONTRÉAL — Bombardier a dépassé les attentes au quatrième trimestre, ce qui faisait décoller son action en Bourse, mais des défis au sein de sa division ferroviaire l’obligent à céder du terrain à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Les cibles fixées - qui ne sont pas dévoilées publiquement - n’ayant pas été atteintes, la participation de l’institution dans Bombardier Transport a grimpé de 2,5 points de pourcentage pour s’établir à 30 pour cent, soit le seuil original dans le cadre de son investissement de 1,5 milliard $ US effectué en 2015.

L’accord prévoit que la participation des deux parties est ajustée en fonction de la performance de cette division.

Ce pas de recul pourrait vraisemblablement inciter l’entreprise québécoise à jouer de patience avant de décider de racheter la participation de la CDPQ, ce qu’elle peut désormais faire, dans Bombardier Transport.

«Nous continuons d’évaluer nos options, a dit son chef de la direction financière, John Di Bert, au cours d’une conférence téléphonique, jeudi. Il n’y a pas d’urgence dans l’immédiat.»

Alors que Bombardier entre dans la dernière année de son plan de redressement, qui doit culminer en 2020, elle tente de surmonter une série de problèmes découlant de projets de grande envergure en France, en Suisse, à Toronto et à New York.

Dans le but d’accélérer la production, l’entreprise a déployé beaucoup plus de ressources dans ses usines, ce qui avait plombé ses flux de trésorerie.

Son président et chef de la direction, Alain Bellemare, a voulu calmer le jeu en ce qui à trait aux cinq projets jugés problématiques, affirmant qu’ils ne témoignaient pas d’un problème «systémique».

«Je comprends que cela crée une déception», a-t-il néanmoins concédé.

En janvier, citant des problèmes de qualité, les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF) avaient notamment décidé de cesser d’accepter des trains livrés par Bombardier dans le cadre d’un contrat de 1,9 milliard $ US.

Bombardier a néanmoins semblé calmer certaines inquiétudes en affichant des flux de trésorerie de 1,04 milliard $ US au quatrième trimestre. Les analystes tablaient sur une cible d’environ 896 millions $.

Selon Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, le constructeur d’avions et de trains a été en mesure de calmer certaines craintes entourant sa division ferroviaire.

«La direction prévoit récupérer intégralement le montant de 300 millions $ US à 400 millions $ US affecté à son fonds de roulement (lié aux contrats problématiques) pendant la deuxième moitié de l’année», a écrit l’analyste dans un rapport.

La multinationale s’attend à tourner la page sur trois des contrats problématiques cette année, alors que les livraisons aux CFF et à la société allemande Deutsche Bahn devraient s’échelonner jusqu’en 2020.

La semaine dernière, Bombardier a également procédé à un autre changement à la tête de sa division ferroviaire en confiant les commandes à Danny Di Perna, qui prend la relève de Laurent Troger, après plus de trois ans en poste.

Des profits

En plus de réitérer ses prévisions pour l’exercice 2019, Bombardier a renoué avec la rentabilité au quatrième trimestre, affichant un profit net de 55 millions $ US, ou deux cents US par action, par rapport à une perte nette de 188 millions $ US, ou neuf cents US par action, il y a un an.

Le chiffre d’affaires a reculé de sept pour cent, à 4,3 milliards $ US. Du côté de Bombardier Transport, les revenus ont été de 2,16 milliards $ US, en baisse de 10 pour cent, ce que la société a attribué à une baisse de la production liée à certains contrats.

En excluant les éléments non récurrents, le profit ajusté s’est établi à 149 millions $ US, ou cinq cents US par action, soit trois cents US de plus que ce qui était anticipé par les analystes sondés par Thomson Reuters Eikon.

Cette performance trimestrielle a fait décoller l’action de l’entreprise à la Bourse de Toronto, où elle a pris 47 cents, soit 23 pour cent, pour clôturer à 2,51 $.

«L’entreprise garde le cap sur ses cibles en 2019 et 2020, a souligné l’analyste Fadi Chamoun, dans un rapport. Les investisseurs étaient prudents et les nous nous attendons à ce que ces résultats soient bien reçus.»

Bombardier est également sortie du rouge au terme de l’exercice 2018 en affichant un bénéfice net de 318 millions $ US, ou 9 cents US par action, par rapport à une perte nette de 525 millions $ US, ou 24 cents US par action, en 2017.

C’est la première fois depuis 2013 que la société termine l’année en dégageant un profit net.

Le chiffre d’affaires - qui doit être d’environ 20 milliards $ US en 2020 - a progressé de trois pour cent, à 16,2 milliards $ US.