Pour l’instant, aucune mesure disciplinaire n’a été imposée aux agents de sécurité impliqués dans l’arrestation de Jamal Boyce sur le campus de l'Université d'Ottawa.

Arrestation controversée d'un étudiant noir à l'Université d'Ottawa [VIDÉO]

L’arrestation d’un étudiant noir par le service de protection de l’Université d’Ottawa (Ud’O) mercredi a provoqué d’importants remous dans l’établissement d’enseignement supérieur.

Jamal Boyce, un élu de l’Association des étudiant-e-s en études des conflits et des droits humains de l’Ud’O, a raconté en détail sur Twitter avoir été interpellé par des gardes de sécurité alors qu’il circulait sur sa planche à roulettes.

Les employés du service de la protection de l’Ud’O lui ont demandé des cartes d’identité. M. Boyce soutient qu’il n’avait pas son portefeuille sur lui, mais qu’il leur a répondu que sa carte étudiante se trouvait dans son bureau situé sur le campus.

Toujours selon le témoignage publié en ligne par l’étudiant, les gardes ont insisté pour que Jamal Boyce s’identifie et, devant l’absence de pièces d’identité, lui ont passé les menottes et l’ont arrêté pour s’être trouvé sans permission sur le terrain de l’institution.

« Je leur ai demandé pourquoi et de quelle façon j’empiétais sur la propriété de l’Université. J’ai été clair que j’étais sur le campus pour me rendre à mon bureau, écrit M. Boyce. On m’a forcé à rester assis à l’extérieur pendant deux heures, le temps que la police arrive. »

Le Service de police d’Ottawa a confirmé s’être rendu sur le campus mercredi, à la demande des agents de sécurité de l’Ud’O puisqu’un étudiant qui ne respectait pas certaines règles de l’établissement refusait de s’identifier. Le jeune homme a été arrêté avant d’être libéré sans condition, explique le constable Charles Benoit.

« Ce n’est pas le premier incident de racisme flagrant que je vis. Ce n’était pas seulement humiliant, c’était de la violence physique, mentale et émotionnelle. Cette expérience me laisse croire qu’en tant qu’étudiant noir, on ne fait pas partie de la “communauté” de l’Université d’Ottawa », ajoute l’étudiant.

Sur Twitter, l’étudiant a également partagé une vidéo des secondes précédant son arrestation qui a contribué à susciter l’indignation.

Deux enquêtes

En réponse à cet incident, le recteur de l’Ud’O, Jacques Frémont, a demandé au Bureau des droits de la personne de l’institution de faire la lumière sur cet incident et de lui « recommander des actions à prendre dès maintenant et à plus long terme pour améliorer les règlements et les procédures de l’Université ».

M. Frémont s’est présenté devant les médias locaux vendredi midi pour annoncer que l’Ud’O embauchera également un enquêteur externe dans les prochains jours afin de déterminer s’il y existe de la discrimination systémique à l’Université d’Ottawa. Le recteur s’engage à rendre public le rapport de cet enquêteur lorsqu’il sera complété.

Le recteur de l'Université d'Ottawa, Jacques Frémont

Pour l’instant, aucune mesure disciplinaire n’a été imposée aux agents de sécurité impliqués dans l’arrestation de Jamal Boyce. « Notre service de protection a mon entière confiance, mais évidemment, en fonction des résultats de l’enquête, je vais reconsidérer si des mesures disciplinaires devraient être appliquées dans ce cas-ci », lance Jacques Frémont.

« Nous sommes totalement opposés à toutes formes de racisme, de profilage racial, de harcèlement et de discrimination, et les dénonçons vivement. Il est essentiel que chaque personne qui fréquente le campus, qu’elle soit membre ou non de la communauté universitaire, s’y sente en sécurité », a également déclaré le recteur de l’Ud’O.

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UN PROFESSEUR CROIT À LA DISCRIMINATION SYSTÉMIQUE

En voyant la vidéo partagée par Jamal Boyce, le professeur Amir Attaran des facultés de Médecine et de Droit de l’Université d’Ottawa (Ud’O) a décidé de partager, à son tour, une vidéo d’une prise de bec avec un agent du service de la protection. Un incident qui, dans son cas, remonte à septembre 2017.

M. Attaran est convaincu qu’un enjeu de discrimination systémique existe à l’Ud’O. L’arrestation de Jamal Boyce en est un autre exemple, à son avis.

« Les faits sont sur vidéo. L’étudiant a demandé à ce qu’on le laisse tranquille et l’agent de sécurité ne le laisse pas partir. Il le traite comme un animal », s’insurge le professeur.

À ses yeux, le Bureau des droits de la personne de l’institution s’enseignement — chargé d’enquêter sur l’arrestation de Jamal Boyce — est une « vraie farce ».

« J’ai bien peur que ce soit une institution qui n’a pas brisé le lien avec ses racines très blanches et catholiques, qui n’a pas compris que nous sommes dans un pays multiculturel », peste M. Attaran.

Le recteur de l’Ud’O, Jacques Frémont, a reconnu que la discrimination systémique existe dans plusieurs sphères de notre société, en plus d’admettre que le campus de l’institution ottavienne pourrait très bien faire partie du problème.

« C’est ce que l’enquête qui a été déclenchée avant-hier, je l’espère, va nous révéler. S’il y a des problèmes systémiques, on va s’y attaquer de façon très directe et très franche. »