Après cinq années d'études: l’expérience d’une vie en Chine

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
Même s’il lui a fallu quatre ans pour se sentir comme une « locale », Stéphanie Boivin retournerait en Chine n’importe quand. Mais aujourd’hui, c’est d’apprendre à vivre à Montréal qui lui demande une grosse adaptation. Fille de nouveautés et de défis, la Saguenéenne est revenue vivre au Québec en juillet après avoir complété des études en économie et commerce international à la Nanjing University of Science and Technology.

L’aventure a débuté en 2014, quand elle avait 19 ans, lorsqu’elle a obtenu une bourse du China Scholarship Council (CSC), en collaboration avec l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Une bourse complète sur cinq ans qui couvrait les frais de scolarité, d’hébergement et des dépenses personnelles, a-t-elle expliqué au Quotidien, lundi. Elle n’a cependant pas gardé la bourse du CSC pour toute la durée de ses études pour une raison linguistique.

« On devait étudier le baccalauréat au complet en mandarin et après avoir parlé avec des gens là-bas, je me suis rendu compte que d’étudier au niveau universitaire dans une troisième langue, c’est vraiment difficile. Aucun étudiant avant moi n’a complété la bourse d’études de cinq ans. Les conditions de vie en Chine sont vraiment différentes des nôtres ici et étudier en chinois ajoute tellement de travail supplémentaire », a-t-elle expliqué.

Stéphanie Boivin (à gauche) est de retour au pays après avoir fait des études en économie et commerce international en Chine.

La première année, Stéphanie Boivin a donc fait un certificat en langue pour apprendre le mandarin, à la Nanjing Normal University. À la fin de l’année, elle a passé l’examen lui permettant de poursuivre ses études dans cette langue. Elle a cependant décidé d’appliquer sur une autre bourse d’études pour pouvoir étudier en anglais, une bourse offerte par la Nanjing University of Science and Technology.

« C’était plus facile et c’est ce qui a fait en sorte que j’ai été la première à compléter des études en Chine. Je suis partie avec un gars du Saguenay et il a essayé en mandarin. Après un an du cycle de quatre ans, il est revenu à Montréal finir ses études. Je pense que c’est ce qui s’est passé avec les autres gagnants de la bourse », croit-elle.

La vie en Chine

Quand on demande à Stéphanie Boivin comment est la vie en Chine, elle répond sans hésiter que c’était différent et dépaysant. Mais est-ce qu’on peut s’habituer ?

« La première année, c’est d’apprendre à survivre. La deuxième, d’apprendre à communiquer avec les gens. Ça m’a pris six mois pour dire deux phrases. La troisième année, j’ai commencé à me sentir confortable, mais chaque jour, c’est un challenge. Il n’y a rien de facile en Chine. Rien n’est simple, que ce soit acheter du pain sans sucre ou louer un appartement. J’ai commencé à me sentir chez moi et comme une locale après quatre ans. »

L’étudiante habitait à Nanjing, une « petite ville de 11 millions d’habitants, l’ancienne capitale de la Chine ». Selon elle, le fait de vivre dans une petite ville, où il n’y avait pas ou peu d’étrangers, lui a permis d’apprendre le mandarin, car elle n’avait pas de possibilité de parler en français.


« J’ai commencé à me sentir chez moi et comme une locale après quatre ans. »
Stéphanie Boivin

Ce qui l’a frappée, notamment, c’est que les Chinois sont plus avancés que les Canadiens au niveau technologique. Elle donne comme exemple le paiement par code QR dans les commerces, même pour les vendeurs dans les rues. Donc pas besoin d’avoir un portefeuille en sa possession, ce qui était rassurant pour elle quant à l’aspect de la sécurité.

« La Chine, c’est vraiment complètement sécuritaire. Je me sentais parfois plus en sécurité en Chine qu’à Jonquière ou qu’à Chicoutimi, image celle qui revenait une fois par année au pays. Chaque fois, je me disais que j’aimais beaucoup le Canada, mais j’avais toujours le goût de continuer avec la Chine. Quand on se lance un défi de partir pour cinq ans pour les études, c’est gros. J’avais la motivation de terminer avec le support de la famille. »

Celle qui travaille présentement pour le gouvernement canadien, à Montréal, complète un MBA à temps partiel avec l’Université Laval. Éventuellement, elle aimerait aider les compagnies locales, québécoises et canadiennes à percer le marché chinois.

« Je pense que n’importe quelle compagnie dans le monde aurait tort de ne pas considérer la Chine comme un marché à percer potentiellement, parce que c’est le plus gros marché de consommation au monde. Il y a du commerce à faire, des alliances à créer », croit-elle.

Son intérêt pour la Chine, qui est né en même temps que l’arrivée de sa petite soeur, adoptée à l’âge d’un an, lui aura donc permis de vivre « l’expérience d’une vie ».

« C’est formateur. J’ai appris la débrouillardise, j’ai appris à m’adapter pour survivre. C’est se retrouver dans un milieu où on ne connaît rien », conclut celle qui a récemment pu pratiquer son mandarin, dans le quartier chinois de Montréal, avec quelqu’un qui venait de Nanjing, la ville où elle a étudié. Quand on dit que le monde est petit...