Dès la fin mai, des homardiers de Port-Daniel, voyaient qu’ils se dirigeaient vers une année exceptionnelle.

Année record pour les homardiers québécois

PORT-DANIEL — Les homardiers québécois ont fracassé par une bonne marge le record de prises et de revenus globaux en 2019. Cette valeur des prises a atteint 133,6 millions $, soit 17 millions de plus que les seuils atteints en 2017 et en 2018, deux années presque égales globalement.

Les 559 détenteurs québécois de permis de homard ont débarqué 9116 tonnes métriques de crustacés, presque 1000 tonnes de plus que les 8135 tonnes de 2018. Ces données sont encore préliminaires, notamment parce que les chiffres de l’île d’Anticosti sont incomplets. Il faudra attendre le début de 2020 avant que les statistiques soient officielles.

En 2018, la valeur des prises des homardiers québécois s’était donc établie à 116,6 millions $, soit un demi-million $ de moins que le record précédent de 2017. Il y a deux ans, la valeur des captures avait dépassé pour la première fois le cap des 100 M$.

Aux Îles-de-la-Madeleine, la valeur des captures des 325 homardiers a atteint 78,5 M$ cette année, comparativement à 68 M$ en 2018. Le volume de homard livré s’est établi à 5363 tonnes métriques, 13% de plus que les 4757 tonnes d’il y a un an.

En Gaspésie, les 160 détenteurs de permis ont débarqué 3014 tonnes, soit 31 % mieux que les 2297 tonnes de 2018, une année troublée par des mesures de protection de la baleine noire. Ces mesures ont été atténuées cette année parce que le mammifère marin ne vient jamais proche des côtes, où évoluent les homardiers. La valeur des prises au débarquement s’est établie à 44,8 M$ en Gaspésie, c’est-à-dire 35,7% de plus qu’en 2018.

Ces résultats révélateurs réjouissent les pêcheurs, dont O’Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.

«C’est une suite logique de la vague d’abondance qui a commencé à poindre en 2015, qui s’est accentuée en 2016, puis en 2017. Si ce n’était pas des mesures imposées pour protéger les baleines noires, mesures imposées à 64 pêcheurs pendant 15 jours dans des secteurs où elles ne viennent pas, on aurait aussi vu une hausse en 2018 avant celle de cette année», souligne M. Cloutier.

Sur la Côte-Nord, la plus modeste région du Québec maritime en ce qui concerne le homard, les prises ont atteint 326,6 tonnes métriques, une hausse de 15 %. Les revenus des homardiers ont crû de 10,5 %, de 3,8 M$ à 4,2 M$.

Les données d’Anticosti sont incomplètes, avec 413 tonnes métriques valant 6,1 M$. Les observateurs s’attendent à ce que ces chiffres soient plus près des 797 tonnes et des 11,8 M$ de 2018. «Il faut s’attendre à des ajustements pour Anticosti», prévient l’économiste Ali Magassouba, du ministère fédéral des Pêches et des Océans.

Les prix, en légère hausse cette année dans les secteurs de pêche, ont contribué à l’augmentation des revenus enregistrés. En Gaspésie par exemple, le prix est passé de 6,52 $ la livre il y a un an à 6,78 $ en 2019.

Protection du homard

La croissance de la ressource en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine découle notamment d’un train de mesures de protection implantées à compter de 1996-1997.

En Gaspésie, où l’inquiétude quant à l’avenir de ce crustacé était vive au milieu des années 1990, des rachats de permis, l’augmentation de la taille légale des homards capturés pour maximiser le nombre de géniteurs et favoriser la ponte, la réduction du nombre de casiers à l’eau et du nombre total de jours de capture ont été instaurés.

Des ensemencements et l’imposition d’une taille maximale de homards capturés ont aussi ponctué les dernières années. Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie a également instauré des suivis scientifiques, soit de façon autonome, soit en collaboration avec le ministère fédéral des Pêches et des Océans.

Aux Îles-de-la-Madeleine, l’inquiétude était moins forte en 1996, mais les homardiers ont néanmoins instauré un vigoureux programme d’augmentation de la taille légale des spécimens livrés au débarquement.

Réchauffement de l’eau

«Les pontes sont bien meilleures à cause des changements climatiques. Le taux de survie est beaucoup plus fort. La prédation est beaucoup moins élevée par les morues de capelan [les morues qui suivent le capelan], moins nombreuses maintenant. Elles consommaient énormément de petits homards. Le stock de poissons pélagiques est aussi en baisse et ils sont aussi des prédateurs de petits homards. Pour les appâts, c’est [la baisse de la biomasse des espèces pélagiques] inquiétant, mais pour la survie des petits homards, c’est positif», précise M. Cloutier.