All Boivin remet le témoignage de la victime en doute

All Boivin remet sérieusement en doute le témoignage de sa présumée victime et rejette en partie les conclusions de la police et de la Couronne. Il admet avoir commis des voies de fait causant des lésions, mais pas des voies de fait graves.

Me Pierre Gagnon, avocat en défense, a livré sa plaidoirie, jeudi matin, au Palais de justice de Chicoutimi, devant le juge Pierre Lortie, de la Cour du Québec.

Le 25 juillet 2018, Boivin, 29 ans, aurait battu sévèrement une jeune femme de 21 ans, à sa résidence du chemin du Portage-des-Roches Sud à Laterrière, au point où la victime a été transportée à l’hôpital. Les médecins ont relevé plus de 100 ecchymoses sur son corps.

Le criminaliste admet que son client a commis des voies de fait simples sur la victime en utilisant une force plus que nécessaire pour la repousser, parce qu’il prétend qu’elle l’a agressé. Il confirme aussi qu’il a pu se livrer à des voies de fait causant des lésions au foie et qu’il a fait le trafic de cocaïne lors d’une balade en bateau.

Me Karen Inkel, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), a convenu que les accusations de séquestration et de menaces ne tenaient plus la route.

Me Gagnon prétend que la preuve de voies de fait graves, qui auraient mis la vie de la plaignante en danger ou lui auraient causé des blessures majeures, ne peut être prouvée hors de tout doute raisonnable. 

« La jurisprudence parle de blessures permanentes ou qui nécessitent une intervention médicale. Sinon, ce ne sont pas des voies de fait graves », dit-il.

Durant sa plaidoirie, le criminaliste a aussi fait ressortir de nombreuses contradictions dans les témoignages de la présumée victime entre l’hôpital de Chicoutimi, au lendemain de l’altercation, et son interrogatoire avec la police trois semaines plus tard, à l’enquête préliminaire d’octobre 2018 et au procès de mars 2019.

Me Gagnon parle notamment de l’origine de la chicane du 25 juillet, où la plaignante a parlé d’une somme manquante de 8000 $, pour ensuite parler de sa jalousie envers une autre fille qui avait couché avec Boivin, pour finalement mentionner que ces deux éléments étaient les raisons de l’altercation.

« Le tribunal doit donc prendre le témoignage de la victime avec réserve et beaucoup de prudence. Comment se fait-il aussi que mon client ne porte aucune marque après avoir donné autant de coups, comme le prétend la victime ? », de mentionner Me Gagnon.

« Quant au fait que mon client n’a pas de trace de poivre de Cayenne, il faut se souvenir qu’il est allé prendre une douche après avoir été aspergé. La douche n’a pas été expertisée par les policiers. Et il est possible qu’il ne portait plus de marques plusieurs heures après ? », a questionné l’avocat en défense.

Me Gagnon rejette l’accusation d’agression sexuelle armée, car rien ne prouve que c’est son client qui aurait inséré un bâtonnet de fromage emballé dans le vagin de la victime.

« Cela a pu être fait avant. Il faut se souvenir que la plaignante a participé à des partys sexuels avec d’autres filles et que des objets sexuels ont été utilisés. En plus, il faudrait croire que mon client étranglait la victime avec la laisse du chien, la frappait au ventre et aurait ensuite pris le temps de fouiller dans le réfrigérateur pour prendre ce bâtonnet et lui insérer, alors qu’il avait d’autres objets à porter de la main ? Et pour que ce soit des voies de fait armées, ça prend une arme ou une intention de blesser », a poursuivi le criminaliste.

Le juge Lortie a pris le dossier en délibération et la date du verdict sera fixée le 21 mars.

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LES PHOTOS DISENT TOUT,  SELON LA COURONNE

Même si la présumée victime d’All Boivin a des trous de mémoire sur des séquences des nombreux coups qu’elle dit avoir reçus, il y une chose qui ne ment pas, selon la Couronne, et ce sont les photos de plus de 100 ecchymoses qui se trouvent sur tout le corps de la jeune femme.

Me Karen Inkel, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), n’arrive donc pas à croire un seul instant que la version de l’accusé puisse être crédible.

Durant plus de deux heures, la procureure de la Couronne a fait ressortir les points forts de sa preuve et a tenté de démontrer au juge Pierre Lortie que le témoignage de la jeune victime de 21 ans était plus que probable.

« Ce qu’il faut retenir du témoignage de la victime, c’est la crédibilité et la fiabilité. Oui, il y a eu des trous de mémoire dans les séquences des événements, mais les principaux points de son témoignage n’ont pas changé entre le moment où elle a parlé aux policiers et le procès. »

« En plus, les photos parlent d’elles-mêmes. On y voit toutes les rougeurs et les nombreuses ecchymoses. La scène de l’événement révèle aussi beaucoup d’éléments sur la façon dont les choses se sont déroulées et cela rend le témoignage de la victime crédible et fiable », mentionne Me Inkel.

Celle-ci ajoute que la défense a insisté sur les points que la victime a dit à plusieurs reprises qu’elle ne voulait pas mentir au tribunal et que cela signifiait beaucoup sur la crédibilité du témoin.

« Selon la défense, il faudrait se méfier de cet élément. Je crois plutôt que la victime cherchait dans ses souvenirs des réponses aux questions qu’on pouvait lui poser. »

Il faut se rappeler que les événements remontent à plus de sept mois, que la plaignante venait de vivre une période de consommation d’alcool et de stupéfiants assez intense et qu’à la suite de l’altercation, elle a subi un léger traumatisme crânien.

En plus, la procureure de la Couronne rejette du revers de la main la version de l’accusé à l’effet que l’état physique de la victime était tout à fait normal lorsqu’il a quitté la maison. « Pourtant, la policière qui a croisé la victime la veille (24 juillet) de l’altercation n’a rien remarqué sur son corps. Elle était pourtant sortie d’une chambre complètement nue. La même agente l’a revue le même soir à l’hôpital et n’a rien noté de particulier. »

« Avec ce que nous avons vu sur les photos, les bleus ne passent certainement pas inaperçus. C’était clair. Même chose pour la porte de la chambre qui était par terre, la veille, elle était bien en place. Mais parce que l’accusé le dit, il faudrait acheter sa version. Avec la scène du crime, ça ne dit pas la même chose », poursuit Me Inkel.

Cette dernière précise que la porte se trouvait exactement dans la position dans laquelle elle devait se trouver après que la jeune femme ait été passée au travers de celle-ci, soit vers l’intérieur de la chambre d’amis.

De plus, lorsque Boivin prétend avoir été aspergé de poivre de cayenne, Me Inkel précise qu’il ne semble pas avoir eu besoin de traitement, alors que la victime a reçu une douche oculaire et que malgré tout la douleur était encore présente.

« Et les marques de poivre de cayenne retrouvées sur la porte vont dans le sens du témoignage de la victime et non pas de l’accusé. Celui-ci dit qu’il devait se trouver des repères pour se rendre dans une chambre, tellement il ne voyait rien. Mais il a pourtant vu la plaignante se barrer les pieds pour ensuite débouler les marches. »

Sur le poivre de cayenne, la procureure de la Couronne a mentionné qu’il ne fallait pas de permis pour posséder cette arme (il est accusé de possession d’une arme prohibée sans posséder le permis requis).

Me Gagnon a fait valoir au juge que cet élément aurait dû être amené durant le procès et non pas en plaidoirie, car son client ne peut se défendre d’une accusation qui n’en est plus une. Me Inkel a aussi précisé que la victime ne s’est pas rendue par elle-même à l’hôpital, qu’elle n’a pas porté plainte aux policiers et élimine donc par le fait même la possibilité d’un complot de sa part.

Au sujet du bâtonnet de fromage et de la laisse du chien, Me Inkel indique que la plaignante a eu de la difficulté à raconter cet élément, mais précisant qu’elle s’était sentie humiliée lorsque l’aliment a été découvert dans son vagin.

« Me Inkel a dit qu’il y avait de l’ADN de trois contributeurs sur la laisse et que la troisième pouvait être celle du chien. J’ai précisé au juge que l’analyse est claire et parle d’un individu et non d’un animal », a repris Me Gagnon. Même chose sur le moment où il a été arrêté et qu’il savait d’où provenait la plainte, même si personne ne lui en avait encore parlé.