Alexandre Cloutier était accompagné de sa conjointe Marie-Claude, mardi matin, pour annoncer son retrait de la vie politique après le présent mandat.

Alexandre Cloutier se retire

Alexandre Cloutier ne veut pas devenir un politicien de carrière. Après plus de 10 ans à l’Assemblée nationale, le député de Lac-Saint-Jean ne sollicitera pas un cinquième mandat l’automne prochain.

«On reproche souvent aux hommes et aux femmes politiques de ne pas savoir quitter. De s’accrocher au pouvoir. Je ne veux pas que ce soit mon cas. Le service public ne doit pas être une job tenue pour acquise, qui peut se faire sur le ‘‘cruise control’’. Ça ne peut pas non plus être seulement un moyen pour payer l’hypothèque. C’est un engagement qui doit être entier, sincère, enthousiaste», a insisté Alexandre Cloutier, qui a avisé son chef et ses collègues quelques heures avant sa conférence de presse.

Ce dernier a annoncé son futur retrait en conférence de presse, mardi, à Alma. Celui qui vit à Saint-Gédéon avec sa jeune famille a confirmé que sa motivation s’est effritée au cours des derniers mois. M. Cloutier n’a pas été en mesure de pointer un élément déclencheur de cette perte d’enthousiasme. Il s’agirait plutôt d’un mélange de plusieurs facteurs, dont la façon de faire de la politique. Le député a d’ailleurs lancé un appel à l’unité, dans son discours livré devant la presse.

«Je dois admettre que la politique telle qu’elle se pratique aujourd’hui correspond moins à mes idéaux. La partisanerie banalise nos institutions. Elle tue l’esprit d’initiative, divise inutilement et crée des barrières qui sont souvent des barricades de façade, qui ne résistent pas à l’épreuve du temps. Le défi de la politique de demain est à mon point de vue de miser davantage sur ce qui unit. Marquer l’union plutôt que la division. Rassembler des gens qui veulent construire le Québec ensemble, sans les aléas d’étiquettes qui divisent d’emblée. Miser davantage sur les consensus plutôt que l’esprit d’opposition.»

Le député n’a pas non plus caché sa déception envers le traitement médiatique entourant le milieu politique. Une «game» à laquelle les politiciens jouent aussi. 

«Je suis conscient que l’ère du temps est à l’instantanéité, à gagner la journée, où chaque heure compte, où la pertinence et le bien commun sont trop souvent appréciés en fonction du nombre de ‘‘likes’’ ou de ‘‘retweets’’. Le problème d’une telle approche est qu’on finit par confondre l’essentiel avec la superficialité et qu’on banalise en quelque sorte les prises de position formelles et réfléchies des formations politiques», a constaté M. Cloutier, précisant toutefois que cette réalité n’était pas la cause de son futur retrait de la vie politique.

Ce phénomène a été une fois de plus constaté mardi avec les interprétations de certains commentateurs politiques, ont déploré des proches d’Alexandre Cloutier. Des animateurs et chroniqueurs ont indiqué que de mauvais liens avec le chef Jean-François Lisée seraient à l’origine de son départ alors que c’est «totalement faux», a martelé M. Cloutier.

«Mon départ n’est d’aucune manière lié au leadership de Jean-François Lisée. Certes, la course a été rude. Mais depuis son élection, Jean-François a agi en gentleman à mon égard. Il a toujours été réceptif à mon point de vue.

«Cette précision s’impose par respect pour le choix démocratique effectué par nos membres. Par respect pour Jean-François. Mais aussi par respect pour mes collègues du caucus. Parce que ce sont les faits.»

La cote de popularité de la Coalition avenir Québec n’a rien a avoir avec cette décision, a également précisé le politicien. «Ça fait assez longtemps que je fais de la politique pour savoir que les sondages, ça monte et ça baisse.»

L’après-politique

Avocat de formation, Alexandre Cloutier assure qu’il n’a aucun plan de carrière pour l’après-politique. Il ne vise pas de travailler en droit. Il se montre intéressé à joindre une entreprise privée ou une organisation pour continuer à «contribuer à la richesse du Saguenay-Lac-Saint-Jean». 

«Voilà que le temps est venu pour moi de contribuer différemment à l’essor du Québec, dans un autre environnement. Je souhaite continuer à créer, à innover, mais d’une autre manière. Mes premiers chapitres en politique sont donc écrits. Bien qu’en toute sincérité, à 40 ans, je suis incapable d’exclure qu’il y en ait d’autres», a affirmé M. Cloutier, qui a confirmé son intention de demeurer au Lac-Saint-Jean. 

Sa conjointe, Marie-Claude Perron, était à ses côtés pendant la conférence de presse, mardi. 

«Je ne vous cacherai pas que les grands gagnants dans tout ça, ce n’est pas le Québec, c’est notre famille. Et je reste fière de ce qu’il est, de ce qu’il a fait et de ce qu’il fera.»

Biographie

Alexandre Cloutier détient deux baccalauréats, dont un en droit de l’Université d’Ottawa. Membre du Barreau du Québec, l’avocat a également complété une maîtrise en droit constitutionnel à l’Université de Montréal et une maîtrise en droit international public à l’Université de Cambridge en Grande-Bretagne. À son retour d’Europe, il occupe un poste de clerc à la Cour suprême du Canada, au cabinet du juge Charles D. Gonthier. Le Jeannois va ensuite travailler dans les bureaux de Kasken Martineau à Montréal en droit constitutionnel et administratif avant d’aller enseigner à l’Université d’Ottawa. Celui qui a obtenu plusieurs bourses d’études a aussi entamé des études doctorales à l’Université Laval, mais il ne les a pas complétées avant de faire le saut en politique en 2007.

Une course attendue au PQ

Alexandre Cloutier a remporté quatre élections générales et partielles au cours des dix dernières années. Le père de famille a toujours récolté une forte majorité des voix devant ses adversaires, faisant de lui un candidat difficile à défaire.

Maintenant que le péquiste a annoncé qu’il ne sollicitera pas de nouveau mandat en octobre, la prochaine élection provinciale risque d’attirer plusieurs candidats de différents partis. Mais surtout un nouveau visage dans l’équipe péquiste.

«J’annonce ma décision justement pour permettre aux gens de se préparer. Il y aura certainement une investiture au Parti québécois. Je laisse d’ailleurs le comté en santé. On compte 4000 membres en règle et il y a suffisamment d’argent pour mener la campagne et gagner», a expliqué M. Cloutier, promettant d’aider le candidat péquiste dans la prochaine campagne. 

Marc Maltais

Le nom de Marc Maltais a largement circulé à la suite de l’annonce du député. Celui qui a représenté le Bloc québécois aux dernières élections fédérales ne prévoit pas remplacer son «ami» pour le moment. 

«La nouvelle est une surprise, une mauvaise surprise. Le secteur public perd un progressiste. Oui, c’est un homme avec un beau contenant, mais c’est surtout un homme de beaucoup de contenu. Les milieux syndical et communautaire perdent un gros morceau. Il a toujours défendu les intérêts des travailleurs quand c’était le temps», a souligné Marc Maltais, également représentant régional de la FTQ.

«Les gens n’ont pas perdu de temps pour me demander si j’allais me lancer. Mais je ne suis pas là du tout. Je suis plutôt en train de monter une équipe pour le Bloc québécois. Je fais ce que j’ai dit aux dernières élections», a ajouté celui qui a déjà confirmé vouloir se représenter aux élections fédérales en 2019. 

Autres partis

Quant aux candidats des autres formations politiques, dont le Parti libéral, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire, quelques noms circulent toujours. Nicolas Martel, maire de Desbiens, n’a toujours pas mis une croix sur un possible saut en politique provinciale.

«Je ne suis pas là, mais je ne ferme pas la porte», a répondu le maire.

«Je salue le dévouement de M. Cloutier à la cause souverainiste. Son départ est une sage décision, car il n’avait plus la flamme», a ensuite commenté celui qui flirte très sérieusement avec la politique fédérale.