Accompagné ici de sa femme, Aymen Derbali est considéré comme un héros de la tuerie de la Grande Mosquée.

Alexandre Bissonnette: des railleries sur Aymen Derbali

Alexandre Bissonnette capable d’empathie? On peut en douter après avoir entendu une déclaration récente faite par le meurtrier, qui se désolait de la survie miraculeuse d’Aymen Derbali, devenu paraplégique après avoir reçu sept balles à la Grande Mosquée.

Au début février 2018, Alexandre Bissonnette regardait un reportage traitant d’Aymen Derbali et de la campagne de financement organisée pour le père de famille.

«L’esti, je ne peux pas croire qu’après sept balles, il ne soit pas mort!» aurait lancé Bissonnette à un codétenu de l’Établissement de détention de Québec. Le meurtrier aurait ensuite manifesté sa colère à l’idée que le survivant de la tuerie allait avoir une maison adaptée à son lourd handicap. «Moi, mes parents n’auront rien!» aurait ajouté Bissonnette. La police a été mise au courant de cette déclaration à la fin février. Le codétenu n’a pas témoigné et la déclaration n’a pas été déposée en preuve, mais évoquée mercredi par la Couronne.

Questionnée par le procureur de la Couronne Me François Godin, la psychiatre de la défense Marie-Frédérique Allard a indiqué que cette déclaration montrait à quel point l’empathie manifestée par Bissonnette pouvait être «fluctuante».

Devant une objection de la défense, le juge François Huot a décidé de ne pas retenir cette déclaration de Bissonnette ni la réponse de la psychiatre.

Dans son rapport, la Dre Allard rapporte qu’Alexandre Bissonnette lui a dit que ses victimes étaient des gens comme tout le monde et qu’il était affecté par les dommages qu’il leur avait causés.

Juge sceptique

Le juge François Huot de la Cour supérieure s’est montré sceptique face à l’empathie du tueur, qui a plaidé coupable à six meurtres et six tentatives de meurtre. «J’ai entendu des témoignages des proches de victimes qui étaient à glacer le sang, a souligné le juge. Je vous dirais qu’en écoutant ces témoignages, d’après mes observations, M. Bissonnette demeurait d’une impassibilité pratiquement totale alors qu’à peu près tout le monde dans la salle d’audience était ému. J’ai de la difficulté à voir une progression de l’empathie.»

Alexandre Bissonnette a souvent pleuré en salle de cour lorsqu’il était question de la peine infligée à ses parents. On l’a vu en larmes seulement durant le témoignage de la fille de l’épicier Azzeddine Soufiane.

La psychiatre convient que les progrès du meurtrier ne sont pas énormes. «Mais si on mise sur un potentiel de 25 ans [la période minimale d’incarcération], je pense qu’il est capable de s’ouvrir sur autre chose», affirme-t-elle.

La défense a terminé sa preuve sur la peine en déposant une analyse du contenu de l’ordinateur d’Alexandre Bissonnette qui démontre que le jeune homme consultait une foule de pages Web, outre celles sur les armes, l’islam et les tueurs de masse, ciblées dans la preuve de la Couronne.

Dans les jours avant la tuerie, Bissonnette a notamment fait des recherches sur un club de soccer du Portugal, des groupes d’aide contre l’alcoolisme, les voyages, des recettes culinaires. Il écoutait souvent de la musique, des vidéos de Star Wars et de l’émission Family Guy.

La défense a aussi déposé un texte poétique écrit par Alexandre Bissonnette et traitant de la mort.

Les avocats d’Alexandre Bissonnette tentent de convaincre le juge Huot d’imposer la période minimale de 25 ans d’inadmissibilité à une libération conditionnelle. En vertu de la disposition législative sur les peines consécutives, la Cour pourrait imposer une période d’inadmissibilité allant jusqu’à 150 ans.

Le psychiatre de la Couronne, Dr Gilles Chamberland, devait rencontrer Bissonnette en après-midi mercredi. Il livrera ses observations jeudi.