La commissaire par intérim à la santé et au bien-être, Anne Robitaille, quittera ses fonctions le 20 décembre. Le projet de loi 150 ayant sonné le glas de l’organisme créé en 2006.

Abolition du commissaire à la santé: «la fin d’une belle époque», dit Anne Robitaille

«Si, moi, je pilotais un navire qui vaut 34 milliards $, je pourrais avoir envie d’avoir des phares pour me guider. De toute évidence, le ministre [de la Santé, Gaétan Barrette] préfère ses balises et ses tableaux de bord internes.»

La commissaire par intérim à la santé et au bien-être (CSBE), Anne Robitaille, quittera ses fonctions le 20 décembre. Le projet de loi 150, déposé le 30 octobre, a sonné le glas de l’organisme créé en 2006 par l’actuel premier ministre et dont le mandat était d’évaluer la performance du système de santé et de services sociaux. 

Anne Robitaille occupe le poste de CSBE par intérim depuis 2016, soit depuis le départ à la retraite de Robert Salois. Elle avait jusque-là agi comme directrice générale de l’organisme pendant plus de quatre ans. D’ici à la dissolution du CSBE, elle met les bouchées doubles pour finaliser les travaux en cours. 

«Je travaille sept jours sur sept. Les journées et les semaines sont longues, mais il y a des fonds publics d’engagés là-dedans, et je veux porter la mission du commissaire jusqu’à la fin. On veut terminer le mandat la tête haute, faire honneur à la mission de l’organisme», dit en entrevue Anne Robitaille, qui ne compte plus que quatre personnes dans son équipe.

La commissaire par intérim précise que les résultats de la quatrième enquête internationale sur les politiques en santé du Commonwealth Fund, à laquelle participe le CSBE, seront publiés ce jeudi. La troisième enquête avait notamment révélé que la problématique la plus importante pour les Québécois demeurait le manque d’accès aux soins. 

D’autres rapports devraient être publiés en décembre, dont un «très intéressant» sur les urgences, signale par ailleurs Mme Robitaille.

Au moment de l’annonce de la cessation des activités du CSBE, en mars 2016, Robert Salois avait déclaré que «priver le réseau de la santé et des services sociaux d’un regard critique et neutre pour éclairer la prise de décisions serait une erreur du point de vue d’une gouvernance qui se veut moderne et transparente».

Anne Robitaille, qui occupera d’autres fonctions de gestion au gouvernement après son départ du CSBE, s’est faite plus prudente. «C’est sa décision à lui [au ministre Barrette]», a-t-elle simplement dit, avant d’y aller avec sa métaphore du navire qui s’autoguide.

Mme Robitaille a néanmoins insisté sur la «performance» de l’organisme, qui ne fonctionnait qu’avec un budget de 2,7 millions $ et qui «générait des surplus». 

«On était une petite organisation qui coûtait très peu cher. On n’a jamais été plus qu’une vingtaine d’équivalents à temps complet. Mais on était une organisation très souple, très agile. On était peu de fonctionnaires, mais on avait des collaborations précieuses avec des experts, des chercheurs et la population», souligne Mme Robitaille.

Le projet de loi 150 ne transfère qu’une «toute petite partie» des pouvoirs du CSBE à l’Institut d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), souligne-t-elle. «Toute la question de l’éthique dans l’évaluation de la performance n’est pas transférée. Le volet consultation de la population ne fait pas partie non plus des mandats de l’INESSS», se désole la commissaire par intérim. 

À la fin de l’entrevue, Anne Robitaille contenait mal son émotion. «C’est la fin d’une époque, d’une belle époque. C’est sûr qu’on est un peu émotif. Les gens étaient très fiers de contribuer à cette mission-là. C’est une valeur qu’on a portée.»

Lundi, des organismes, dont le regroupement Médecins québécois pour le régime public (MQRP) et le Conseil pour la protection des malades, ont dénoncé l’abolition du CSBE, déplorant que le ministre soustraie ses réformes à toute évaluation critique et indépendante. 

À l’Assemblée nationale

Le sujet s’est transporté à l’Assemblée nationale, mardi. Interpellé par le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, le premier ministre a déclaré que le regard extérieur qu’avait le CSBE sur le système de santé avait «juste changé de bureau, mais c’est la même fonction». «Lorsque la décision du transfert a été prise, il était clairement indiqué que les fonctions seraient complètement transférées à l’INESSS, les fonctions d’analyses, de commentaires de même que la possibilité de faire des rapports sur quelque sujet que ce soit», a dit Philippe Couillard.

RAPPORTS INSPIRANTS

Au fil des ans, le gouvernement s’est inspiré des travaux du Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE), selon Anne Robitaille. 

«Lorsque le ministre de la Santé a annoncé son programme public de psychothérapie, en fin de semaine, c’était une recommandation phare d’un rapport qu’on avait fait en 2012», illustre la commissaire par intérim. Selon elle, le Plan d’action en santé mentale du gouvernement est «quasi calqué» sur le rapport du CSBE. 

«Je pense qu’on a éclairé la prise de décisions. On a fait plusieurs recommandations, et plusieurs ont été mises en application», se réjouit Mme Robitaille, citant notamment les recommandations faites par le CSBE à ses débuts «sur la première ligne et les maladies chroniques, et sur l’importance de la pratique de groupe [interdisciplinarité] pour faciliter l’accès». 

Tous les rapports d’appréciation de la performance, avis, bilans de consultations publiques sur le panier de services et enquêtes du Commonwealth Fund sont accessibles sur le site Internet du CSBE (csbe.gouv.qc.ca).