Clément Masse heureux de l’appui des directeurs québécois et canadien des Métallos, Alain Croteau et Ken Neumann, et des syndicalistes mexicains Jesús Armando Velásquez et Oscar Alzaga en arrière.

ABI: «ça va faire le tour de la planète»

Bécancour — Seize jours après son déclenchement, l’impact du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour commence à s’étendre au-delà des frontières québécoises... et dans les partis politiques. En effet, non seulement les syndiqués ont-ils reçu des appuis à saveur nationale et internationale, mais voilà que Québec Solidaire saute dans la mêlée pour réclamer une intervention gouvernementale.

«Ça va faire le tour de la planète», a fièrement lancé le président de la section locale 9700, Clément Masse, après avoir reçu vendredi la visite des dirigeants des Métallos et de syndicalistes mexicains, au terme d’une semaine bien remplie en matière de soutien moral et financier.

À cette occasion, le directeur canadien des Métallos, Ken Neumann, a annoncé que l’organisation des Métallos de tout le Canada allait se mettre en action pour soutenir les syndiqués d’ABI, faisant appel aux ressources du Syndicat international et à ses alliés à travers le monde. 

«C’est inadmissible que deux multinationales jouent avec la vie d’un millier de familles pour satisfaire des intérêts commerciaux. Les Métallos, nous avons une tradition de solidarité bien ancrée. Nous allons faire appel à la solidarité de toutes les sections locales. Quand des géants attaquent des travailleurs, les métallos se serrent les coudes. ABI a choisi le mauvais syndicat et la mauvaise ville. On va se tenir à vos côtés», a-t-il fait valoir. 

Celui-ci était accompagné de deux syndicalistes de Los Mineros au Mexique, Oscar Alzaga et Jesús Armando Velásquez. «Les multinationales cherchent souvent à diviser les travailleurs entre eux. Ce qui fait notre force, c’est notre solidarité. Recevez, chers confrères, tous nos vœux de succès de la part des mineurs du Mexique», ont-ils partagé comme message.

Déjà, le syndicat mondial IndustriALL a écrit une lettre d’appui à la section locale 9700 et enjoint la compagnie de retourner à la table de négociation. Au cours des prochains jours, les sections locales de partout au Canada seront informées du conflit et invitées à soutenir leurs confrères et consoeurs en lock-out au Québec. 

Saluant l’appui de son homologue canadien, le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, interpelle le gouvernement du Québec. «On se retrouve devant deux multinationales qui obtiennent des avantages importants sous forme d’électricité à très bas prix et qui prennent en otage toute une population. Le lock-out a finalement bien peu à voir avec la négociation patronale-syndicale. Les travailleurs font les frais des manigances pour faire hausser les prix de l’aluminium et baisser les tarifs d’électricité. Le gouvernement du Québec ne peut rester les bras croisés», croit-il. 

«Au lieu d’arrêter deux séries de cuves qui vont coûter plus de 100 millions de dollars à redémarrer, ça aurait coûté beaucoup moins cher à l’employeur de s’entendre avec nous autres», renchérit M. Croteau.

Par ailleurs, le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois affirme que le gouvernement libéral a un rôle à jouer dans ce conflit de travail. 

«Le gouvernement Couillard a le devoir moral de forcer la partie patronale à retourner à la table de négociation immédiatement. L’Aluminerie de Bécancour bénéficie d’un financement indirect des contribuables en profitant des tarifs préférentiels d’Hydro-Québec. En contrepartie de cette aide publique, l’entreprise se doit de respecter ses travailleurs et de négocier de bonne foi. Ce n’est pas ce qu’elle fait actuellement et Philippe Couillard doit le rappeler à la direction et aux actionnaires», explique M. Nadeau-Dubois.

Selon lui, un gouvernement solidaire ferait tout le contraire et instaurerait des clauses de garantie d’emplois en contrepartie de toute forme d’aide publique aux entreprises. Il a fait parvenir une lettre au premier ministre québécois pour lui formuler cette demande. «Québec solidaire salue le courage et la ténacité des 1030 travailleurs et travailleuses présentement en lock-out étant donné le refus de négocier de la direction de l’Aluminerie de Bécancour», a-t-il ajouté. 

Or, pour Florent Tanlet, attaché de presse de la ministre responsable du Travail, Dominique Vien, le gouvernement doit être neutre dans toutes les négociations privées.

«On invite toujours les parties à s’asseoir et à négocier pour en arriver à une entente négociée le plus rapidement possible. On rappelle que pour aider à accélérer le pas, il y a un médiateur-conciliateur qui est au dossier et qui peut être disponible en tout temps pour aider les parties», a-t-il conclu.