Le palais de justice de Québec

18 mois de prison pour le viol d’une escorte 

«Ce n’est pas une agression sexuelle; je te paye.» C’est en gros ce qu’Olivier Polloni a dit à une jeune escorte de 20 ans, après l’avoir forcée à avoir des rapports sexuels.

L’homme de 57 ans, un résident permanent d’origine française, a été condamné à une peine de 18 mois de prison jeudi pour agression sexuelle, harcèlement criminel et avoir obtenu des services sexuels moyennant rétribution. Après sa peine, il sera automatiquement expulsé du Canada puisque sa peine est supérieure à six mois.

La défense souhaitait une peine de neuf mois de détention alors que la Couronne réclamait l’emprisonnement pour deux ans moins un jour.

La dénonciation doit l’emporter, a tranché le juge Christian Boulet de la Cour du Québec, car les travailleuses du sexe sont, encore et toujours, vulnérables aux actes de violence.

Olivier Polloni, consultant en informatique, a quitté la France en 2011 pour suivre sa conjointe qui venait d’obtenir un emploi au Québec. Il a travaillé pour une entreprise de consultants en informatique de Québec jusqu’en 2016.

C’est à ce moment que Polloni entre en contact avec Sarah*, jeune femme de 20 ans qui travaille comme escorte à temps partiel depuis environ un an.

Olivier Polloni voit Sarah environ une demi-douzaine de fois. Au début octobre 2016, Sarah annonce à ses quelques clients qu’elle ne sera pas disponible pour un certain temps.

Fâché, Polloni se met à texter Sarah, à lui écrire sur Facebook, à se rendre chez elle sans invitation. Il lui rappelle qu’il connaît les noms des membres de sa famille et pourrait facilement dévoiler son occupation. 

Sarah avertit son conjoint et fait venir Polloni à la maison. Le conjoint interpelle le client obstiné et lui dit que Sarah ne veut plus le revoir.

Le 26 octobre, Olivier Polloni texte la jeune escorte en utilisant un nouveau cellulaire et en se faisant passer pour quelqu’un d’autre. Il réussit à obtenir un rendez-vous pour le lendemain.

Dès que Polloni arrive à la maison, Sarah lui demande de quitter. «Il lui dit qu’il paye donc il a le droit de rester et d’avoir du sexe avec elle», résume le juge Boulet dans sa décision.

Le client traîne l’escorte dans le lit. Il l’oblige à divers gestes sexuels et la force notamment à lui faire une fellation.

Sarah lui répète d’arrêter, disant qu’il commet une agression sexuelle. Polloni laisse 120 $ sur la table et lui répond qu’il ne s’agit pas d’une agression sexuelle, car il l’a payée. Il quitte ensuite les lieux.

Gestes «graves et très intrusifs»

Même sans rapport sexuel complet, les gestes de l’accusé sont «graves et très intrusifs», note le juge. Sarah avait si peur de son ancien client qu’elle a changé d’école puisqu’il savait où elle étudiait. 

Olivier Polloni a choisi de plaider coupable aux accusations.

L’agente de probation qui a rencontré l’accusé pour préparer le rapport pré-décisionnel note qu’au moment des infractions, Polloni vivait des difficultés professionnelles et une insatisfaction dans son couple. «L’accusé s’est possiblement senti diminué dans sa masculinité par la réussite de sa conjointe, même s’il était très fier d’elle», rapporte le juge Boulet, en citant l’agente de probation.

Un psychologue note aussi des «distorsions cognitives importantes chez l’accusé concernant la sexualité et le consentement dans un contexte de prostitution».

Plus de trois ans après l’agression, maintenant qu’il fait une thérapie sexologique, Olivier Polloni reconnaît la gravité de ses gestes et manifeste des regrets envers la victime.

Il a cessé de visionner de la pornographie et de fréquenter le milieu de la prostitution.

* Prénom fictif

Olivier Polloni