Éducation

Les garderies privées pas à la hauteur, déplore Hivon

La vice-cheffe du Parti québécois Véronique Hivon croit qu’il est temps de «valoriser les bons services de garde» au Québec, soit les Centres de la petite enfance (CPE). «Il faut faire exactement l’inverse de ce que le gouvernement libéral a fait et l’inverse de ce que propose la Coalition avenir Québec.»

Mme Hivon commentait mardi les résultats de la nouvelle étude de l’Observatoire des tout-petits, qui indique que la qualité de l’ensemble des services de garde au Québec s’est très peu améliorée au Québec depuis 10 ans. Les CPE se distinguent toutefois en offrant des services de meilleure qualité que les garderies privées ou les milieux familiaux.

L’étude démontre que 34 % des garderies privées en installation fréquentées par les 18 mois à 5 ans en 2014 sont de «faible qualité», alors que parmi les CPE étudiés, seulement 3 % sont de faible qualité. 

Les critères pour déterminer la qualité sont, entre autres, les jouets adaptés, les aliments sains, la variété de livres, l’aménagement de la cour et les interactions avec l’éducatrice. 

Selon Mme Hivon, le gouvernement actuel se targue d’agir tôt, mais n’agit pas en conséquence en favorisant le «développement anarchique» de garderies privées. À preuve, sa loi pour améliorer la sécurité et la qualité des services de garde ne permet pas de recenser et de contrôler les milieux familiaux privés. Le gouvernement Couillard a également bonifié dans le dernier budget le crédit d’impôt pour les parents dont l’enfant fréquente une garderie privée. 

Les garderies commerciales ne «sont pas à la hauteur» de ce qu’on attend d’elles, lance Mme Hivon. Un gouvernement du Parti québécois ouvrirait de nouveaux CPE et ramènerait un même tarif pour tous les enfants, afin de diminuer progressivement le nombre de garderies privées au Québec. 

Mme Hivon critique également la volonté de la CAQ d’ouvrir des maternelles 4 ans pour tous les enfants du Québec. Une promesse qu’elle juge «complètement irréaliste», et qui ferait mal au réseau des CPE. 

Le PQ propose de conserver des classes de maternelle 4 ans seulement dans les milieux défavorisés.

Politique

Conseillers en «gestion du changement» demandés au ministère de l’Immigration

Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) s’apprête à vivre une vaste transformation, au point de devoir recourir à des «services professionnels en gestion du changement».

Selon un appel d’offres publié le 18 mai sur le Service électronique d’appel d’offres (SEAO) du gouvernement du Québec, le MIDI s’est, «en réponse aux orientations ministérielles», engagé à «transformer ses programmes, ses processus d’affaires et ses façons de faire», et à «moderniser ses systèmes d’information pour offrir de meilleurs services à la clientèle».

Ces changements, précise le ministère, permettront notamment de «transformer les processus d’immigration, de participation et d’inclusion (dont la francisation et l’intégration) et les centrer sur les besoins en main-d’œuvre du Québec, tout en éliminant les activités sans valeur ajoutée». 

Ils permettront également de «réduire les dépenses de fonctionnement» du ministère et de «revoir le déploiement régional et international» des services, ajoute-t-il. Selon ce que rapportait La Presse en novembre, le gouvernement Couillard veut rouvrir les bureaux régionaux, fermés en 2013 et 2014, et redéployer des effectifs à l’étranger.

Le mandat, qui sera donné à quatre conseillers en gestion du changement, peut-être cinq, est d’une durée de 18 mois, commençant approximativement à la mi-juillet.

Des projets sont déjà en cours, dont le service de déclaration d’intérêt (SDI), un système d’immigration basé sur la déclaration d’intérêt des personnes immigrantes, rappelle-t-on dans l’appel d’offres.

«Ce nouveau système de gestion de la demande permettra d’avoir un contrôle sur l’afflux des demandes d’immigration et de pouvoir sélectionner en continu des candidates et des candidats de la catégorie de travailleurs qualifiés qui répondent le mieux aux besoins du Québec», écrit le MIDI, qui entend déployer ce service «prochainement». 

Autre projet: le regroupement, dans un nouvel immeuble du Carré Saint-Laurent, à Montréal, du personnel qui travaille actuellement dans cinq bâtiments différents de la métropole. Le déménagement devrait se faire graduellement entre juillet et décembre 2019 «et sera accompagné d’une succession de changements auxquels doivent être préparées les ressources du ministère». 

«Dans le but d’assurer le succès de la mise en œuvre de ces projets et autres changements prévus, le MIDI doit tenir compte de la capacité organisationnelle à changer et doit préparer adéquatement la transition entre la situation actuelle et celle visée», résume le ministère. 

Au 31 mars 2018, le MIDI comptait quelque 1352 employés (761 personnes occupant un emploi régulier et 591 personnes à statut occasionnel). 

Le Soleil a tenté mardi d’obtenir des précisions sur l’appel d’offres et les intentions du gouvernement Couillard auprès du cabinet du ministre de l’Immigration, mais n’avait pas eu de retour au moment d’écrire ces lignes. 

Dans un rapport publié en novembre, la Vérificatrice générale a conclu que la francisation des immigrants au Québec était un échec, alors que seulement le tiers des immigrants auxquels est destiné le processus de francisation se sont inscrits aux cours offerts par le ministère entre 2010 et 2013. De ce groupe, près du tiers ne s’est jamais présenté ou a abandonné en cours de route sans que ces désistements ne fassent l’objet d’un suivi du ministère, qui a injecté 74 millions $ en 2016-2017 pour ces programmes de francisation.

Autre constat de la vérificatrice: plus de 90% de ceux qui complètent le cours de francisation sont incapables de fonctionner au quotidien en français. 

Le ministre de l’Immigration, David Heurtel, s’était engagé à donner suite aux recommandations de la vérificatrice en effectuant une évaluation des programmes d’intégration, un suivi plus rigoureux des ententes conclues avec les partenaires et une meilleure reddition de comptes du ministère à ce chapitre. Il avait également annoncé un plan d’action en cinq points pour corriger les écueils dénoncés par la vérificatrice en matière de francisation. 

Le gouvernement Couillard s’attend à accueillir entre 49 000 et 53 000 immigrants encore cette année, selon le Plan d’immigration du Québec 2018.

En région

À Gaspé, des étudiants de retour à la résidence

GASPÉ – Plus de la moitié des 280 étudiants évacués à la suite de l’incendie aux résidences du Cégep de la Gaspésie et des Îles, à Gaspé, ont pu réintégrer leur chambre, soit 165 personnes.

Les autres passeront la fin de session chez leur famille, des amis, ou relogés dans la résidence de l’école secondaire de Gaspé. 

LIRE AUSSI: Feu au Cégep de Gaspé: 280 évacués, dont 70 à reloger

«Les murs ont emprisonné de la fumée et il va falloir faire des rénovations cet été pour que les étudiants puissent y retourner», explique la porte-parole du Cégep, Julie Lépine. La cause de l’incendie est encore inconnue, comme le montant des dommages. 

Un pavillon de 19 chambres, qui communique par corridor avec les autres résidences, est parti en fumée le 16 mai. Une campagne de financement est en cours pour aider les étudiants sinistrés. Accessible via le site web du Cégep, elle avait permis d’amasser 3537 $ mardi.

Affaires

Une travailleuse a gain de cause contre son employeur qui la traitait de «conne»

MONTRÉAL - Le Tribunal administratif du travail de la région de Montréal a reconnu le harcèlement psychologique qu’a subi une travailleuse pendant des mois de la part du propriétaire des bars où elle travaillait. Celui-ci la traitait de «conne», d’«épaisse» et lui a notamment dit que les «Québécois ont pas de classe».

Sara Anctil a travaillé comme barmaid pour le Bar Lajeunesse et le bar La Petite Boîte, qui appartenaient au même propriétaire, Paolo Alessio, de juillet 2014 à août 2015.

«Au moins une fois par semaine, pendant toute la durée de son emploi, M. Alessio s’assoit au comptoir du bar et fait part à la plaignante de divers préjugés. En plus de mentionner régulièrement que les «Québécois ont pas de classe», M. Alessio critique les femmes en général. Il tient des propos vulgaires et dégradants sur ce qu’il juge être des caractéristiques propres à la personnalité des femmes, en plus de les assimiler à des objets sexuels», relate le Tribunal.

Mme Anctil a fini par démissionner, «n’en pouvant plus d’endurer les insultes et d’être dénigrée par M. Alessio», relate le juge administratif Dominic Fiset.

Le tribunal s’est retrouvé devant deux versions contradictoires, puisqu’il n’y a pas eu de témoin pour corroborer les faits. Mais il a retenu la version de la plaignante, qui, dit-il, a référé à des événements détaillés et a admis avec honnêteté, à quelques reprises, qu’elle s’était trompée.

Le propriétaire, lui, avait nié en bloc les allégations de la plaignante. Il avait soutenu n’avoir jamais été arrogant ou insultant de toute sa carrière, ni avoir haussé le ton face à ses salariés, ni avoir été l’objet de quelque plainte devant le tribunal pour sa façon de traiter ses employés.

Dans sa décision, le juge administratif relate plusieurs propos qui auraient été tenus, comme «t’es donc bien conne» et «crisse, tu comprends rien quand j’te parle».

En décembre, lorsque la plaignante était sortie pour fumer à l’extérieur pendant son quart de travail, il lui avait intimé l’ordre de reprendre le travail. Il lui avait dit de ne pas fumer dehors quand il faisait froid, elle qui se plaignait régulièrement que la température dans le bar était trop froide. «Là où le bât blesse toutefois, c’est lorsque M. Alessio déboutonne sa chemise pour lui montrer son torse et ajoute qu’il a le sang chaud parce qu’il est italien et que les Québécois comme elle sont des «osties de frileux»», écrit le juge administratif Fiset.

«À compter du mois de mai 2015 et jusqu’à sa démission, M. Alessio contacte plusieurs fois par jour la plaignante sur son téléphone cellulaire personnel, le plus souvent sans raison en lien avec son travail. La plaignante prend ses appels, espérant que chaque coup de fil est pour lui offrir un quart de travail supplémentaire», relate le juge.

Le juge relate que du 4 au 10 août, alors qu’elle ne travaille pas, «ces appels sont au nombre de cinq ou six par jour, et même que lors d’une de ces journées, un sommet de 11 appels est atteint».

M. Alessio lui avait aussi dit qu’il désapprouvait le port de jean troué et d’un chandail en coton ouaté. «Une telle critique ne constitue pas en soi un abus des droits de la direction. Là où la chose se gâte, c’est lorsqu’il lui dit qu’elle n’a pas de classe et précise que les «Québécoises n’ont pas de classe»», écrit le tribunal.

Il lui aurait aussi dit que «le fait qu’elle ait un copain n’est pas une bonne chose pour elle», souligne le juge.

Mme Anctil a fini par démissionner par message texte, sans préavis, ce qui n’a pas plus à M. Alessio. «Frustré de son silence, il la relance à trois reprises (...) pour la menacer de ne pas lui payer le salaire qu’il lui doit pour son travail dans l’un ou l’autre des deux bars si elle ne lui donne pas un préavis d’une semaine», écrit le juge administratif.

Le Tribunal reconnaît le harcèlement psychologique dont Mme Anctil a été victime. «La preuve a démontré que M. Alessio a adopté à l’endroit de la plaignante une conduite vexatoire qui s’est manifestée par des comportements, paroles, actes ou gestes répétés qui sont hostiles ou non désirés. Cette conduite a porté atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique ou physique de la plaignante et entraîné pour elle un milieu de travail néfaste.»

Le Tribunal a réservé sa compétence pour déterminer les mesures de réparation appropriées à l’endroit de Mme Anctil.

Actualités

Le syndicat des professeurs de l’UQTR gagne devant le tribunal

MONTRÉAL - Le Syndicat des professeurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières a gain de cause contre la direction. Le tribunal ordonne à l’Université de cesser de s’ingérer dans les affaires du syndicat et de s’abstenir de s’adresser directement aux membres du syndicat au sujet de la négociation en cours.

Le Tribunal administratif du travail a ainsi émis l’injonction provisoire qu’avait demandée le syndicat, dans le cadre de la difficile négociation et du lock-out qui sévissait à l’UQTR. Depuis, le lock-out a été levé, sous la menace d’une loi spéciale, et les parties ont moins d’un mois pour s’entendre sur le renouvellement de la convention collective.

La direction avait décrété le lock-out le 2 mai. Le 11 mai, lors d’une séance de médiation au bureau du ministère du Travail à Québec, la direction de l’UQTR avait transmis au syndicat une offre globale de 21 pages, en lui demandant de la soumettre au vote des membres.

Mais, alors même que les représentants du syndicat se dirigeaient vers Trois-Rivières, le bureau du rectorat avait aussi transmis l’offre par courriel à tous les professeurs.

Le syndicat avait donc porté plainte au tribunal pour ingérence et entrave aux activités syndicales et pour négociation de mauvaise foi. Il avait présenté une demande d’ordonnance provisoire et permanente. La demande d’ordonnance provisoire vient donc d’être acceptée.

Devant le tribunal, l’UQTR avait nié l’entrave et l’ingérence dans les affaires syndicales, en affirmant qu’elle avait «simplement exercé sa liberté d’expression afin de transmettre une information neutre, objective, véridique, dénuée de promesse ou menace, et que les professeurs étaient libres de lire ou non», rapporte le juge administratif Christian Drolet.

Mais le tribunal n’a pas retenu cette version. «À peine 30 minutes après la fin de la rencontre, alors que les représentants du syndicat se dirigent vers Trois-Rivières, l’UQTR transmet l’offre globale à tous les professeurs, sans aucun préavis au syndicat. Pourquoi et pourquoi si rapidement? Pour les informer, répond-elle», relate le juge administratif Drolet.

«Compte tenu du contexte, il est clair pour le tribunal que l’intention ne se limitait pas à informer, mais également à influencer, bref à s’ingérer dans les activités du syndicat. Or, il appartient au syndicat, en sa qualité de représentant exclusif des salariés, de décider comment informer ses membres d’une offre patronale, et ce, au moment qu’il juge approprié», rapporte-t-il.

«Il ne fait pas de doute que l’agissement de l’UQTR a causé un préjudice sérieux au syndicat, en affectant son rôle de représentant exclusif des professeurs et en minant sa stratégie de négociation», écrit-il encore.

La demande d’injonction provisoire a donc été acceptée; celle sur la demande d’ordonnance permanente devra éventuellement être entendue.

Actualités

Boufeldja Benabdalla implore les élus d’amender C-71 pour bannir les armes d’assaut

OTTAWA - Le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, a imploré mardi les élus d’un comité parlementaire d’inclure dans le projet de loi sur le contrôle des armes des dispositions afin de bannir les armes d’assaut.

«S’il vous plaît, s’il vous plaît. Aidez-nous, aidez-nous, et aidez la société à ce que ce genre d’arme d’assaut, de guerre, ne soit pas dans ce pays. C’est pour le bien de toute la société», a-t-il plaidé devant les députés du comité permanent de la sécurité publique et nationale.

Il a fait valoir que le bilan de la fusillade à la mosquée de Québec, qui a fait six morts pendant la prière à la mosquée le 29 janvier 2017, aurait pu être beaucoup plus lourd si l’arme du tireur ne s’était pas enrayée - un type d’arme qui ne devrait tout simplement pas circuler au Canada, a-t-il insisté.

«Tous les gens sont sidérés que cet individu avait une arme d’assaut», a lâché Boufeldja Benabdallah, invitant les élus à laisser la partisanerie de côté et à soutenir unanimement une prohibition des armes d’assaut au Canada.

«C’est cet appel que je fais à vous tous ici (...) et je vais taper sur le clou jusqu’à ce que ça marche; Inch’Allah, si Dieu le veut», a-t-il laissé tomber.

À ses côtés, Heidi Rathjen, coordonnatrice du groupe PolySeSouvient, qui milite en faveur d’un meilleur contrôle des armes à feu, a aussi réclamé une prohibition des armes d’assaut.

Elle a soutenu que le projet de loi libéral respectait «à peine» les promesses contenues dans la plateforme électorale libérale, mais qu’il ne s’agissait pas selon elle d’un cadre assez robuste.

À sa sortie de la réunion du comité, elle a dit avoir un espoir, mais mince, que le gouvernement Trudeau accède à sa demande. En revanche, elle s’est réjouie que cette présence puisse sensibiliser la population canadienne sur la question des armes d’assaut.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a réitéré mardi matin à son arrivée à la réunion du cabinet libéral qu’il était ouvert aux suggestions des différents groupes qui interviendront au cours de l’étude du projet de loi libéral.

Le projet de loi C-71 sur le contrôle des armes à feu ne contient pas de mesure visant à prohiber les armes d’assaut au pays.

Il prévoit que le dernier mot en matière de classification des armes à feu revienne à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et non plus aux politiciens comme la législation le prévoyait sous le précédent gouvernement conservateur.

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Arts

Le recours collectif des Courageuses contre Gilbert Rozon autorisé

L’action collective des «Courageuses», ce groupe de présumées victimes d’agressions sexuelles et de harcèlement par le fondateur de Juste pour rire, Gilbert Rozon, peut maintenant aller de l’avant.

Dans une décision rendue mardi, le juge Donald Bisson de la Cour supérieure a autorisé le recours civil dirigé contre l’homme d’affaires bien connu.

Il accorde au groupe «Les Courageuses» le droit de réclamer, au nom de toutes «les personnes agressées et/ou harcelées sexuellement par Gilbert Rozon», jusqu’à 10 millions $ en dommages punitifs, en plus des dommages moraux et pécuniaires.

Le magistrat autorise aussi l’utilisation de pseudonymes pour protéger l’identité des femmes. On ne connaît pas leurs noms, sauf celui de la représentante du groupe, la comédienne Patricia Tulasne.

Il s’agit ici d’une bonne façon de procéder, estime le magistrat, selon qui «le véhicule procédural de l’action collective a démontré son efficacité dans les dossiers d’agressions sexuelles puisqu’il a permis à des centaines de victimes d’avoir accès à la justice au Québec».

Si «Les Courageuses» n’étaient pas autorisées à intenter la présente action, «il est fort probable que de très nombreuses victimes seraient privées de l’exercice de leurs droits», ajoute-t-il dans son jugement de 40 pages.

Au moins 20 victimes

Selon «Les Courageuses», le nom que s’est donné le groupe de femmes qui accusent Gilbert Rozon, ce dernier aurait fait au moins 20 victimes sur une période de 34 ans, de 1982 à 2016. Ce nombre ne serait que «la pointe de l’iceberg», est-il allégué dans leur demande en justice.

La cause est inhabituelle, souligne le juge, car elle se distingue des autres actions collectives intentées dans le passé pour agressions sexuelles, dirigées vers des institutions religieuses ou d’enseignement.

«La particularité du présent dossier est que la demande ne vise pas une institution au sein de laquelle travaillait l’agresseur, mais bien uniquement l’agresseur allégué seul», écrit-il.

M. Rozon a d’ailleurs tenté d’empêcher que le recours soit autorisé, plaidant qu’il ne respectait pas les critères de la loi. Le juge a rejeté tous ses arguments.

L’ex-producteur de 63 ans a notamment fait valoir au juge que l’action collective n’était pas le véhicule procédural approprié et que les femmes auraient plutôt dû le poursuivre indépendamment, car il s’agit de situations individuelles, qui ne sont pas reliées entre elles.

Il prétend aussi que l’action de la représentante du groupe - Patricia Tulasne, qui rapporte avoir été agressée en 1994 - n’a pas été intentée dans les délais requis et qu’elle n’a pas démontré qu’elle était incapable d’intenter une poursuite avant 2017.

Version des faits suffisante

Pour le juge Bisson, ces questions de prescription et d’impossibilité d’agir sont complexes et n’empêchent pas l’autorisation de l’action collective: le débat pourra se faire plus tard, écrit-il.

Et alors que M. Rozon prétend que Mme Tulasne s’est contredite en racontant son agression et qu’elle n’apporte aucune preuve spécifique, le juge indique que sa version des faits est suffisante pour appuyer son recours à cette étape-ci. Pas besoin de corroboration des agressions par un tiers pour qu’une action collective soit autorisée, tranche le juge Bisson.

De plus, «M. Rozon n’a pas formellement tenté de nier ces événements ni ne les a formellement niés. C’est plutôt leur interprétation qu’il a remise en cause», est-il écrit. Il pourra toutefois contredire les allégations des femmes lors du procès.

Lors de l’audience pour l’autorisation, l’ex-producteur avait aussi plaidé, par la bouche de ses avocats, que «charmer en utilisant son pouvoir n’est pas une faute en soi». Il avait aussi mentionné qu’il faut se questionner sur le consentement des victimes alléguées, qui est quelque chose, selon lui, «qui se passe dans leur tête» et pour laquelle il ne peut être tenu responsable.

À ce sujet, le juge écrit que l’agression rapportée par Mme Tulasne «ne correspond aucunement à la banalisation grossière et déformée que présente M. Rozon».

Ce jugement d’autorisation peut être porté en appel par M. Rozon, en demandant la permission d’un juge.

Les allégations des «Courageuses» n’ont pas été prouvées en cour et aucune accusation criminelle n’a été déposée contre M. Rozon.

Dans la foulée des allégations d’agression rapportées dans des médias en octobre dernier, il a démissionné de ses fonctions de président du Groupe Juste pour rire et son entreprise a depuis été vendue.

Fait divers

Disparition de Gilles Giasson: les recherches reprennent au site d'enfouissement

Une trentaine de policiers participent, mardi, aux recherches sur le site d'enfouissement de Saint-Étienne-des-Grès, en Mauricie, afin de faire avancer l'enquête sur la disparition de Gilles Giasson, porté disparu depuis vendredi.

Des policiers spécialisés en recherches terrestres et d'autres provenant de l'unité des crimes contre la personne sont déployés sur le site d'enfouissement. Une technicienne en scène de crime est également sur place pour recueillir des informations dans l'éventualité où des restes humains seraient trouvés.

Lire aussi: Disparition de Gilles Giasson: le corps dans les déchets?

Deux rétrocaveuses sont également utilisées, ajoute Éloïse Cossette, porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ).
Les autorités ont entamé des fouilles au site d'enfouissement, lundi, sans que des «indices ou des éléments reliés à la disparition» de l'homme de 67 ans eût été trouvés, affirme Mme Cossette.
Depuis le signalement de la disparition, les enquêteurs de la Sûreté du Québec privilégient la thèse du meurtre.
Gilles Giasson est le père de François Asselin qui a été accusé du meurtre de son collègue de travail, la semaine dernière, à Sherbrooke.
François Asselin a été accusé, vendredi, du meurtre au deuxième degré de François Lefebvre et d'outrage à son cadavre. Il a plaidé non coupable.
La Sûreté du Québec dit chercher au sud du dépotoir près de la rivière Saint-Maurice.
Ce sont les démarches de l'enquête, comme la scène de crime et les témoignages de voisins et de témoins, qui ont mené les enquêteurs à venir chercher sur le site d'enfouissement, explique la porte-parole de la SQ.
Les recherches se poursuivront toute la journée.

Arts

Les Nombrils, joyau régional

Pour quiconque s'intéresse au travail des artisans derrière la série Les Nombrils, l'atelier donné par Delaf (Marc Delafontaine) et Dubuc (Maryse Dubuc) au Rendez-vous Art BD était probablement la meilleure place où aller cette année.

Quand des bédéistes signent une série à succès comme la leur, il n'est pas rare que leurs admirateurs doivent attendre en ligne pendant de longues minutes - voire des heures - avant de pouvoir les rencontrer un bref instant. Or, lors de leur rencontre avec le public dans une petite salle du Centre culturel Pierre-Gobeil samedi, quelques dizaines de personnes ont pu leur poser à main levée toutes les questions qu'elles avaient avant de faire dédicacer leur album.

« Quand est-ce qu'il va être prêt, le tome 8? » a d'ailleurs lancé un jeune lecteur, qui avait visiblement hâte de mettre la main sur Ex, drague et rock n' roll, le prochain album du duo, dont les premières pages sont actuellement en prépublication dans le magazine Spirou. « D'ici deux ou trois semaines! » a lancé avec enthousiasme le dessinateur Delaf, avant de se raviser après un regard en coin de la scénariste Dubuc. « Disons qu'avec la couverture et le matériel promotionnel, j'en ai pour un mois en tout. Ou peut-être deux... »

Les deux créateurs ont hâte de terminer l'album, notamment parce qu'ils sont rendus à l'étape qui est « un peu la job de bras », soit l'encrage de la dizaine de pages qui restent à faire. « C'est la partie qui est la plus mécanique, la moins créative », a expliqué Delaf, en avouant pouvoir écouter des films en même temps qu'il travaille. Ensuite, les pages seront envoyées à un coloriste en Belgique, et l'album sera prêt.

Une série pour les filles?

Le genre du lectorat des Nombrils a également été abordé au cours de l'atelier. La série était originalement publiée dans Safarir, magazine humoristique au lectorat principalement masculin. Mais quand la proposition a été faite au magazine belge Spirou, les éditeurs se sont réjouis : on leur envoyait enfin... une série « pour les filles ».

« On est plus lus par des filles, et c'est bien, parce que c'est un besoin qu'il y a en bande dessinée », estime Dubuc. « Au Québec, on est un peu une exception parce qu'il y a beaucoup d'auteures féminines, et de séries qui intéressent les filles, mais ce n'est pas nécessairement le cas en Europe », dit-elle.

« Et on attire aussi des garçons. Eux, c'est surtout l'humour qui les intéresse : ils disent qu'ils nous lisent parce que c'est drôle, alors que les filles nous lisent plus pour l'histoire. C'est comme si les gars avaient besoin d'un prétexte : ils précisent qu'ils l'achètent pour leur sœur, par exemple », poursuit la scénariste.

Les deux auteurs remarquent d'ailleurs qu'eux-mêmes ne rient pas aux mêmes blagues dans Les Nombrils; en tenant chacun à préserver des gags que l'autre ferait sauter, ils conservent cet équilibre qui rend la série unique.

En Estrie pour rester

Une publication en quatrième de couverture de Spirou, c'est un peu la consécration ultime pour une série BD. La majorité du public des Nombrils est en France, et le marché de la bande dessinée est pas mal plus actif en Europe qu'au Québec.

Pourtant, Delaf et Dubuc habitent toujours leur maison de campagne en Estrie, et n'ont pas l'intention de la quitter de sitôt. « La distance nous permet de rester dans notre bulle, de faire des albums qui nous font rire tous les deux avant tout. Quand nos pages sont envoyées, c'est parti, et c'est comme si tout ça se passait très loin de nous », explique Dubuc.

cdauphin@latribune.qc.ca

Insolite

Deux touristes français attaqués par des singes au Taj Mahal

NEW DELHI - Les autorités indiennes ont recommandé mardi aux touristes de se tenir à l’écart des singes après qu’un groupe de primates a légèrement blessé deux visiteurs français au Taj Mahal.

Les touristes souffrent d’égratignures et marques de morsures après avoir été poursuivis et assaillis par des singes alors qu’ils prenaient des photos dans l’enceinte du plus célèbre monument d’Inde.

«Ils prenaient des selfies devant le Taj Mahal lorsqu’une bande de singes les a attaqués», a déclaré à l’AFP l’officier de police touristique R. V. Panday. Les victimes ont reçu les premiers soins sur place.

Des hordes de singes rôdent dans le complexe du Taj Mahal et les gérants du site peinent à les empêcher de harceler les visiteurs. Ils conseillent de les éviter et de ne surtout pas les nourrir.

Bien que révérés dans cette nation à majorité hindoue, les singes représentent une menace dans de nombreuses villes indiennes. Ils peuvent saccager des jardins, des bureaux et des toits, s’en prennent parfois à des gens pour voler leur nourriture.

Selon leurs défenseurs, ces problèmes découlent de l’empiétement des zones urbaines sur leur habitat naturel.

L’année dernière, une touriste avait été blessée en essayant de récupérer son sac chapardé par un primate au Taj Mahal.

L’Inde compterait quelque 50 millions de singes, dont environ 10 000 à Agra, ville de l’iconique mausolée moghol. Selon des chiffres officiels, ils ont mordu 1.900 personnes dans la capitale New Delhi en 2016.