Le conseil d'administration cherchera un successeur à Alain Poitras et souhaite tourner la page sur l'«ère Yvon Carignan».

Le DG de la Maison Carignan démissionne

Trois-Rivières — Le centre de thérapie La Maison Carignan de Trois-Rivières se retrouve sans directeur général. Alain Poitras, celui qui occupait cette fonction depuis le congédiement du fondateur Yvon Carignan il y a près de quatre ans a récemment remis sa démission. Un processus de recrutement pour le remplacer est du même coup lancé, laissant entrevoir que le conseil d’administration souhaite désormais tourner la page sur ce qu’on a nommé «l’ère Yvon Carignan».

Selon ce que Le Nouvelliste a appris, les employés du centre de thérapie ont été rencontrés mardi matin afin d’être mis au courant de la nouvelle. Une lettre leur a été remise expliquant brièvement le contexte du départ de M. Poitras. Le président du conseil d’administration, Pierre Picotte, explique que l’organisme souhaite désormais aller à un autre niveau. «Alain Poitras a tenu l’organisme à bout de bras pendant près de quatre ans, il a fait son travail du mieux qu’il a pu dans un contexte où la maison n’a pas été épargnée depuis ce temps. C’est une personne loyale envers l’organisme et nous lui en serons toujours reconnaissants», confie M. Picotte. 

Une offre a été faite à Alain Poitras afin qu’il puisse revenir à ses anciennes fonctions, lui qui a oeuvré à la Maison Carignan pendant plus de 25 ans. Toutefois, M. Poitras a refusé cette offre et préféré démissionner.

Alain Poitras quitte ses fonctions de directeur général de la Maison Carignan.

On se souviendra qu’Alain Poitras avait pris la direction générale de la Maison Carignan en 2014, au moment où le fondateur et directeur général de l’époque, Yvon Carignan, était congédié. Ce dernier n’aura d’ailleurs jamais digéré qu’on lui montre ainsi la porte pour des allégations d’irrégularités administratives, et une poursuite civile contre la Maison Carignan sera entendue au mois de mai prochain. Yvon Carignan réclame tout près d’un million de dollars à l’organisme qu’il a fondé et dirigé.

Le conseil d’administration actuel a tenté de mettre en place des solutions alternatives pour éviter le départ d’Alain Poitras sans pour autant qu’il conserve la direction générale, mais il aurait refusé et remis sa démission. 

Ce départ ne serait cependant pas lié au dossier entourant le décès d’une résidente en décembre 2016, qui a mené à une enquête du coroner et, plus récemment, à l’ordonnance d’une enquête publique concernant ce décès par overdose survenu à l’intérieur des murs de la Maison Carignan. L’enquête publique, dont la date n’a pas encore été fixée, a été ordonnée à la suite de nouvelles révélations de la part d’anciens résidents de la Maison Carignan qui n’avaient pas été entendus par le coroner et dont les témoignages auraient pu changer les conclusions du rapport.

Selon certaines sources, bien qu’on indique que le départ de M. Poitras n’ait pas de lien avec l’ordonnance de cette enquête publique, on reconnaît que son «manque de leadership» dans ce dossier aura créé une «insécurité» et une «mauvaise communication du dossier». Une lecture que ne fait absolument pas Pierre Picotte ni le conseil d’administration, assure-t-il. 

«Nous n’avons jamais senti que M. Poitras avait manqué de leadership dans cette histoire. Il a été très affecté, évidemment et a eu beaucoup de peine pour la famille de la jeune femme, mais je suis certain que l’enquête publique n’a pas pesé dans la balance de sa décision. Ce qui ressortira de l’enquête publique, ce sont des recommandations, mais nous avons toujours été confiants que le travail avait été bien fait», constate Pierre Picotte.

Du coup, le conseil d’administration profite de ce départ pour tourner la page sur ce qu’on nomme désormais «l’ère Yvon Carignan», étant donné qu’Alain Poitras avait travaillé plus de 20 ans en compagnie de l’homme avant de lui succéder. Un processus formel de recrutement et de sélection de la prochaine direction générale a été confié à une firme spécialisée, et on assure que le successeur ou la successeure ne viendra pas de l’interne, histoire de véritablement tourner la page avec l’ancienne direction. «Les critères seront élevés, exigeants et nous allons chercher quelqu’un de rassembleur pour amener la Maison Carignan là où nous voulons aller. Il se passe déjà de bien belles choses à l’intérieur de la ressource, les employés y mettent tout leur coeur, les intervenants font un travail énorme et il y a de beaux défis devant nous. Pour nous, c’est une opportunité d’aller chercher quelqu’un qui saura maximiser le potentiel de chaque employé pour atteindre un autre niveau», constate M. Picotte.

Joint par téléphone, Alain Poitras a d’abord indiqué qu’il avait pris cette décision pour des raisons de santé, avant de dire qu’il ne commenterait pas davantage sa démission.

Yvon Carignan peu surpris

L’ancien directeur général et fondateur de la Maison Carignan, Yvon Carignan, n’a pas été surpris d’apprendre la démission de celui qui lui a succédé. Selon M. Carignan, ce n’était qu’une question de temps avant que le conseil d’administration réalise qu’Alain Poitras n’était pas à sa place dans ce poste.

«Depuis le début, je savais qu’il trouverait mes bottines assez pesantes. Mais les échos que j’avais de l’intérieur, c’est qu’il ne savait pas parler aux employés, et que l’ambiance était morose», avance M. Carignan. 

Ce dernier a déposé une poursuite au civil de près d’un million de dollars, poursuite qui sera débattue en cour le 22 mai prochain et dans laquelle, il réclame notamment de réintégrer son poste. Voilà pourquoi il sourcille en entendant que le conseil d’administration souhaite tirer un trait sur «l’ère Yvon Carignan».

«S’ils veulent réellement tirer un trait, il faudra qu’ils changent le nom de l’institution, car c’est mon nom. C’est moi qui ai fondé cet endroit», constate-t-il.

De son côté, le président du conseil d’administration, Pierre Picotte, s’est dit exaspéré et déçu de constater qu’en cherchant à faire du tort aux têtes dirigeantes de la ressource, Yvon Carignan fait avant tout du tort aux employés de la Maison Carignan. «Je pense que M. Carignan n’est pas conscient à quel point il insécurise le personnel lorsqu’il fait ses sorties publiques et ses attaques. Notre personnel a de la peine, parce que leur travail ne semble pas être reconnu dans l’opinion publique. Pourtant, ils ont énormément de mérite et font un travail exemplaire. J’aurais espéré que M. Carignan réfléchisse un peu plus avant d’agir de la sorte», mentionne M. Picotte.