L’industrie du taxi a cessé tout moyen de pression jusqu’à nouvel ordre.

Le désespoir en direct

Trois-Rivières — L’industrie du taxi a été fortement ébranlée, vendredi, lorsqu’un chauffeur de taxi qui accordait une entrevue à la télévision en lien avec le projet de loi 17 a commis un geste laissant croire qu’il tentait de s’enlever la vie en direct. Le geste, qui a secoué des milliers de personnes partout au Québec, a incité les chauffeurs de taxi à cesser tout moyen de pression jusqu’à nouvel ordre, et a fait réagir le ministre des Transports François Bonnardel qui s’est dit «bouleversé» de l’événement.

L’entrevue avec cet homme se déroulait sur les ondes de LCN tôt le matin, en duplex avec le journaliste et animateur Jean-François Guérin. L’homme, propriétaire d’une vingtaine de permis de taxis, se disait acculé à la faillite en raison des nouvelles règles incluses au projet de loi, qui abolit notamment les permis de taxis et ouvre la porte aux entreprises comme Über. Lorsque l’homme a posé son geste, dont nous choisissons volontairement de ne pas relater la nature, on peut voir qu’au moins un membre de l’équipe sur le plateau de télévision se précipite auprès de lui pour l’aider, alors qu’il continue de clamer «non, c’est fini».

Rappelons que les chauffeurs de taxis de partout au Québec ne décolèrent pas depuis la semaine dernière, moment où le ministre a fait connaître les grandes lignes du projet de loi. Pour certains chauffeurs ayant fait l’acquisition d’un permis de taxis valant parfois entre 100 000 $ et 125 000 $, ces nouvelles règles font perdre la grande majorité de la valeur aux permis et se retrouvent en situation de dette importante face aux institutions financières.

Si plusieurs compagnies au Québec, comme Taxi COOP à Trois-Rivières, ont choisi de ne pas commenter l’événement, Jacques de Montigny de chez Taxi Élite à Trois-Rivières ne cachait pas qu’il était ébranlé vendredi matin, et souhaite que le ministre des Transports et le premier ministre changent de ton envers les chauffeurs de taxi.

«Ça a été dit. On le savait que ça pouvait se produire. Les gens se retrouvent devant des hypothèques très élevées et des mesures compensatoires dont on ignore encore la teneur pour nous. Devant l’incertitude, ça crée de la détresse et de l’anxiété. Il y a eu des mises en garde. Mais le premier ministre nous a répondu avec condescendance et mépris», constate M. de Montigny.

Des mesures compensatoires de 500 M$ ont été annoncées par le gouvernement ce qui, pour les représentants de l’industrie, serait nettement insuffisant. «Et encore, si au moins on savait comment sera répartie cette aide, de quelle façon ça va me toucher directement, ce serait déjà ça. Mais on ne sait rien», relate l’homme qui plaiderait pour que le gouvernement impose des montants supplémentaires à Über pour que ces montants soient retournés en compensation à l’industrie du taxi. «Et de véritables mesures compensatoires! Parce que si c’est pour être reversé à Pierre-Karl Péladeau pour qu’il puisse racheter Téo Taxi, ça ne m’apportera rien à moi», lance-t-il.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, a refusé vendredi d’accorder des entrevues sur le sujet et y est allé d’une déclaration par voie de communiqué. «Je suis sincèrement bouleversé par ce qui s’est produit ce matin. Je suis également touché par les témoignages et les situations humaines rapportés dans les médias. Tous les jours, je réitère l’importance de privilégier un dialogue ouvert afin d’assurer une transition harmonieuse et de pérenniser l’industrie traditionnelle du taxi. Des discussions ont toujours cours entre vos représentants et le gouvernement du Québec, et se poursuivront dans les prochaines semaines. Laissons une chance à notre dialogue de réussir», a-t-il déclaré.

Prévention

Vendredi, une journée «dumping» était prévue à titre de moyen de pression. Les courses commandées par applications mobiles devaient être gratuites jusqu’à un maximum de 20 $, un moyen qui visait à «casser» la concurrence et priver le gouvernement de revenus de taxes mais sans pénaliser la clientèle. Ce moyen de pression de même que tous les autres moyens prévus jusqu’ici ont été suspendus, et ce, jusqu’à nouvel ordre.

Le porte-parole de l’industrie du taxi au Québec, Abdallah Homsky, s’est rendu au Centre de prévention du suicide de Québec afin de laisser toute la place et l’attention médiatique à la question de la prévention du suicide.

À Trois-Rivières, le Centre de prévention suicide Accalmie a lui aussi réagi à cette nouvelle. Son directeur général, Patrice Larin, a invité toute personne pouvant ressentir de la détresse, mais également les gens craignant pour un proche, de ne pas hésiter à demander de l’aide.

«Toutes les formes de conflits, comme ici un conflit de travail, peuvent amener de la détresse. Mais comment cette détresse va-t-elle s’exprimer? Chaque personne réagit de façon très variable et exprimera sa détresse de différentes façons. Ce qu’il faut marteler, c’est que l’aide et le soutien existent dans tout ce qui aura déclenché cet épisode de détresse», mentionne M. Larin.

Ce dernier n’a pas souhaité s’attarder sur la question du geste posé en direct à la télévision. «C’est peu commun, mais nous ne voulons pas mettre l’emphase là-dessus. Nous ne connaissons pas l’histoire de vie de cet homme. Il est clair que ce conflit aura été un déclencheur, mais y avait-il d’autres facteurs qui ont nourri cette détresse? Dans tous les cas, l’aide est là et elle fonctionne», martèle-t-il.

Toute personne vivant de la détresse ou toute personne craignant pour la santé ou la sécurité d’un proche peut téléphoner en tout temps au Centre de prévention du suicide en composant le 1-866-APPELLE.