C'est à Trois-Rivières que la vie professionnelle de Mostafa Annaka va véritablement prendre son envol.

Le cri du coeur de Mostafa entendu à Trois-Rivières

Dès lundi prochain, Mostafa Annaka, de la région de Montréal, pourra abandonner son boulot dans une cafétéria pour enfin exercer son métier d'ingénieur électrique, et ce, à Trois-Rivières.
L'un des directeurs chez Construction St-Arnaud, Javier Paredes, a été touché par la présentation de Mostafa Annaka.
Après quatre années de recherche d'emploi, l'homme d'origine égyptienne avait plaidé sa cause dans une capsule vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, ce qui a eu pour effet de séduire Construction St-Arnaud.
«C'est Mostafa qui m'a contacté en m'envoyant un message sur LinkedIn. Il avait vu que j'étais immigrant moi-même. C'est en regardant la vidéo que ça m'a touché un peu plus encore. On l'a appelé après pour le rencontrer et le reste s'est déroulé quand même très vite», raconte l'un des directeurs, Javier Paredes. 
«On avait quelques postes de chargés de projets à combler et on était vraiment en recherche pour ce type de profil», renchérit-il.
Lui-même est arrivé au pays en octobre 2011 avec une compagnie espagnole pour construire un parc éolien dans le centre du Québec. Deux ans plus tard, il était embauché par son donneur d'ordre, Construction St-Arnaud, pour s'installer à Trois-Rivières. 
«On adore vraiment ça habiter ici, c'est une petite ville qui a tous les services et il n'y a pas de trafic», confie M. Paredes.
Dès le 5 juin, il recevra donc sa recrue de 32 ans dans les bureaux de la rue Barkoff, l'entreprise ayant son siège social à Sainte-Geneviève-de-Batiscan.
«Je suis venu vendredi passé pour faire l'entrevue, j'ai beaucoup aimé la ville, il y a beaucoup d'espace vert, c'est moins peuplé que Montréal. Pour moi, c'est une bonne place à vivre. Je vais venir lundi prochain pour voir tous les bureaux de la compagnie, les équipements. Je signe mon contrat lundi», a fièrement annoncé Mostafa Annaka dans une entrevue accordée au Nouvelliste.
Dans son message vidéo, celui-ci désespérait pourtant de décrocher un tel emploi, quatre ans après son arrivée au Québec. En Égypte, il avait été ingénieur électrique pendant cinq ans.
Non seulement aura-t-il appris le français, mais cet immigrant a fait reconnaître ses études par le gouvernement en plus de faire tous les examens pour obtenir son permis d'ingénieur junior. Or, l'envoi de curriculum vitae, pendant quatre ans, ne lui avait pas encore permis de recevoir le moindre appel.
«J'ai l'impression que parfois, les employeurs doutent de la valeur des diplômes étrangers. J'ai pu rencontrer un employeur et au lieu de me questionner sur mes compétences et mes connaissances professionnelles, il m'a demandé si j'étais musulman, si je faisais le ramadan et quelle était mon opinion sur les femmes voilées», déplorait-il dans son témoignage vidéo.
Après un retour à l'école pour décrocher sa deuxième maîtrise, Mostafa Annaka gagnait sa vie dans une cafétéria, jusqu'à son embauche providentielle à Trois-Rivières.
«Je connais un prof universitaire qui travaille dans un stationnement, un dentiste qui travaille dans une cuisine et un chimiste qui a abandonné sa carrière. Je pense qu'on pourrait être plus utile que ça pour la société québécoise. Pour moi, l'immigration devrait être vue comme une richesse dans la société, pas quelque chose qui fait peur. Quitter son pays demande beaucoup de courage et beaucoup de résilience. Je crois fortement que mon parcours et mon expérience peut amener beaucoup à l'entreprise qui voudra m'engager. Donnez une chance à l'immigration. Donnez-moi une chance», concluait-il dans son intervention web.
Alors que les deux premiers mois de son mandat se dérouleront dans les environs de la métropole, Mostafa Annaka n'entend déménager à Trois-Rivières qu'au mois d'août. Sa conjointe Rachelle, une enseignante québécoise, pourrait bien le suivre si un emploi devait être disponible dans la région.
Après l'article paru en début de semaine dans La Presse+, l'ingénieur égyptien admet avoir reçu plusieurs offres d'entrevues de la part de compagnies «beaucoup plus grandes».
«Mais je tiens à travailler pour Construction St-Arnaud parce que c'est la première entreprise qui m'a donné ma chance sans voir l'article en m'offrant ce poste et en reconnaissant ma valeur», a-t-il soutenu.
«Les préjugés existent»
Alors que certains employeurs hésitent encore à recourir à une main-d'oeuvre étrangère, des firmes professionnelles offrent des services d'accompagnement pour faciliter l'intégration des travailleurs immigrants dans leur terre d'accueil.
«Il y a toujours un peu de préjugés, par la méconnaissance des cultures et des religions. Ça peut être une barrière. On ne peut pas évoquer ce genre de critères, de raisons pour ne pas retenir une candidature, c'est dans le domaine du caché. Est-ce que les gens peuvent se heurter? Oui, mais c'est vrai pour n'importe quoi, il peut y avoir de la discrimination dans tout, que ce soit par le sexe, la race ou même la religion. Ça serait faux de croire que ça n'existe pas, ça existe», admet le président-directeur général du Groupe SFP à Trois-Rivières, Denis Gamache.
«Il y a encore du travail à faire au niveau des préjugés, au niveau des employeurs, à embaucher un immigrant. Il y a encore de la sensibilité à faire là-dessus. Ça passe par des campagnes, les médias, mais aussi par des organismes comme le nôtre sur le terrain», renchérit la directrice générale de Stratégie Carrière, Marie-Josée Dallaire. 
Annuellement, son département consacré à l'immigration offre des services à plus de 200 immigrants et «80 % se trouvent un emploi en Mauricie». «Utiliser les services d'un organisme en employabilité, ça fait une grosse différence, avec tout le volet sensibilisation à l'employeur. Et quand ils ont trouvé un premier emploi, ils sont motivés, fidèles, loyaux et travaillants. Dans mon équipe, j'ai des perles», témoigne-t-elle.
À son avis, l'accompagnement a peut-être manqué dans le cas de Mostafa Annaka. «Par contre, il s'est servi de son réseau, ce qui est vraiment excellent. Il a utilisé les gens qu'ils connaissaient, dans le même domaine, et ça lui a permis de se faire connaître. C'était quand même une bonne façon», croit Mme Dallaire.
Pour sa part, Denis Gamache considère que les employeurs «ont tout intérêt à s'ouvrir à ces différentes cultures» pour faire face à la pénurie de main-d'oeuvre. D'où l'option du recrutement international que propose sa firme en ressources humaines.
«Grâce à l'utilisation du Programme des travailleurs étrangers temporaires du gouvernement canadien, il est possible de recruter des travailleurs étrangers directement dans leur pays d'origine en fonction du profil recherché par l'entreprise en terme de formation et d'expérience», se plaît à expliquer celui qui revient tout juste d'une mission internationale.
Selon lui, l'employeur qui se prive de ce type de candidature «se prive d'une richesse en mesure de répondre à ses besoins». «Trop souvent, je vois beaucoup d'entreprises qui ont de la difficulté à assurer leur plan d'exploitation et même leur pérennité, faute de main-d'oeuvre», affirme le grand patron du Groupe SFP.
Ce dernier confirme «qu'il y a beaucoup de méconnaissance envers la religion musulmane». «On est en processus pour recruter ce type de personnes. Ce sont des gens très qualifiés. On s'assure de bien cerner les besoins de l'entreprise et on présente des candidatures en conséquence», explique-t-il.
Car, d'ajouter M. Gamache, «c'est beaucoup plus difficile quand tu fais tes démarches par toi-même». «Jusqu'à maintenant, notre clientèle est très satisfaite des services rendus par les travailleurs étrangers», conclut celui qui ne cache pas tout le défi de la reconnaissance des acquis.