Le courrier du cœur

CHRONIQUE / Une lectrice du secteur Grand-Mère m’a écrit pour me dire à quel point elle s’ennuyait de ses petits-enfants en ces temps d’isolement. La ville dans laquelle ils sont installés n’est pas si loin mais la dame de 71 ans respecte avec rigueur la consigne de ne pas quitter la maison, même si c’est difficile. Elle suggère de prendre des nouvelles des grands-parents chaque jour.

J’ai adoré l’idée et j’ai décidé de m’en servir pour mon cours de français matinal. Ça nous donnait aussi un excellent prétexte pour répondre à notre mamie qui avait parti le bal de cette correspondance en envoyant à chacun des enfants de la maison une missive pour prendre de leurs nouvelles en début de semaine. Tout excité de ce cadeau postal, mes petits écrivains en herbe ont composé une réponse qui réjouira, on l’espère, leurs destinataires.

Armé de papier à lettre, qui constituait jadis une collection précieuse, on a écrit avec un crayon, sans correcteur automatique. Chacun a composé quelques phrases pour raconter comment ça se passait chez nous et surtout leur dire à quel point on les aime. Aucune faute n’était tolérée. Chacun a embarqué dans l’activité sans se faire prier, ce qui m’a permis d’avoir un matin beaucoup plus agréable qu’hier. Aucune feuille n’a été mutilée et aucune porte n’a été claquée, pour moi c’est sans contredit une bonne journée!

Comme je n’avais pas de timbre en réserve, on a pris une marche jusqu’au bureau de poste situé à un peu plus d’un kilomètre de la maison, prétexte pour brûler le surplus d’énergie en fin d’avant-midi.

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Même si Alexis a rouspété un peu, il a joué le jeu. Samuel, qui trouvait que j’étais cruelle de le faire marcher jusque-là, a pris son vélo en prenant soin de choisir son itinéraire en fonction des flaques d’eau. À 5 ans, le bonheur est… salissant.

Au bureau de poste, Annie Lafrenière s’ennuyait un peu. C’est plus tranquille ces jours-ci, nous confiait-elle. Elle était très heureuse de prendre le temps de nous expliquer le chemin que parcouraient les trois enveloppes maintenant décorées d’un timbre avec une face d’ours. La sympathique postière nous a appris que même si l’adresse inscrite sur les trois envois était à environ 8 km de leur point de départ, elles se rendraient d’abord à Montréal avant de revenir vers Joliette d’où elles prendraient le chemin de leur destination finale. Justine et Alexis ont écouté ses explications avec attention.

Samuel trouvait assez étrange qu’on se donne autant de mal alors qu’on aurait simplement pu aller porter les lettres en mains propres. «Papi et mamie seront contents de recevoir cette surprise par la poste, tu ne penses pas?» À voir son expression faciale, ma réponse ne l’a convaincu qu’à moitié…

Que ce soit par téléphone, texto, FaceTime ou par la poste, il y a sûrement dans votre entourage un grand-parent qui apprécierait le geste. S’il n’y en a pas, pourquoi ne pas en adopter un? Il y a beaucoup de personnes isolées qui apprécieraient une brève conversation, une lettre ou un dessin coloré. Il y a certainement une belle opportunité de relation intergénérationnelle à saisir. En tout cas, sous notre toit mercredi matin, ce fut un excellent prétexte pour un petit cours de français déguisé!

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Merci de m’écrire et continuez de le faire! J’apprécie grandement vos suggestions. Je vous partage celles de René, un grand-papa qui est sollicité pour une semaine de gardiennage. Il avait prévu un programme bien rempli avec ses petits-fils. Mots mystère du Nouvelliste, hockey balle dans le sous-sol, tours de motoneige et lecture du livre de Maurice Richard. Je me demande bien, le soir venu, qui s’endort le premier…