La Trifluvienne d’adoption Jenny Migneault milite pour que les familles des vétérans souffrant de stress post-traumatique reçoivent de l’aide.

Le combat de Jenny Migneault

TROIS-RIVIÈRES — Elle n’a jamais fait partie de l’armée, mais elle est rompue au combat. Elle n’hésite pas à interpeller des ministres ou à traverser le Canada pour faire valoir sa cause. Davantage que ses cheveux mauves ou ses tatouages, c’est la détermination qu’on remarque d’abord chez Jenny Migneault. Cette Trifluvienne d’adoption se bat pour ceux qui aiment un ancien combattant qui souffre du syndrome de stress post-traumatique (SPT) et qui n’ont d’autre choix que de tout sacrifier pour l’aider à traverser cette épreuve.

«On est des fantômes de la société. Les gens ne réalisent pas avec quoi nous composons. L’importance et l’impact de l’abandon du système, c’est surtout ça qui génère le plus de souffrances», affirme-t-elle.

Mariée alors à un vétéran, elle a fait les manchettes, en 2014, après avoir été ignorée par l’ex-ministre des Anciens Combattants, Julian Fantino alors qu’elle courait derrière lui en criant qu’il les avait oubliés. Les caméras de télévision avaient capté l’incident. «Tout à coup, j’ai été sollicitée d’un bout à l’autre du pays par des gens qui se reconnaissaient dans mon message. Quatre ans plus tard, dans le reste du Canada anglais, les gens me reconnaissent encore. Ça a initié vraiment le début d’une bataille et d’une mission qui s’est avérée beaucoup plus grande que moi.»

Pour cette militante et conférencière, il est clair que le gouvernement pourrait faire plus pour les militaires marqués au fer rouge par les horreurs dont ils ont été témoins. «En 2018, même si les Québécois et les Canadiens peuvent être sous l’impression que les vétérans sont bien traités, c’est faux. C’est de la poudre aux yeux», clame-t-elle. «C’est un drame parce que ça ne paraît pas. Ils ont ce qu’on appelle un uniforme invisible», ajoute-t-elle, en parlant du SPT.

Et selon la femme de 46 ans, ce sont leurs proches qui écopent. Les conjoints qui quittent leur emploi pour s’occuper à temps plein de celui qui peine à réintégrer la vie civile, qui doivent souvent côtoyer la dépression, l’insécurité financière, l’isolement, etc. Maintenant divorcée, son ex-mari, avec qui elle est restée en très bons termes, a été traumatisé par un séjour en Haïti où il a vu des corps empilés. Celui d’une petite fille d’environ un an l’a particulièrement marqué.

Différents programmes ont été instaurés au fil des années par le gouvernement fédéral, mais selon Mme Migneault, ils ne sont pas adaptés à la réalité des familles soutenant un vétéran souffrant du SPT. «Les familles ne sont pas reconnues, mais pas du tout.»

Elle souhaite que les proches des militaires touchés soient formellement reconnus comme des aidants naturels et que des programmes et des services leur donnent des outils et des ressources pour leur rendre la vie plus facile. «Ce qu’on veut, c’est la reconnaissance de l’aidant naturel peu importe qu’il s’occupe de quelqu’un physiquement ou psychologiquement, ce qu’on souhaite ce sont des programmes spécifiques. On a les moyens de faire du sens. Il nous manque juste la volonté politique. Pourquoi ça n’a pas lieu? C’est une question d’argent. Ils ne savent pas combien il y a d’aidants naturels. Ils ne veulent pas le savoir parce que ça va coûter cher. Il n’en demeure pas moins qu’on est là parce que la souffrance est réelle.»

Parmi ceux qui sont touchés, il y a notamment les enfants des vétérans. Quand le conjoint n’en peut plus et quitte, beaucoup de poids repose alors sur leurs petites épaules. «C’est l’enfant qui devient littéralement l’aidant naturel. Eux, on n’en parle jamais. Ce sont les oubliés des oubliés.»

Il y a aussi les parents des militaires qui tentent du mieux qu’ils le peuvent d’aider alors que leur enfant se trouve souvent dans une autre province à l’autre bout du pays.

Après sa séparation, Mme Migneault a vécu six mois dans sa voiture. Elle aussi a dû se reconstruire. Elle a retrouvé l’amour à Trois-Rivières où elle habite depuis 2016. Son nouvel amoureux est aussi un militaire qui souffre de stress post-traumatique après être intervenu sur les lieux de l’écrasement du vol 111 Swissair en 1998.

Après s’être occupée de son ex-conjoint pendant plusieurs années, pourquoi ne pas avoir tenté de passer à autre chose après sa séparation? «Je suis mon cœur», lance cette jeune grand-maman. «Je ne peux plus arrêter cette cause-là. Si j’arrête, j’abandonne combien de milliers de personnes? Les gens sont perdus. Des appels à l’aide, j’en reçois tous les jours, mais j’ai aussi régulièrement des mercis. C’est de l’espoir dont ils ont besoin.»

«Le cannabis médicinal fait vraiment une différence»

Le cannabis médicinal peut soulager les anciens combattants souffrant de stress post-traumatique (SPT), selon la militante Jenny Migneault. Elle a d’ailleurs pris part à une conférence de presse, la semaine dernière, à la colline du Parlement, consacrée au traitement réservé aux anciens combattants. Les intervenants ont notamment fait part de leurs préoccupations par rapport aux problèmes liés à l’accès du cannabis médicinal.

«Tout le monde reconnaît l’impact très positif du cannabis médicinal pour ceux qui sont blessés par un stress post-traumatique. Le cannabis médicinal fait vraiment une différence.  Je connais des gens qui sont passés de 30 pilules par jour à 7 pilules par jour grâce au CBD [agent actif du cannabis qui ne produit pas un «high», N.D.L.R.]. L’impact du cannabis, je l’ai vu. Ici, ils ne savent pas quoi faire avec le SPT. Ils les bourrent de pilules, c’est hallucinant.»

Mme Migneault a vu les impacts du cannabis sur son ex-mari.  «Ça m’a libéré de ma peur que mon ex-mari se suicide. Les thérapies ont commencé à faire du sens. Il avait beaucoup plus d’énergie, parce que justement, il n’était plus écrasé par les pilules.»

Elle déplore que les patients qui se tournent vers le cannabis sont souvent mal vus par leurs spécialistes. 

«Mon ex-mari prenait du cannabis. Quand il allait voir ses psychiatres, ils le traitaient comme un drogué. Ce n’est pas un drogué. Il se médicamente, c’est vraiment un nombre de millilitres d’huile à certaines heures. Ça lui permet de ressentir des émotions positives pas juste négatives, pas juste de la colère.»

Elle assure que le cannabis qu’il consomme en huile a vraiment des effets thérapeutiques. «On accepte comme société que le thé vert, ça nous désintoxique, et que le gingembre c’est bon pour l’estomac, mais on n’est pas capable d’accepter une plante qu’on consomme en huile ou en comprimé. On a de la misère à l’accepter parce qu’on est obnubilé par notre vision que c’est une drogue. »