Le clown humanitaire Guillaume Vermette

Le clown humanitaire à l’assaut des ordures

TROIS-RIVIÈRES — Guillaume Vermette, le clown humanitaire originaire de la région, a vu sa page Facebook s’enflammer en fin de semaine dernière à la suite d’une publication où il relatait avoir récupéré «plein de bouffe encore très bonne» dans les poubelles d’une épicerie de la région de Gatineau où il réside actuellement.

On peut lire dans sa publication, qui avait généré plus de 180 commentaires en date de mardi, que M. Vermette a ainsi pu récolter «une cinquantaine de gousses d’ail, cinq soupes aux champignons, une douzaine d’avocats, plein de luzerne et de salade, cinq miches de pain, une vingtaine de samosas végés, plein de saucisses végés, et j’en passe!». Le clown humanitaire y affirme également s’être régalé.

Joint par Le Nouvelliste, M. Vermette soutient d’entrée de jeu que la surconsommation «est la cause numéro un des problèmes de la planète». «Je nous crois responsables de ce qui se passe ailleurs dans le monde», déplore le clown engagé en parlant du gaspillage qu’il dit constater. «Manger dans les poubelles, il n’y a pas grand-chose de plus responsable que ça comme forme de consommation alimentaire», déclare M. Vermette.

Au dire du clown, la pratique du déchétarisme — le mot existe! — requiert un minimum de précautions. Il explique par exemple que la majorité des épiceries sont des grosses chaînes et utilisent des compacteurs ou tiennent leurs ordures sous clés. La crainte de représailles les pousserait selon lui à d’abord «détruire» la nourriture vouée au dépotoir. Il faut aussi faire un tri au travers des trouvailles. Fait cocasse, parmi les aliments récupérés par M. Vermette lors de sa dernière récolte, les seuls qu’il a dû rejeter étaient endommagés par le gel.

Guillaume Vermette invite par ailleurs ceux qui seraient tentés par la pratique à faire preuve de respect dans leurs activités de cueillette. «S’il y a un cadenas là, c’est peut-être qu’il y a déjà eu des problèmes. C’est important de ne pas mettre les lieux à l’envers», plaide-t-il.

Les adeptes du déchétarisme se regrouperaient selon lui en communautés sur les réseaux sociaux afin de partager des informations sur les endroits où se ravitailler, mais également pour échanger sur ce qui relève aussi d’une forme d’engagement.

Le clown Vermette, qui a posé ses valises à Gatineau le temps de l’écriture d’un livre évoquant ses rencontres avec «des gens ordinaires et extraordinaires» croisés au fil de ses nombreux voyages, relate d’ailleurs s’être fait des amis en partageant le fruit de ses récentes «récoltes».

La récolte de nourriture «encore très bonne» de Guillaume Vermette dans les poubelles d’une épicerie de la région de Gatineau

Des statistiques éloquentes

La publication de Guillaume Vermette, mise en ligne le 17 janvier, coïncidait avec la parution des résultats d’une étude de l’organisme Second Harvest révélant que près de 60 % de la nourriture produite au Canada se retrouve à la poubelle. «Ce n’était pas planifié», soutient le clown humanitaire, qui souligne par ailleurs que l’étude fait état de statistiques encore pires que celles qu’il avait en main au moment de mettre sa publication en ligne.

La députée de Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau, auteure du projet de loi 231, déposé en 2016 et visant à réduire le gaspillage alimentaire au Canada, confirme que les chiffres vont en augmentant.

«Au moment de préparer le projet de loi, les chiffres parlaient de 40 % de la nourriture qui était gaspillée», relate l’élue néo-démocrate. Elle se désole que la situation se soit autant détériorée en si peu de temps.

Les chiffres de 2014, sur lesquels s’appuyait le projet de loi de 2016, faisaient par ailleurs état d’un gaspillage estimé à 31 milliards $. Les données de l’étude de la semaine dernière parlent maintenant d’un montant de 50 milliards $. On notera que les études d’où proviennent ces chiffres n’ont pas été conduites par les mêmes organismes.

Le projet de loi 231 avait été battu en chambre en 2016. «C’est souvent le cas pour les projets de loi privés», déplore la députée de Berthier-Maskinongé. Elle rappelle toutefois que quelques députés conservateurs et libéraux avaient voté en sa faveur. «Comme l’enjeu touche tout le monde, j’avais espoir que l’on réussirait à le faire adopter», indique Mme Brosseau.

La députée, qui est aussi porte-parole adjointe de son parti en matière d’agriculture et d’agroalimentaire, dit continuer de faire un suivi sur la question et de talonner son vis-à-vis libéral, le ministre Lawrence MacAulay, sur la problématique.

Quant à savoir si le sujet touche assez les gens pour que cela devienne un enjeu lors de la prochaine campagne électorale, Mme Brosseau, qui entend d’ailleurs être de la partie, souligne que le gaspillage alimentaire s’inscrit dans le contexte plus large de la lutte aux changements climatiques. En effet, pour elle, en plus des enjeux liés à la pauvreté, il faut aussi tenir compte de toute l’énergie qui est utilisée pour produire et pour transporter les aliments.

Du côté des solutions, Mme Brosseau salue diverses initiatives qui émergent d’individus et d’organismes se sentant interpellés par la question. Elle cite à cet égard un projet de Moisson Mauricie qui, en partenariat avec un certain nombre d’épiceries, vise à récupérer et transformer de la viande.

Elle mentionne d’autre part qu’une pétition appelant à mettre fin au gaspillage au Canada circule actuellement sur le site change.org. La pétition, une initiative de Justin Kulik, un jeune Britanno-Colombien, a recueilli près de 200 000 signatures jusqu’à ce jour.