Le CLD de Maskinongé blâmé par la CRT

La direction du Centre local de développement (CLD) de la MRC de Maskinongé est sévèrement blâmée par la Commission des relations du travail (CRT) qui affirme qu'elle a commis de l'ingérence en négociant personnellement avec des employés syndiqués. Par ailleurs, l'organisme rejette la requête en révocation de l'accréditation syndicale déposée par quatre des sept syndiqués.
Le président du conseil central du Coeur-du-Québec à la CSN, Paul Lavergne, se dit très heureux du jugement de la CRT. Il n'hésite pas à affirmer que la direction du CLD a tenté de «casser le syndicat» et qu'elle a eu une attitude «dictatoriale». 
Il soutient de plus que négocier de façon individuelle «n'est pas une façon de faire» et que le syndicat est là pour éviter l'arbitraire entre les travailleurs. 
Un jugement sévère
«L'ingérence patronale et son refus catégorique de négocier avec le Syndicat ont contribué à l'impasse», conclut le commissaire Bernard Marceau de la Commission des relations du travail.
«La suspension de l'application du projet de réorganisation a vraisemblablement joué un rôle clé et déterminant dans la démarche pour la révocation d'accréditation. Lorsque la démarche est viciée à la base par l'ingérence, la requête en révocation doit être rejetée.»
En 2013, le CLD avait manifesté son intention de réaliser une restructuration importante de l'organisme de développement économique. Ce projet de restructuration prévoyait la création de quatre postes de cadres, exclus de l'unité de négociation, la création de trois postes syndiqués, l'abolition de quatre postes syndiqués et la modification d'un poste. 
«Les salariés du CLD ont été rencontrés individuellement par le directeur général. Ces rencontres visaient à susciter l'adhésion des individus au projet de restructuration de l'employeur, notamment à l'aide d'alléchantes propositions individuelles de développement de carrière applicables aux quatre salariés», affirme dans son jugement le commissaire. 
«Le projet d'entente a littéralement divisé les sept salariés visés par l'unité de négociation [quatre personnes] ayant rapidement appuyé le projet de lettre d'entente, trois d'entre eux allant devenir «cadres» et tous bénéficiant d'une augmentation salariale significative, d'une promotion et d'une proposition de développement de carrière», ajoute M. Marceau.  
Les syndiqués divisés
Le 10 octobre 2013, le syndicat a tenu une assemblée générale afin que les syndiqués développent une position commune sur le projet de restructuration. «Insatisfait de la position du syndicat, le directeur général (Simon Allaire) négocie directement avec les salariés de l'unité de négociation», précise le jugement de la CRT. 
Par la suite, le 14 mars 2014, les quatre membres en faveur d'une lettre d'entente pour appuyer la restructuration ont demandé au syndicat «de reconsidérer sa décision de ne pas donner suite au projet d'entente de l'employeur, à défaut de quoi ils demanderont la révocation de l'accréditation». 
Quatre jours plus tard, le syndicat a déposé une plainte d'ingérence et d'entrave à la CRT, alors que deux jours plus tard, les quatre salariés ont déposé de leurs côtés une requête en révocation de l'accréditation syndicale.  «L'employeur a négocié directement et illégalement une entente collective avec des salariés visés par l'unité de négociation sans l'accord des représentants autorisés du syndicat, violant ainsi l'article 12 du code du travail.»
«Par la signature de cette lettre d'entente, l'employeur, compte tenu de la portée de l'unité de négociation, s'ingère illégalement dans les activités syndicales en lui imposant l'exclusion de trois membres», détermine la CRT. «Enfin, par les avantages illégaux promis aux quatre salariés favorables à la lettre d'entente, l'employeur a littéralement miné le caractère libre et volontaire de leur adhésion à ce projet.»
Malgré quelques tentatives, Le Nouvelliste n'a pas pu parler au directeur général du CLD, Simon Allaire, ainsi qu'à son président, le maire de Saint-Léon-le-Grand, Robert Lalonde. Le vice-président du conseil d'administration et maire de Yamachiche, Michel Isabelle, ne voulait pas commenter le jugement de la CRT car le conseil d'administration n'en a pas encore pris connaissance. 
Rappelons que le contrat de travail des syndiqués du CLD de la MRC de Maskinongé se termine au début du mois d'août 2014 et qu'un lock-out avait été imposé en 2010 lors des dernières négociations.