Le syndicat représentant les préposés aux bénéficiaires poursuit pour près de 12 M$ le CIUSSS-MCQ.

Le CIUSSS MCQ poursuivi pour 12 M$

TROIS-RIVIÈRES — Le Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec (SPPSAM-CSN) prend les grands moyens pour se faire entendre. Le syndicat a déposé, mercredi, un grief collectif afin d’améliorer les conditions de travail de ses membres et réclame du même coup une somme de près de 12 millions $ en dommages et intérêts pour les préposés aux bénéficiaires de toute la région. Une première au Québec.

Essentiellement, le syndicat réclame un montant de 5000 $ pour chacun de ses membres qui, depuis les dernières années, est confronté à «un climat malsain» sur le plancher, alors que le manque chronique de personnel force la direction à imposer le temps supplémentaire obligatoire auprès des équipes de travail. Par ailleurs, les quarts de travail commencent très souvent avec jusqu’à trois employés en moins sur les équipes, ce qui alourdit la tâche qui incombe au reste de l’équipe, ajoute le syndicat.

Ce grief collectif, une première au Québec en ce qui concerne une réclamation de cette ampleur, devra faire l’objet d’un arbitrage auquel les médias seront invités à assister, mentionne le président du syndicat Pascal Bastarache, «afin que la population comprenne l’ampleur du problème qui se vit sur le plancher».

«C’est le point de non-retour. Nous avons lancé de nombreux messages dans les médias, nous avons rencontré la direction, nous avons tenté d’obtenir que les conditions s’améliorent. Depuis un an et demi, nous tentons de trouver des solutions, mais rien ne bouge», évoque Pascal Bastarache, qui confie que l’idée de ce grief collectif et des demandes en dommages et intérêts est venue des membres eux-mêmes, qui sont à bout de souffle selon lui.

«Le temps supplémentaire obligatoire est devenu une pratique courante qui camoufle une pénurie sur le plancher. Ce sont des pères et des mères de famille qui entrent au travail bien souvent sans savoir s’ils pourront aller chercher leurs enfants à la garderie le soir. Les gens sont épuisés, démoralisés», constate celui qui note que le refus d’effectuer du temps supplémentaire obligatoire s’accompagne de mesures disciplinaires allant de la lettre au dossier de l’employé jusqu’à des journées de suspension, «des suspensions qui causent d’autre temps supplémentaire obligatoire», ajoute-t-il sur un ton ironique.

La vice-présidente régionale de la FSSS-CSN MCQ, Marylin Séguin, rappelle que le taux d’assurance salaire est présentement de 8 % pour les membres de ce syndicat. Par ailleurs, alors que le CIUSSS-MCQ procédait à 230 embauches en 2018 dans cette catégorie de métier, 320 personnes quittaient leur emploi, dont 48 qui n’avaient pas une année d’ancienneté. 

Le départ du président et directeur général du CIUSSS MCQ, Martin Beaumont, qui vient d’être nommé à la tête du CHU de Québec, pourrait-il changer positivement ou négativement le portrait actuel des conditions de travail des préposés aux bénéficiaires? «Seul le temps nous le dira. M. Beaumont, nous le reconnaissons, a été à l’écoute. Il est venu avec nous sur le plancher pour constater la réalité. Mais les mesures d’amélioration sont difficiles à appliquer sur le plancher. Les solutions ne viennent pas. M. Beaumont quitte, mais nous savons très bien qu’il y a bien d’autres personnes au CIUSSS qui peuvent agir pour améliorer les choses», mentionne Pascal Bastarache.

Pour le président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Jeff Begley, l’initiative des membres de la Mauricie et du Centre-du-Québec pourrait bien faire boule de neige ailleurs au Québec. «Nous invitons la nouvelle ministre de la Santé à prendre acte de ces actions avant que ça ne devienne un mouvement national. La situation est critique», a-t-il ajouté.

«Ça n’aidera personne»

La direction du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec a accueilli avec stupéfaction le grief collectif déposé par le Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers. Alors qu’à première vue, la direction estime que l’ampleur du dédommagement demandé n’est pas fondée, elle s’étonne d’autant plus que cette opération puisse venir court-circuiter les efforts collectifs déployés depuis plusieurs mois pour tenter de recruter du personnel afin d’améliorer la situation.

Selon le directeur des ressources humaines, communications et affaires juridiques au CIUSSS-MCQ, Louis Brunelle, la direction ne se cache pas la tête dans le sable. Elle connaît la situation qui est vécue par les employés sur le plancher et reconnaît que ce n’est pas une situation facile. Toutefois, le CIUSSS se défend bien de rester les bras croisés face à cette situation, et doute que le grief collectif déposé mercredi vienne aider les opérations, pourtant menées de front tant par la partie patronale que syndicale, pour recruter de la main-d’œuvre.

Louis Brunelle

En ce qui concerne le montant réclamé, Louis Brunelle se dit très surpris. «Je ne suis pas surpris du moyen. Des griefs collectifs, nous en avons traité par le passé. Nous allons les traiter comme tous les autres griefs. Par contre, à première vue, le lien entre la situation vécue et le montant réclamé m’apparaît non fondé. Nous allons évaluer le tout au cours des prochains jours, mentionne-t-il.

M. Brunelle se montre d’autant plus surpris que des initiatives sont sur le point de se tenir pour continuer le recrutement sur le terrain, des initiatives menées de concert avec les différents syndicats, rappelle-t-il. «Nous préparons notamment un gros événement en lien avec le recrutement, la disponibilité de la main-d’œuvre et la rétention. Nous avons travaillé de concert avec la CSN pour trouver des façons de se démarquer comme employeur et tenter d’attirer le plus possible les gens chez nous. Cette initiative (grief) ne m’inquiète pas tant pour notre bonne entente avec les syndicats, mais davantage pour le message que l’on envoie aux gens qu’on tente d’attirer pour venir travailler chez nous. Ça n’aidera personne, et surtout pas la partie syndicale», signale Louis Brunelle.