Nathalie Perron et Pascal Bastarache
Nathalie Perron et Pascal Bastarache

Le CIUSSS et le lavage des mains: «Extrêmement petit de la part de la direction»

Trois-Rivières — «Je trouve extrêmement petit de la part de la direction d’aller insinuer que la situation actuelle serait en partie à cause du manque d’hygiène des salariés.»

La sortie du CIUSSS concernant le manque de lavage des mains de la part de travailleurs de la santé pour expliquer l’éclosion de coronavirus parmi les employés du réseau de la santé fait vivement réagir au sein des troupes. Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec, ne mâche pas ses mots pour livrer le fond de sa pensée concernant cette sortie publique. Selon ses propos, la direction du Centre intégré universitaire de santé et de service sociaux devrait faire un examen de conscience avant de jeter la pierre vers des travailleurs qui se donnent corps et âme dans un contexte de surcharge de travail.

«Depuis la crise d’urgence sanitaire, l’ensemble des travailleurs ont fait preuve d’un énorme courage dès les premiers jours en allant au front. Malgré les problèmes de garderie, les conditions familiales, tout le monde s’est présenté et suit en grande majorité les protocoles que le CIUSSS demande. Comme salariés, on a plusieurs questionnements concernant la mobilité du personnel entre établissements, le fait d’avoir un maximum de deux masques par quart de travail, ne pas pouvoir utiliser de masques N95 dans des endroits critiques comme (les CHSLD) Laflèche ou Mgr Paquin. Avant de remettre en question le professionnalisme de tous les salariés, on devrait plus se remettre en question du haut de la tour de la direction et prendre plus de décisions sur des bases cliniques pour le bien-être de la population.»

Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ), reconnaît que le temps réservé pour le lavage des mains puisse avoir été écourté. Mais une telle contamination résulte d’un ensemble de facteurs, souligne-t-elle.

«Au début de la crise au CHSLD Laflèche, il n’y avait aucune protection individuelle et il manquait beaucoup de personnel. Il y a un surplus d’ouvrage. Présentement, les gens portent leur masque et leur jaquette une bonne partie de la journée. Au niveau des bonnes pratiques venant de la santé publique, on ne doit jamais réutiliser un masque de procédure. Si tu soignes un patient atteint de la COVID, tu jettes ton masque si tu vas en pause. Des gens sont frustrés de se faire pointer du doigt. C’est facile à faire. Mais ces gens se font annuler leurs vacances et se font refuser beaucoup de congés. Tout le monde est à temps plein complet sous peine de sanction si tu refuses le temps complet.»

«On se lave les mains, on porte des gants. De ce côté, les salariés en font amplement. Je ne comprends pas que la direction essaie de taper sur la tête des salariés qui, depuis des années, ont mis leur santé psychologique et physique en jeu», renchérit M.Bastarache qui aimerait bien que la direction «prenne des décisions au service des humains qui prennent soin des autres humains».

Pas question de blâme

Tout en se disant reconnaissant et fier du travail abattu par le personnel, le CIUSSS rappelle qu’elle a l’objectif d’analyser et d’améliorer les différents processus dans le but d’éviter la transmission.

«En aucun cas, il n’est question de porter le blâme sur qui que ce soit. Nous souhaitons plutôt renforcer les mesures afin d’assurer la sécurité de tous», déclare par courriel Julie Michaud, agente d’information du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Cette déclaration de Mme Michaud fait écho aux propos tenus lundi par le président et directeur général, Carol Fillion. La porte-parole répète aussi une observation effectuée par la docteure Lise-Andrée Galarneau selon laquelle il faut atteindre un taux de 100 % pour le lavage des mains si on veut éviter la propagation de la COVID-19.

«Nous apprenons à vivre avec la COVID-19, écrit Mme Michaud. Nous analysons les données épidémiologiques avec rigueur et les orientations sont ajustées à la lumière de celles-ci.»