Louis Brunelle, directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS MCQ, a réagi à la manifestation du syndicat CSN en lien avec l’embauche d’aides de service au CIUSSS.

Le CIUSSS et la CSN à fleur de peau

TROIS-RIVIÈRES — La tension était vive, jeudi, alors que la direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) et les représentants syndicaux de la catégorie 2 de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) organisaient tous deux une conférence de presse afin de faire le point sur l’embauche d’aides de service au CIUSSS MCQ.

Les aides de service ont comme fonction d’assister les préposés aux bénéficiaires dans leur travail. Comme aucun diplôme d’études supérieures n’est demandé pour cet emploi, les aides de service ne peuvent prodiguer de soins aux patients.

Leurs tâches peuvent consister entre autres à désinfecter l’équipement que les préposés utilisent, transporter du matériel d’une unité à l’autre ou encore préparer les lits des patients.

Selon Louis Brunelle, directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS MCQ, environ 85 % des aides de service sont des étudiants dans le domaine de la santé qui sont embauchés principalement pour la période estivale.

«Ça ne remplace pas les préposés aux bénéficiaires, ça vient supporter les équipes de travail», a expliqué M. Brunelle. Présentement, 125 aides de services sont à l’emploi du CIUSSS MCQ, pour 2500 préposés aux bénéficiaires.

Le travail des préposés brimé?
De son côté, le syndicat représentant les préposés du CIUSSS MCQ affirme que cette mesure défavorise les préposés qui souhaitent travailler en temps supplémentaire volontaire.

Ce serait le cas de Claudine Boudreau, préposée aux bénéficiaires pour le CIUSSS. Elle raconte avoir été appelée il y a deux semaines pour un quart de travail en temps supplémentaire, qu’elle avait accepté.

Environ une heure plus tard, on l’aurait rappelée pour lui dire qu’on n’avait plus besoin d’elle. «Ils m’ont dit: ‘‘On met un aide de service à taux simple au lieu de te prendre toi, à taux et demi’’», a-t-elle soutenu.

Selon les représentants syndicaux, le CIUSSS aurait choisi de remplacer des préposés disponibles pour travailler par des aides de service afin de faire des économies. Le salaire de base des aides de service est d’environ 0,70 $ en deçà de l’échelon 1 des préposés aux bénéficiaires.

Cependant, les préposés disposent d’échelons plus importants, ce qui fait en sorte qu’il y a une plus grande marge de manœuvre pour ce qui est de leur salaire, selon l’ancienneté.

L’avis de la direction du CIUSSS était toutefois bien différent de cette version. Selon Louis Brunelle, 10 500 appels ont été effectués dans les quatre dernières semaines par les employés de la liste de rappel du CIUSSS MCQ afin de trouver des préposés qui souhaitaient faire du temps supplémentaire.

«On nous a toujours dit que les préposés avaient beaucoup de pression, qu’ils faisaient du temps supplémentaire», a mentionné M. Brunelle. «L’arrivée des aides de service, c’est justement pour donner un peu d’air aux préposés aux bénéficiaires.»

Le syndicat représentant les préposés aux bénéficiaires a dénoncé le fait que des aides de service soient, selon eux, favorisés au détriment des préposés. Sur la photo, de gauche à droite, Marie-Line Séguin, vice-présidente régionale de la FSSS-CSN; Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS-MCQ - CSN; Loraine Dugas, première vice-présidente au Conseil central du Coeur du Québec - CSN.

Questionné à savoir si le syndicat et les préposés avaient été consultés quant à cette mesure, M. Brunelle a répondu que le CIUSSS les avait plutôt «informés».

Une constante surcharge de travail
Les représentants syndicaux affirment que de remplacer des préposés aux bénéficiaires manquantes sur le terrain par des aides de service contribue à la surcharge de travail des préposés.

«La tâche d’un préposé aux bénéficiaires est complexe et complète», affirme Loraine Dugas, première vice-présidente au Conseil central du Cœur du Québec — CSN. «Un aide de service ne possède pas l’ensemble des compétences requises pour effectuer l’ensemble de la tâche.»

Les préposés doivent pallier l’absence de leurs collègues en plus d’accompagner l’aide de service, ce qui, selon le syndicat, cause de l’épuisement chez ses membres.

Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS-MCQ — CSN, a tout de même admis que le nombre de préposés qui souhaitent faire du temps supplémentaire ne pourrait pallier la pénurie qui touche la profession.

«Les aides de service, à cause de la pénurie de préposés, ont leur place, mais en dernier recours», a-t-il soutenu.

M. Bastarache a également souligné, contrairement aux dires de la direction du CIUSSS, que certains aides de service opéraient des tâches autres que celles qui leur sont attitrées, en raison du manque de personnel.

Il a raconté avoir été mis au courant que deux aides de service avaient été formés en tant que brancardiers la semaine dernière, à l’hôpital Sainte-Marie de Trois-Rivières. Les deux employés avaient donc la responsabilité de transporter des patients d’un étage à l’autre sur civière après une opération.

«On voit beaucoup de disparités entre le discours de la direction et ce qui est réellement décidé sur le plancher», a affirmé Pascal Bastarache.

Trouver des solutions à la pénurie
En plus de l’embauche d’aides de service, le CIUSSS MCQ a déployé différentes mesures dans les derniers mois afin de trouver des solutions quant à la pénurie de préposés aux bénéficiaires.

Un programme de reconnaissance des acquis a été mis sur pied en juin 2017. Celui-ci s’adresse aux personnes qui ont de l’expérience en soins d’assistance mais qui n’ont pas obtenu le diplôme d’études professionnelles requis afin d’être embauchées comme préposée au CIUSSS.

Le Centre de formation professionnelle Bel-Avenir et le CIUSSS MCQ ont également collaboré sur le projet de formation-emploi en assistance à la personne en établissement de santé.

La formation intensive de six mois garantit un emploi dans le réseau public de la région aux étudiants pour qui les frais de scolarité sont couverts par le CIUSSS MCQ.