Marie-Sol St-Onge et son conjoint Alin Robert.

«Le cheminement est vraiment long»

Trois-Rivières — «Cette histoire elle était médiatisée alors j’ai pu faire un petit geste. J’ai pu partager. Si ce n’est que ça qui peut amener un peu plus de sous. On le sait tellement ce que c’est au début quand tout ça nous tombe dessus.»

Marie-Sol Saint-Onge n’a pas hésité à partager le lien vers la campagne de sociofinancement visant à amasser des fonds pour Sabryna Mongeon, qui a subi une quadruple amputation à la suite d’un accident de voiture la veille de Noël.

Même si les circonstances sont très différentes, les deux femmes ont en commun de devoir apprendre à vivre avec leurs quatre membres en moins. 

«Je me dis qu’un jour, cette jeune fille va en arriver à vouloir se coiffer et se sécher les cheveux. Je serai là pour répondre à ses questions, c’est certain. Si je peux lui donner des raccourcis...»

Marie-Sol Saint-Onge ne connaît que trop bien les obstacles qui risquent de se dresser sur le long chemin de la réadaptation et de l’acceptation.

«C’est certain que je me suis dit: ‘‘18 ans! Oh my god!’’ Quelque part, je me trouve quasiment privilégiée que ça me soit arrivé qu’à 34 ans, dans le sens où j’avais eu le temps de me forger ma vie, ma personnalité, mon amoureux, mes enfants. Quand arrive un drame comme ça, tu es bien entourée et tu sais un peu où tu t’en vas dans la vie... C’est ce qui m’a frappée. Il va falloir qu’elle accepte tout ça dans son corps de jeune fille. D’avoir à tout accepter ça quand tu viens juste de partir de chez tes parents, c’est quelque chose.»

Bien qu’elle ait eu un bref contact avec la sœur de la victime, elle n’en sait pas plus que ce qu’elle a lu sur les réseaux sociaux et dans les médias au sujet de la jeune femme. Par contre, elle n’en a pas été moins touchée. 

«Le peu que je connais de l’histoire de Sabryna, c’est qu’elle était autonome et fière d’être en appartement et de subvenir à ses besoins et quand on vient juste de franchir cette étape-là, de se le faire retirer, ça fait partie des choses qu’elle va devoir accepter. Ce n’est pas évident.»

«Les deuils, la peine, la tristesse... je sais que certaines personnes passent aussi par la colère», souligne Marie-Sol qui sait que le parcours qui attend la jeune fille ne sera pas de tout repos. «Le cheminement est vraiment long. Ça va prendre énormément d’écoute et d’attention de tout son entourage et naturellement, les sous.»

La campagne de sociofinancement lancée par Samantha, la grande sœur de Sabryna, en était à plus de 37 000 $ mercredi soir. Un geste de solidarité qui permettra à la jeune femme et à ses proches de souffler un peu.

«Quand ça nous arrive, on n’en revient juste pas. Il y a six ans, c’était tout nouveau et cette façon de faire n’existait pas vraiment, en tout cas, on n’était pas au courant. C’est d’autres gens qui ont fait une page et ramassé les dons. C’est certain qu’on a besoin de cette aide quand il nous arrive quelque chose comme ça. »

Marie-Sol Saint-Onge a subi une quadruple amputation il y a maintenant six ans. Depuis, plusieurs personnes se retrouvant dans une situation similaire la contactent pour avoir du soutien.

«C’est toujours la famille ou des amis qui vont me contacter et mon premier réflexe c’est toujours de leur dire: "On va laisser du temps". Premièrement, moi quand ça m’est arrivé, j’ai su aussi qu’il y avait eu une autre personne qui avait été quadruple amputée à Trois-Rivières, mais je n’étais pas rendue là dans mon cheminement. C’était bien que je sache que oui, ça existe et que quelqu’un d’autre est passé au travers.»

Quand elle en a l’occasion, Marie-Sol Saint-Onge est bien heureuse de pouvoir apporter un certain réconfort aux personnes qui subissent ce genre d’épreuve.

«Je dirais que sur le coup, ça me ramène en arrière, surtout quand c’est des histoires de bactéries. Ça me perturbe. Les bactéries sont invisibles, elles sont partout et elles sont toujours là. C’est pratiquement là où se trouve le courage de mon quotidien de continuer à vivre malgré ça et de ne pas tomber dans la peur de vivre.»

Malgré tout ce que la vie lui a réservé, la mère de famille ne se laisse pas aller au découragement et souhaite tirer le meilleur de chaque situation.

«Il va toujours y avoir des situations pour nous replonger là-dedans. Mais c’est arrivé et je suis où je suis, je sais que le partage c’est riche.»

C’est en s’inspirant de petits ou grands défis relevés par des gens dans la même situation que la lumière peut émerger.

«Ces exemples nous apportent un espoir dans le petit quotidien. Des petits objectifs que nous on se fixe. Si ça peut l’aider (Sabryna) sans tomber dans la comparaison. Si elle décide de clencher et d’aller vite, il faut l’accompagner là-dedans. Mais si elle décide de prendre son temps, si elle a besoin d’être triste longtemps...»

«Je ne suis aucunement là pour juger, mais plutôt pour aider et accompagner», conclut l’inspirante femme.