La vie est douce sur le Chemin du Roy, comme ici à Champlain.

Le chemin des «roys de France»

Deux grands chemins marquent l'histoire du Québec, le fleuve, bien sûr, première artère à mener au coeur du nouveau continent et, en parallèle, le Chemin du Roy qui a contribué à faire du «Chemin qui marche» un cours d'eau habité.
C'est au terme d'un vaste chantier en 1737 que le chemin en question, commandé par le roi de France, s'étirera sur 280 kilomètres à travers 37 seigneuries. On le parcourra à pied, à cheval, en diligence mais aussi... en chaise à porteurs (quatre jours et demi de Montréal à Québec).
Long ruban sinueux qui s'étire de Montréal à Québec, ce chemin mythique dans l'histoire de l'Amérique du Nord est encore bien présent en Mauricie, entre autres dans la section comprise entre Pointe-du-Lac et Sainte-Anne-de-la-Pérade et qui longe le fleuve. Il relie toujours quelques-uns des plus beaux villages du Québec, comme Champlain et Batiscan, sans oublier la villede Trois-Rivières. Rebaptisé platement route 138, il n'en recèle pas moins quelques-uns des plus beaux paysages habités de la région.
On y découvre des installations agricoles, des maisons bourgeoises et plusieurs rescapés du passé comme des moulins, des domaines seigneuriaux, des églises et leurs presbytères sans oublier des croix de chemin. Heureusement, bien des gens continuent de recourir à l'ancienne appellation. Le Chemin du Roy a même son propre site Internet: (http://www.lecheminduroy.com/historique).
Le document de la Conférence régionale de la Mauricie qui traite des paysages de la région rappelle que ce n'est pas d'hier que des humains fréquentent les rives du fleuve car plusieurs fouilles archéologiques attestent d'une présence amérindienne en bordure du fleuve qui remonte à près de 9000 ans avant Jésus-Christ.
On trouve sur les berges du Saint-Laurent de nombreux milieux humides. C'est aussi la dernière section du fleuve où l'on peut encore ressentir l'influence des marées.
«De nombreuses rivières viennent se jeter dans le fleuve, dont la Maskinongé, la rivière du Loup, la rivière Yamachiche, le Saint-Maurice, et aussi les rivières Champlain, Batiscan et Sainte-Anne. Et chaque embouchure offre des paysages exceptionnels», lit-on dans le document de la CRÉ.
Les villages sont littéralement nés de toute cette eau féconde. Ils entretiennent toujours un rapport particulier avec le fleuve. Les marins ont presque disparu mais sont restés les quais et les plages de même qu'un office des signaux à Batiscan. Plusieurs marinas ont été aménagées, ainsi que quelques belvédères comme à Champlain et Pointe-du-Lac.
Le Plan paysage de la CRÉ note également que «l'implantation humaine sur le bord du fleuve a permis de nombreux points de contact qui sont essentiels aux valeurs paysagères de la région de la Mauricie.
De plus, les variations de la voie maritime (largeur, passage) sur le linéaire du fleuve offrent des situations paysagères très différentes et ont un impact sur la perception du fleuve.»
Comme à Champlain par exemple, où on a l'impression de pouvoir serrer la main des capitaines, tant les navires passent près de la berge et des habitations.
Comme tous les cours d'eau, le fleuve Saint-Laurent subit une pression immobilière bien visible sur le Chemin du Roy. Le Plan paysage de la CRÉ signale l'importance de conserver l'accessibilité publique au fleuve et donc des percées visuelles.
On conseille aussi de poursuivre la valorisation du patrimoine paysager (en conservant les arbres matures entre autres) tout en préservant la qualité des noyaux villageois.
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«Entre ses belles maisons patrimoniales, de larges percées nous font entrevoir ses flots aux couleurs changeantes, sur lesquels voguent d'immenses océaniques bourrés de grosses valises.»
Jean-Pierre Chartier, professeur à la retraite.