Annie Coulombe et Lucie Ménard font partie des quelque 500 employés mis en vedette par le Groupe Château Bellevue à travers la province.
Annie Coulombe et Lucie Ménard font partie des quelque 500 employés mis en vedette par le Groupe Château Bellevue à travers la province.

Le Château Bellevue rend hommage à ses employés

SHAWINIGAN — Mardi dernier, Annie Coulombe revenait chez elle, après sa journée de travail, lorsque son attention a été attirée par une nouvelle pancarte plantée sur son terrain. Avait-on décidé de vendre sa maison à son insu?

«Je me demandais ce que c’était!», raconte-t-elle. «Quand j’ai lu ce qui était écrit, j’ai eu des frissons! J’ai reçu ça comme une incroyable marque de reconnaissance. Quand je suis débarquée de ma voiture, mes voisins m’ont applaudie! Ça fait chaud au cœur.»

Quelque 500 employés du Groupe Château Bellevue à travers le Québec ont vu pousser une pancarte semblable sur leur propriété, en guise de remerciement. Aucun cas de COVID-19 n’a encore été recensé dans les huit complexes pour personnes âgées du réseau depuis le début de la crise. Frédéric Lepage, président - directeur général du groupe, souhaitait exposer le professionnalisme de son équipe à toute la province.

«On se demandait ce qu’on pourrait faire pour donner une tape sur l’épaule à nos employés», explique-t-il. «On les remercie régulièrement, mais on voulait quelque chose de plus extravagant! Ça a vraiment atteint l’objectif qu’on s’était fixé.»

Mme Coulombe travaille comme réceptionniste à l’accueil au Château Bellevue de Shawinigan. Depuis le début mars, le climat a évidemment changé à l’intérieur.

«Il y a beaucoup de tristesse, d’inquiétude», observe-t-elle. «Les enfants et les petits-enfants manquent à nos résidents.»

«Ils sont tannés», lance sans ambages Lucie Ménard, préposée aux bénéficiaires au Château Bellevue. «Ils sont fatigués d’être confinés dans leur appartement, même s’ils peuvent sortir sous la supervision de gardiens de sécurité. Il faut tenir les cordeaux serrés! On fait du mieux qu’on peut.»

Mme Ménard a dû ajouter tout un attirail pour remplir ses tâches au fil des dernières semaines: jaquette, gants, masque et visière. Elle n’a évidemment jamais rien vécu de semblable.

«Les gens ont peur de la personne à côté d’eux», réfléchit-elle. «C’est quelque chose. Que ce soit à l’épicerie, au magasin... on sort de moins en moins.»

Mme Coulombe estime que cette crise l’a rapprochée des résidents, qui cherchent évidemment à être rassurés en cette période particulière. Cette interaction fréquente lui impose toutefois une grande discipline.

«En tant qu’employés, on sort», fait-elle remarquer. «On finit de travailler et on s’en retourne chez nous. Mais il y a des mesures très strictes de désinfection, de procédures, de distanciation. Nous avons été avisés de minimiser le plus possible nos déplacements.»

Avoir pu, Mme Ménard aurait donné un coup de main à ses collègues du centre d’hébergement et de soins de longue durée Laflèche, épicentre de la pandémie dans la région.

«On se sent impuissant», déplore-t-elle. «Mais je ne peux prendre le risque de contaminer les résidents au Château.»

M. Lepage ne doit pas gérer trop de cas d’employés indisposés ou apeurés par la tâche, contrairement à ce qui est vécu dans des CHSLD.

«Les gens sont au rendez-vous, très consciencieux», se réjouit-il. «Notre réalité est différente de celle des CHSLD. Malheureusement, les gens ne font souvent pas la distinction. Travailler dans un CHSLD, c’est très dur, très exigeant pour le personnel. À la limite, ce n’est pas le même travail. Les préposés aux bénéficiaires en RPA vont faire un peu d’accompagnement, mais beaucoup plus de soutien moral. En CHSLD, on parle de soins lourds, d’incontinence, de transferts de patients.»

C’est d’ailleurs cette nuance qui rend Mme Ménard un peu inconfortable par rapport au geste de reconnaissance posé par son employeur.

«C’est malaisant!», rougit-elle. «On n’a pas de cas, chez nous. Ce n’est pas comme mes collègues à l’hôpital ou au CHSLD Laflèche. Eux, ils sont vraiment sur la première ligne, sur la ligne de feu.»

Limite

M. Lepage ne veut évidemment pas crier victoire trop vite, mais il reconnaît que la discipline de son personnel et des résidents a permis de réduire les risques jusqu’ici dans ses complexes.

«Nous sommes fiers de nous en être tirés jusqu’ici, mais nous ne sommes pas à l’abri de ce qui peut arriver», prévient-il. «La société va rouvrir des commerces et des entreprises. Le virus risque de se propager un peu plus. Est-ce qu’on va être capables de tenir ça encore longtemps ? Je ne le sais pas.»

M. Lepage prévient qu’il faudra s’attarder aussi sur un plan de déconfinement pour les résidences pour aînés. Les enfants voudront revenir visiter leurs parents plus tôt que tard. «Nos résidents ne resteront pas confinés encore bien, bien longtemps», prédit-il. «La population veut protéger ses aînés, mais on ne peut pas les emprisonner! Nous allons prendre des mesures pour protéger les gens plus vulnérables, mais il y a quand même une limite.»

M. Lepage mentionne que la direction travaille sur «l’après-COVID», avec la collaboration du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la région. Il s’attend à une réouverture prochaine des salles à manger dans le groupe.

«Il faut toujours évaluer la limite entre la sécurité et la liberté», convient-il. «La réouverture des salles à manger, ce sera une étape très importante pour nos résidents. Quand on va manger, on voit des gens.»