Bernard Thompson, préfet de la MRC de Mékinac.
Bernard Thompson, préfet de la MRC de Mékinac.

Le casse-tête du confinement pour les maires aînés

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
Les élus municipaux n’échappent pas aux règles de confinement auxquelles est soumise l’ensemble de la population québécoise. Pour s’acquitter des tâches qui incombent à leur fonction, les maires n’ont parfois pas le choix de se rendre en personne à l’hôtel de ville de leur municipalité. Même ceux âgés de 70 ans et plus, à qui la santé publique déconseille pourtant fortement de sortir de chez eux.

En Mauricie, plusieurs élus font partie de cette catégorie. Selon le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, aux élections municipales de 2017, l’âge moyen des maires de la région était de 62,1 ans. La moyenne d’âge des premiers magistrats pour l’ensemble de la province était de 58,5 ans.

Lucien Mongrain, maire de Trois Rives, a certainement contribué à tirer cette moyenne vers le haut. Âgé de 87 ans, il est à la tête de la municipalité depuis bientôt 40 ans. Même si son âge l’expose à davantage de complications s’il devait contracter le coronavirus, il se rend régulièrement à l’édifice municipal, tout en demeurant très prudent, assure-t-il.

«Il faut que je me déplace pour me rendre à la Municipalité. Mais il faut faire attention, être prudent, on se lave les mains souvent», soutient M. Mongrain.

Le premier magistrat indique en outre que comme le reste des villes et municipalités, l’édifice municipal est fermé aux citoyens. Il y a par ailleurs très peu d’employés dans le bâtiment.

«On fait les choses le plus possible par téléphone ou par internet. C’est sûr que ce n’est pas la même chose qu’une réunion publique, mais on est quand même très bien informés», précise-t-il.

Les citoyens peuvent par ailleurs laisser leurs demandes à la Municipalité dans la boîte aux lettres de l’édifice municipal. La directrice générale et l’inspecteur municipal de Trois Rives continuent en outre à répondre aux questions des citoyens, au téléphone ou par courriel.

«D’après moi, on est bien protégés», conclut-il.

«Tout le monde a compris»

Le préfet de la MRC de Mékinac et maire de Hérouxville, Bernard Thompson, reconnaît qu’il est difficile pour les maires de ne plus du tout mettre les pieds à l’hôtel de ville.

«Pour les documents et les chèques à signer, on n’a pas le choix. Mais le reste du temps, tout se fait à distance», explique-t-il.

Les réunions des maires de la MRC se font elles aussi par conférence téléphonique. M. Thompson indique cependant avoir dû insister auprès de certains de ses collègues pour les convaincre de ne pas se déplacer aux bureaux de la MRC, à Saint-Tite.

«Au début, ils pensaient: ‘’ça ne m’arrivera pas à moi’’(de tomber malade). C’est humain, de penser comme ça, mais finalement, tout le monde a compris on fait tout à distance.

Les élus ont d’ailleurs tout intérêt à prêcher par l’exemple dans la MRC de Mékinac: la population âgée de 65 ans et plus représente près du tiers de la population, ce qui en fait la MRC la plus «âgée» de la Mauricie. L’une des plus grandes craintes de M. Thompson était d’ailleurs que le virus s’installe dans une résidence pour personnes âgées de son territoire, crainte qui s’est matérialisée lorsque la COVID-19 s’est immiscée entre les murs du CHSLD Mgr Paquin, à Saint-Tite.

«Il faut demeurer très disciplinés. Ça prend du contrôle et il faut que tous les maires participent à cet effort pour convaincre la population de ne pas sortir», souligne-t-il.

«On fait attention»

Guy Dessureault, maire de Saint-Roch-de-Mékinac, continue lui aussi à se rendre à l’hôtel de ville, même s’il a, de son propre aveu, «un peu dépassé la barre» des 70 ans. Comme son confrère de Trois-Rives, il assure qu’il fait très attention pour ne pas s’exposer au danger.

Guy Dessureault, maire de Saint-Roch-de-Mékinac.

«Tous les avant-midis, je vais au bureau. Il y a toujours quelque chose à faire: répondre aux courriels, prendre les messages, on a de quoi s’occuper. Mais on fait attention: les bureaux sont fermés et les employés travaillent dans leur bureau respectif. On respecte les consignes, pour la distance et tout le reste», soutient-il.

L’hôtel de ville de Saint-Roch-de-Mékinac est d’ailleurs situé dans une ancienne école. Les trois employés qui y travaillent, soit la directrice générale, une secrétaire et l’inspecteur municipal, n’ont donc guère de chances de se côtoyer de trop près.

Le maire de Notre-Dame-de-Montauban, Serge Desraspe, a lui aussi plus de 70 ans. Il n’a pour sa part pas mis les pieds à l’hôtel de ville depuis le début du confinement et travaille de la maison.

«C’est un environnement sécuritaire»

Du côté de la MRC des Chenaux, le préfet Gérard Bruneau, qui est également maire de Saint-Maurice, est lui aussi âgé de plus de 70 ans. Il se rend lui aussi plusieurs fois par semaine à l’hôtel de ville de sa municipalité.

Gérard Bruneau, préfet de la MRC des Chenaux et maire de Saint-Maurice.

«Je ne viens pas tous les jours, mais au moins trois ou quatre fois par semaine, parfois seulement pour une heure ou deux», explique-t-il.

À l’instar de ses collègues dans Mékinac, il assure prendre les précautions nécessaires pour préserver sa santé.

«Ce n’est pas stressant. Quand j’arrive ici, je me dirige à mon bureau, on a chacun le nôtre et ça fait en sorte qu’on ne travaille pas au même endroit, précise M. Bruneau. Quand on se parle, on garde toujours huit à dix pieds d’écart. C’est un environnement sécuritaire, il n’y a pas de problème.»

Par ailleurs, de nombreux employés ont profité de la pandémie pour prendre congé grâce leurs heures et vacances accumulées.

«Quant au reste, je fais comme les gens de 70 ans et plus et je ne sors pas de chez moi», conclut le préfet.

Dans la MRC de Maskinongé, le préfet et maire de Saint-Léon-le-Grand, Robert Lalonde, assure qu’il n’a pas quitté son domicile, sauf à une occasion, lorsqu’un ponceau s’est effondré sur le rang Barthélemy. Le reste du temps, il fait du télétravail pour remplir ses fonctions de maire et de préfet.

Robert Lalonde, préfet de la MRC de Maskinongé.

«J’ai mon portable, mon iPad, mon téléphone. Je suis en communication avec la MRC et la municipalité. Mais j’ai hâte que ça finisse, c’est plate», s’exclame-t-il.

«Ils sont très disciplinés»

De l’autre côté du fleuve, l’âge moyen des maires est de 57,6 ans, moins élevé que la moyenne en Mauricie et pour la province. Dans la MRC de Bécancour, quelques maires ont atteint ou dépassé la barre des 70 ans. C’est notamment le cas du maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, âgé de 73 ans. Le préfet de la MRC et maire de Sainte-Françoise, Mario Lyonnais, assure que ses confrères respectent à la lettre les consignes de confinement.

Mario Lyonnais, préfet de la MRC de Bécancour.

«Les maires travaillent de chez eux. Ils sont très disciplinés, je n’ai pas entendu dire qu’il y en a qui sortaient», souligne-t-il.

À l’instar des autres MRC, les réunions se font à distance, par la plateforme Zoom. M. Lyonnais reconnaît que cette façon de faire a été une grosse adaptation pour ses confrères. Les élus ont toutefois bénéficié de conseils pour se brancher – certains venant de leurs petits-enfants – et les réunions se passent bien. Le préfet croit cependant que le bon lien qu’entretenaient déjà les élus a contribué à ce que ce changement se passe bien.

«On avait déjà un bon contact avant, c’est notre force, de toujours se parler. Ça aide beaucoup en ces circonstances», estime-t-il.

«On s’adapte à la capacité de chacun»

Du côté de la MRC de Nicolet-Yamaska, la préfète et mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois, soupçonne trois de ses confrères d’avoir 70 ans et plus, préférant cependant ne pas les nommer. Bien qu’elle ne puisse se porter garante du comportement des élus de la MRC, elle croit sincèrement que ceux qui sont plus à risque de complications s’ils attrapaient le coronavirus font attention.

Geneviève Dubois, préfète de la MRC de Nicolet-Yamaska.

«C’est délicat, chaque conseil de ville est souverain. Mais je pense que ça se passe bien et que les gens restent respectueux des consignes», estime-t-elle.

Mme Dubois ajoute que l’adaptation au télétravail s’est bien passée dans la MRC, selon ce qu’elle a pu entendre.

«Je pense que les maires sont relativement résilients, chacun joue bien son rôle. On fait nos réunions par conférence téléphonique. On s’adapte à la capacité de chacun à pouvoir suivre le rythme», conclut-elle.