Le Carrefour du Cap interdit aux moins de 18 ans

Trois-Rivières — Le centre commercial Carrefour du Cap, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, interdit désormais l’accès aux jeunes de moins de 18 ans à moins que ces derniers soient accompagnés d’un parent. Cette décision, qui contrevient à la Charte des droits et libertés et représente un geste discriminatoire, selon le professeur Louis-Philippe Lampron de l’Université Laval, a été prise notamment à la suite d’une problématique récurrente de flânage, au centre commercial, de vols à l’étalage et de méfaits.

Une rencontre est d’ailleurs prévue, la semaine prochaine, entre les policiers, la Commission scolaire du Chemin-du-Roy et la direction du centre commercial du boulevard Sainte-Madeleine afin de trouver «une stratégie de résolution de problème», indique l’agente Carole Arbelot, de la Sécurité publique de Trois-Rivières.

Des élèves des écoles secondaires du voisinage, soit le Collège l’Horizon et l’école Avenues Nouvelles, ont pris l’habitude de se regrouper au Carrefour du Cap sur l’heure du dîner. «Ça dérange les commerçants», explique l’agente Arbelot.

La direction du centre commercial a donc placé, il y a quelques jours, plusieurs affiches interdisant aux moins de 18 ans d’entrer à moins d’être accompagnés non pas d’un simple adulte, mais «d’un parent», peut-on y lire. Des agents de sécurité sont aussi placés à la porte.

Selon Louis-Philippe Lampron, professeur titulaire à la Faculté de Droit de l’Université Laval, cette décision n’est pas défendable et contrevient à la Charte québécoise des droits et libertés.

«C’est un cas classique de discrimination», assure-t-il. Un centre commercial est un endroit public de même que les commerces, précise-t-il. «Ils sont très mal engagés dans leur débat», dit-il à propos de la direction du centre commercial, le Groupe Shapiro, qui a pris cette décision. Malgré deux demandes d’entrevue, Le Nouvelliste n’a pas eu de retour de la part de la direction.

«L’article 15 de la charte québécoise interdit la discrimination dans les lieux publics accessibles à tous», précise le professeur Lampron, comme les cinémas, les parcs, les hôtels, les restaurants, les terrains de camping, les commerces et autres. «Ils sont soumis à la charte», dit-il.

Le Carrefour du Cap interdit l'entrée aux gens de moins de 18 ans s'ils ne sont pas accompagnés d'un adulte.

C’est une information qu’a confirmé au Nouvelliste, mardi, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Mélissa Goupil-Landry, agente d’éducation et de coopération indique qu’une ou des personnes qui croient avoir été victimes de discrimination peuvent porter plainte s’il n’est pas possible de régler le problème par une simple discussion. Plusieurs étapes sont prévues dans le processus de règlement d’une situation de ce genre, l’ultime recours étant le tribunal des droits de la personne.

La décision d’interdire des mineurs peut provenir de la loi quand il est question de bars, de boutiques de la SAQ ou de la vente de tabac, par exemple, mais «quand ça ne découle pas de la loi», comme c’est le cas au Carrefour du Cap, «ils doivent respecter l’article 10 qui interdit la discrimination fondée sur l’âge», précise le professeur Lampron.

Le problème dure depuis un bon bout de temps au Carrefour du Cap. La Commission scolaire indique qu’un commerçant a «communiqué avec une des écoles concernées par la problématique. Du côté du centre administratif, nous avions eu un appel de leur part l’an dernier seulement», indique la responsable des communications, Anne-Marie Bellerose.

Cette dernière précise que les directions des écoles «ont effectué de la sensibilisation auprès des élèves et des parents». D’autres moyens de sensibilisation ont aussi été mis de l’avant. À «chaque début d’année, des ateliers Bon voisinage sont donnés dans les classes au Collège l’Horizon par le psychoéducateur afin de sensibiliser les jeunes au respect du quartier, des voisins et des commerçants», dit-elle. «Par la suite, des interventions ciblées ont été faites auprès d’élèves et de leurs parents. En tout temps, les directions des écoles ont collaboré avec les commerçants, la direction du Groupe Shapiro et le service de police», assure-t-elle.

La maison des jeunes Le Transit, qui œuvre dans le même secteur, voit dans l’interdit du Groupe Shapiro, une belle occasion d’en débattre avec sa jeune clientèle. Le responsable de la maison, Brice Kermagoret, assure qu’on «aura cette discussion. Ce sera très intéressant», dit-il. Une fois par mois, la maison présente en effet un thème touchant les jeunes afin de faire de la sensibilisation sur divers sujets. Des discussions surviennent aussi d’autres soirs en fonction des événements et M. Kermagoret est certain que cette affaire intéressera les jeunes de 12 à 17 ans qui se rassemblent au Transit. Ce dernier trouve dommage la décision du Carrefour du Cap. «C’est un règlement qui punit tous les adolescents», se désole-t-il.

Selon des statistiques recueillies par le Conseil québécois du commerce de détail, 17 % de cas de vol et de fraude étaient commises par des mineurs de 13 à 17 ans, en 2016, contre 47 % sont des hommes et 34 % sont des femmes.

Avec la collaboration de Mathieu Lamothe